Appel à la démission d’Hamed Bakayoko, ah si le Front Populaire Ivoirien savait…

Nulle part au monde, les ministres charges de l’Intérieur ne passent pour être des hommes populaires, aimés par l’opposition et faisant l’unanimité dans leur propre camp. En Côte-d’Ivoire cela est davantage réel et saute même aux yeux depuis toujours. C’est ainsi que ceux qui ont incarné la fonction dans notre pays ces dernières années et qui restent dans l’esprit des Ivoiriens ne font pas partie des personnalités les plus préférés ou les plus populaires de la Cote d’Ivoire. Du Ministre d’Etat Emile Constant Bombet au Ministre d’Etat Hamed Bakayoko, en passant par Lassana Palenfo, Ouassenan Koné, Dibonan Koné, feu Boga Doudou, et feu Desiré Tagro (pour les plus connus), ces « Fouche » de la lagune Ebrié ont en commun d’avoir plus d’adversaires et de détracteurs que de partisans et admirateurs .

Néanmoins Hamed Bakayoko avait réussi à sortir un peu du lot, en restant un Ministre d’Etat certes rigoureux (méchant et dur, pas complaisant) tout en gardant la sympathie d’une frange importante de la jeunesse. Avoir été ce ministre Bling bling, généreux, amoureux de la culture (en particulier de la danse et de la musique) et des jeunes, ce golden boy parrain de DJ Arafat, et des artistes ivoiriens comme Congolais (Koffi Olomidé par exemple) n’est pas étranger a cette sympathie et popularité dont les autres loin de ce monde, ne disposaient pas . Ce qui, à priori pouvait passer comme un handicap vu ce parcours du Ministre d’Etat, a fini par devenir un atout pour lui permettre de rester en bonne position au titre des personnalités préférées des Ivoiriens et des Ivoiriennes, en dehors des principaux leaders traditionnels que sont Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. L’appel à la démission lancé par le FPI dont le chef historique avait fait du départ d’Hamed Bakayoko du gouvernement Soro et de sa liquidation politique en février 2010 lors de la crise de la double dissolution, une question de vie et de mort, peut-il ternir l’image du Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, a qui tant de choses réussissait, et qui paraissait intouchable , pour ne pas dire indéboulonnable? Autre question: Et si le FPI se trompait de combat? Comme le RDR et les opposants se sont à l’époque, se sont trompés de cible au sujet de Boga Doudou dont la brutale disparition, explique, selon ceux qui connaissent bien le FPI, toute la politique d’atermoiement et de double jeu, menée pendant longtemps par Laurent Gbagbo? Et si Hamed Bakayoko était ce Boga Doudou, qui a tant manqué à Laurent Gbagbo, au FPI et dont la mort prématurée peut expliquer la dérive de la refondation devenue « rebfondation » sous les regards impuissants de Mamadou Koulibaly ? Boga Doudou était cette sorte de régulateur à qui Laurent Gbagbo faisait confiance et qui savait prendre des initiatives. Un chef a d’autant plus confiance à son collaborateur quand il est convaincu que celui-ci n’a pas en priorité un plan B auquel il pense chaque matin en se rasant, et qu’il ne travaille que pour lui. Tout comme Chirac ne pouvait pas adouber Sarkozy, Ouattara et Gbagbo ne peuvent se permettre de se coltiner un Sarkozy local. Laurent Gbagbo ne doutait donc pas de Boga Doudou qui travaillait pour le seul succès du parti et de son chef. Mais cet homme de caractère et de conviction a été tue au début des événements de Septembre de 2002. Cet homme qui avait couvert et assumé la délivrance d’un certificat de nationalité au Président Alassane Ouattara et avait failli se faire traiter de tous les noms par les déjà patriotes d’avant-guerre conduits par Blé Goudé ( vite ramenés à l’ordre) sera donc lâchement assassiné. Que disait de lui, Laurent Gbagbo:  » J’aime Boga Doudou parce qu’il est pratique et sait résoudre les problèmes ». Partisan d’un dialogue avec le RDR et nostalgique du Front républicain, pas anti-Compaoré, Boga Doudou quittera Laurent Gbagbo et le monde des vivants avec l’avènement de la rébellion. Suivra alors une politique sans queue ni tête, car le régulateur, le sage en qui Simone Gbagbo et Laurent Gbagbo avaient confiance n’était plus là, pour les rassurer ni leur dire de négocier. Et puis si celui-là même qui plaidait la cause du RDR, de Ouattara avait été assassiné par les assaillants qui menaient le combat contre l’exclusion, comment pouvait-on demander à Laurent Gbagbo de ne pas résister et de continuer cette politique apaisée, cette politique conseillée par le Forum pour la réconciliation nationale version Seydou. Mais aussi et surtout cette politique audacieuse que feu Boga Doudou prônait.


