Ouattara: « Nous avons besoin de soldats pour l’ensemble du Mali » (interview)

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Par RFI

Au Mali, les renforts africains arrivent de plus en plus nombreux. Pour l’essentiel, il s’agit de troupes de la Cédéao, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, que préside actuellement le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara.

RFI : Monsieur le président, y a-t-il un risque d’enlisement ?

Alassane Ouattara : Je pense que tout dépendra de la capacité de déploiement de nos troupes. Et c’est pour cela que je demande que les troupes soient déployées dans les dix jours à venir. Je me réjouis que déjà plus de 3 000 troupes ont été déployées : 1 300 à Bamako, 1 800 dans le Nord, avec les armées tchadiennes et nigériennes.

Et maintenant, pour le restant, les 2 000-2 200, il faut les déployer immédiatement. Et le complément, pour atteindre 8 000 troupes, doit se faire dans les plus brefs délais. Et à partir de là, je considère que nous aurons une situation sécurisée et nous pourrons procéder aux différentes étapes, que ce soit l’acheminement de l’aide humanitaire, mais également l’administration, le déploiement de l’administration, pour permettre l’organisation d’élections démocratiques.

Ce mardi, à Addis Abeba, à cette réunion des donateurs, vous avez placé la barre très haut ; 950 millions de dollars pour la Misma et l’armée malienne. Est-ce que c’est le cap que se fixe le navigateur, sans être sûr d’y arriver ?

Non, non !… Point du tout ! Vous savez, c’est tout de même un travail précis, fait par nos chefs d’état-majors, sous la direction du chef d’état-major général des armées ivoiriennes. Nous avons commencé avec 3 300 soldats, au titre de la Cédéao. À cela, il faut ajouter les 2 000 soldats du Tchad. On est déjà à 5 300. Et par la suite, plusieurs pays ont pu augmenter leur contribution.

Mais le plus important, c’est de nous dire que nous avons besoin de soldats pour l’ensemble du Mali. Pas seulement pour le Nord-Mali. Il faut stabiliser la situation, pour permettre des élections démocratiques, et sur une longue période, pour permettre la formation de l’armée malienne.

Et sur ces 950 millions de dollars, combien sont déjà réunis ?

Ce mardi, nous avons réuni 455 millions. Si vous regardez bien, sur une opération d’un an, avec 950 millions de dollars, ce qui me réjouit c’est qu’avec ces 455 millions, nous avons la certitude que sur les cinq à six mois à venir, nous pouvons faire ce qui est nécessaire pour stabiliser la situation et commencer la préparation des élections.

Depuis quelques jours, il y a une vraie mobilisation internationale. Mais franchement, monsieur le président, est-ce que certains acteurs de cette communauté ne vous ont pas faire perdre un temps précieux, ces derniers mois ?

Oui… Vous savez, je n’aime pas revenir sur le passé. Moi, je regarde toujours l’avenir. Nous avons été mobilisés, nous avons réussi, nous allons continuer. Les Maliens doivent pouvoir avoir une situation totalement rétablie, avec toute la sécurité nécessaire, l’organisation d’élections démocratiques, et que le Mali redevienne un pays démocratique, où l’alternance a été vécue à plusieurs occasions.

La France en première ligne, n’est-ce pas la preuve inquiétante que les Africains n’arrivent toujours pas à régler leurs problèmes eux-mêmes ?

Ce n’est point le cas ! Le président François Hollande suivait cette situation de manière très rapprochée. Moi, je l’ai eu au téléphone à plusieurs occasions, je l’ai rencontré à deux reprises. Nous avons téléphoné, le président de la Cédéao et moi-même, le président de l’Union africaine, bien sûr le président du Mali, pour demander l’intervention de la France, qui se fait sous chapitre 7, en vertu de la résolution 20/85. Je voudrais donc, au nom de tous les pays membres de la Cédéao, remercier le président Hollande pour cette action et surtout la rapidité de son intervention.

Mais est-ce qu’il ne faut pas que ça change ? Est-ce qu’il ne faut pas que les Africains soient capables, eux-mêmes, de faire ce genre d’intervention ?

Nous allons y arriver. Vous savez… Donnons-nous une perspective ! Les pays africains n’ont qu’un demi-siècle d’existence. Une armée régionale prend du temps. Regardez en Europe, regardez l’Otan. Nous y arriverons. Au niveau de la Cédéao, ceci nous avons appris que nous devons nous organiser, pour avoir une force d’intervention rapide, régionale. Et si nous avons, dans les années à venir, des situations de ce genre, je peux vous dire que nous serons les premiers à réagir.

Est-ce qu’on peut négocier avec Ansar Dine ?

Je ne suis pas en mesure de vous le dire. Je n’ai pas été tout à fait dans les négociations. Mais il est clair que maintenant le gouvernement malien doit engager un dialogue politique, qui va comprendre tous ceux qui croient à l’intégrité territoriale du Mali, à la laïcité du Mali, et au processus démocratique au Mali.

Vous encouragez le dialogue. Mais n’est-ce pas le contraire qui risque d’arriver après les exactions commises dans le nord depuis un an ? N’y aura-t-il pas des actes de vengeance ?

Mais c’est ce qu’il faudrait éviter ! C’est pour cela que le déploiement de l’armée malienne, comme des troupes de la Cédéao, doit permettre de stabiliser la situation et de dire à tous : une période difficile a été vécue, maintenant tournons la page, retrouvons-nous entre Maliens, pour faire en sorte que le Mali retrouve totalement son unité et travaille à des élections démocratiques dans les plus brefs délais.

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