France corruption: visas à vendre


DIPLOMATIE – Rudy Demange a été condamné pour fourniture frauduleuse de visas, à Sofia (Bulgarie), où il était en poste.
AFP PHOTO/FREDERICK FLORIN

Par Vincent Hugeux Source: Lexpress.fr

Sans appel, le constat figure dans un rapport d’information rédigé en 2007 par Adrien Gouteyron, alors sénateur (UMP) de la Haute-Loire: « Pas un consulat visité n’a été épargné par des cas de corruption d’agents, en relation avec la demande de visas. » Endémique, le phénomène perdure depuis lors. Pour preuve, le licenciement, en juillet dernier, de trois contractuelles des services consulaires français à Abidjan (Côte d’Ivoire). Coût du sésame frelaté: de 2300 à 3000 euros.

Un an plus tôt, une équipe d’inspecteurs dépêchés par le Quai d’Orsay avait enquêté sur le contentieux qui, à Conakry (Guinée), opposait l’ambassadeur Jean Graebling au chef de chancellerie Marc Schmitt, accusé de couvrir divers « dysfonctionnements ». Si leur compte rendu de mission ne mentionne que de manière allusive une filière de « vrais-faux » documents de voyage, le psychodrame aboutira au rapatriement anticipé de Son Excellence. En 2008, c’est un diplomate en poste en Afrique centrale qui fut rappelé pour s’expliquer sur la « vente » de visas. Le tarif? de 500 à 3 000 euros, ou, à défaut de grosses coupures, des billets… d’avion.

Quoique gravement atteint par ce fléau, le continent noir n’a pas le monopole de la concussion. Le rapport Gouteyron cite Madagascar -vénalité d’employés locaux- ou le bastion de l’or noir congolais Pointe-Noire -vol de vignettes à apposer dans le passeport-, mais aussi Alger, Istanbul (Turquie), Beyrouth (Liban), Téhéran (Iran), Kiev (Ukraine) ou Moscou.

En décembre 2006, le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné l’ex-chef du service des visas à Sofia (Bulgarie), Rudy Demange, à huit mois de prison avec sursis pour « fourniture frauduleuse habituelle de documents administratifs indus ». En l’occurrence, 195 visas d’affaires d’une nature insolite. En fait de « stages en entreprise », plusieurs des « businesswomen » ainsi pourvues arpentaient les trottoirs alsaciens. Accusé d’avoir manqué de vigilance, l’ancien ambassadeur sera quant à lui relaxé.

Dans son rapport, Adrien Gouteyron recommande, au-delà du renvoi des agents indélicats, l’engagement de poursuites pénales à leur encontre. Au rayon des remèdes, et sans se bercer d’illusions quant à l’infaillibilité de tels procédés, il suggère le cloisonnement des tâches -réception de la demande, instruction du dossier…- et la permutation quotidienne et sans préavis des acteurs du processus. Il peut être sage d’épauler le pécheur potentiel dans sa lutte contre la tentation…

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