Nous sommes exactement dans le même cas de figure en ce moment. Et oui, en demandant la démission d’Hamed Bakayoko, le FPI tente de fragiliser celui-là même qui dans la maison Ouattara reste malgré tout, (et en dépit des apparences, des séjours à la Maca, à la DST) le moins extrémiste, le moins anti-Gbagbo et le moins anti-FPI. On peut ne pas le croire, mais après avoir porté assistance à de nombreux pro-Gbagbo (en souvenir de l’amitié et des ouvertures de Laurent Gbagbo qui croyait pouvoir le séparer de Ouattara et le débaucher) en garantissant leur sécurité et en favorisant le départ de certains, le Ministre d’Etat Hamed Bakayoko n’a eu de cesse de plaider le pardon tout en jouant sa part auprès du chef de l’Etat pour réduire la conséquences des dérives de la longue période d’impunité politique vécue dans notre pays. Voilà l’homme que le FPI veut abattre ! Cela dit Hamed Bakayoko, selon nos informations n’a en vérité, nullement eu besoin de la compassion et l’amitié du FPI, ni des leçons des pro-Gbagbo pour prendre ses responsabilités. Très affecté par l’incident du stade, il a le même jour présenté sa démission au Premier ministre Daniel Kablan qui l’a refusée et ne l’a même pas transmise au chef de l’Etat. Lui ayant renouvelé sa confiance, Daniel Kablan Duncan est monté lui-même au créneau pour apporter publiquement et à demi-mot, son soutien au Ministre d’Etat en assurance que toutes les dispositions sécuritaires avaient été prises. L’on apprendra plus tard que 5300 policiers avaient été déployés cette année contre 4000 l’an dernier pour assurer la protection des biens et des personnes lors des festivités de la fin d’année . En clair le Boga Doudou de Ouattara sait qu’il est certes à un poste de pouvoir et de grande influence mais aussi de grande exposition. Dans cette posture de toute puissance apparente au cœur du pouvoir , il reste en même temps un homme fragile dont l’Aura peut irriter tout chef. C’est ainsi que souvent Laurent Gbagbo, excédé d’entendre çà et là que Désire Tagro était tout puissant et le vrai chef, ne manquait pas souvent de poser des actes pour manifester aux yeux de tous qu’il est le seul et vrai chef. Pas du tout dupe, Hamed Bakayoko avait confié ceci il n’y a pas longtemps à ses collaborateurs: « C’est vrai j’ai la confiance totale du Président de la République mais cela n’est pas un permis pour tout faire, encore moins pour faire n’importe quoi. Et puis je sais qu’un petit événement, une petite bavure de votre part peut soulever de très fortes réactions au point d’obliger le Président à prendre des décisions qu’il ne souhaite pas . Alors travaillons de façon rigoureuse pour éviter de prêter le flanc à nos détracteurs et adversaires qui peuvent venir de partout « . Si le FPI savait tout cela, sans doute n’aurait-il pas cherché à abattre politiquement le Boga Doudou d’Alassane Ouattara.

Première conséquence: voilà déjà que les discussions envisagées pour favoriser la participation aux municipales du FPI semblent lointaines avec le maintien de la date du 24 Février 2013. Et on se demande quel dialogue fera le FPI avec le Président Alassane Ouattara si le parti profite de la mort des Ivoiriens pour poser des revendications d’ordre politique, avant même la fin des enquêtes et si Miaka Oureto et les siens n’arrivent pas vite à sortir de cette logique anti-Bakayoko, qui rappelle encore cette attitude ambiguë au sujet du Président de la République depuis le 11 avril 2011.
Bonne et heureuse année à toute et à tous!

Une contribution de Nathalie Koné
Abidjan, le 05 Janvier 2013

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Publié par La Rédaction