Côte-d’Ivoire Présidentielle 2015 – Ouattara verrouille tout par la ruse…

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Par Martial Ahipeaud (unblog.fr)

Présidentielle 2015: «Ouattara verrouille tout par la ruse devant une opposition fébrile »

Dans L’Inter N°4840 du Mercredi 23 au Jeudi 24 juillet, notre ami et frère Félix D. Bony a écrit un article qui m’a suffisamment troublé pour sa tendance contraire à la ligne éditoriale de ce journal que nous suivons depuis sa naissance. Issus du Groupe indépendant Olympe, L’Inter et Soir-Info sont, pour la lutte démocratique, des symboles d’une presse libre. Mais lorsque la ligne éditoriale semble prendre un virage à 180° pour se retrouver sur le même terrain que les journaux de partis, véritables trompettes des chapelles politiques, nous avons des raisons d’alerter la direction du groupe. L’Inter ne peut pas se transformer en un journal de parti. Il se doit de respecter ses lecteurs qui lui font confiance en restant sur une ligne indépendante. Pourquoi l’article de notre ami Félix serait-il partisan et non une analyse politique ? Pour deux raisons principales. D’une part, l’auteur a une lecture fausse de la réalité politique. Et d’autre part, il distribue des quolibets peu honorables aux partis de l’opposition ivoirienne.

De la fausseté de la thèse du verrouillage stratégique des élections par Ouattara

Selon mon ami, Ouattara aurait déjà gagné les élections parce qu’il ferait un grand travail de terrain et qu’il aurait mis en place une stratégie d’élargissement de sa base électorale au travers de la loi sur les chefs traditionnels et, certainement, celle sur les districts. De par ces deux lois et en plus du travail qu’il fait sur le terrain, le candidat du RDR aurait réussi à élargir sa base électorale parce qu’il les instrumentaliserait à des fins électoralistes en s’appuyant sur les personnes des rois et chefs de districts pour sa campagne. Cette assertion est fausse parce que fondamentalement, les dernières élections ont absolument prouvé que le vote est tribal et que les partis politiques s’inscrivent dans cette dialectique implacable d’instrumentalisation des ethnies. Cette pratique a même trouvé un nom puisque c’est Ouattara qui a parlé de « rattrapage ethnique ». Comment pourrait-il faire d’adhérer les autres ethnies à un vote non ethnique ? Ne serait-il pas les mépriser que de faire du rattrapage et penser que quelques millions de francs suffiraient à leur faire changer de position par rapport aux directives politiques de leur parti ? Ou alors pense t-on vraiment qu’un chef de village ou un directeur de campagne autochtone qui serait dans le camp adverse aurait plus de chance qu’un dissident de ces partis à emporter la base tribale vers le choix de sa dissidence ? La réponse est tout simplement non puisque les bases ethniques ont majoritairement voté le candidat de leur parti aux dernières élections. Voilà qui fonde la contradiction de la stratégie des partis politiques qui ont fait le choix de l’instrumentalisation à outrance des ethnies mais qui ont des ambitions nationales. Ce sont deux choses impossibles à marier.

Si la cooptation de quelques cadres ne peut pas entraîner de facto l’adhésion des masses, certainement que l’alliance des dirigeants ethniques pourraient aussi avoir un effet positif. Là encore, il faut relativiser puisque l’adhésion suppose la reconnaissance de la justesse du travail fait par celui que l’on doit supporter. Et cela suppose que le candidat attirerait la sympathie par le sentiment de justice et de vérité que l’électorat éprouverait à son encontre. Cela fut le cas de Ouattara en 2010 et de Gbagbo en 2000 vis-à-vis de la base du PDCI. Voilà pourquoi les routes et le re-endettement excessif de la Côte d’Ivoire, après que nous soyons devenus PPTE par la faute des élites corrompues du système patrimonial, ne peuvent pas être source d’adhésion dans un contexte de frustration générale des populations autres que celles de la base du RDR. Cette frustration est d’autant plus prononcée que le RDR a géré et continue de le faire sans complexe et état d’âme. Dans un contexte où l’argent du nouvel endettement de la Côte d’Ivoire ne profite qu’aux entreprises et personnes strictement présentes autour de Ouattara, comment peut-on faire croire que les routes donnent à manger à personnes d’autres qu’aux siens ? Voila une autre raison qui explique que mon ami et frère Félix n’a pas raison puisque toute la Côte d’Ivoire non clanique crie à la famine.

En tout état de cause, l’élargissement de la base sociale de l’électorat ne peut pas non plus se faire par une alliance avec la direction du PDCI. François Hollande, en parlant avec art, a bien dit à ceux des partis, qui ne seront pas sur la ligne de départ, qu’ils auront signé leur arrêt de mort. Le PDCI aura un candidat. Car si le plus vieux parti de la Côte d’Ivoire devrait se saborder pour le RDR, ses fondateurs se retourneraient dans leurs tombes et ses militants n’auraient plus rien à dire dans ce pays. Il importe aux journalistes de ne pas contribuer à conforter la thèse de la candidature unique parce qu’elle a échoué depuis la politique du rattrapage ethnique. Et les méthodes qui consistent à envoyer des illuminés insulter ou alors vociférer ne changera en rien la dynamique politique partisane. KKB n’est nullement une voix perdue mais certainement celle de la partie qui refuse de se soumettre à quelques arrangements que ce seraient de la part de la haute direction de leur parti.

De la stratégie d’union de l’opposition contre le rattrapage

Si la stratégie du RDR n’était que fonder sur la corruption des directions et cadres, le Président Ouattara ferait mieux de se préparer au pire. Car la politique de la corruption ne peut pas prédominer dans un espace idéologiquement hermétique. On peut même emmètre l’hypothèse que les nouveaux nationaux par déclaration, au mépris du code électoral qui ne leur permet pas d’être sur la liste pour 2015, seront ceux qui viendront compléter les 33% de Ouattara de 2010. Dans ce cas, il faudrait qu’ils soient plus de 20% de l’électorat et qu’il vote à 100% pour le RDR dans contexte abstention de l’électorat qui ne lui est pas favorable. En plus, il faudrait que le PDCI n’ait pas de candidat et que la base suive massivement les directives de la direction dans ce contexte général où les populations sudistes se sentent sous domination coloniale comme il ressort de nos rencontres récentes avec les jeunes et vieux de ces régions. Si au premier tour, le PDCI, le FPI et les partis non satellitaires du RDR de l’opposition, sont présents, comment Ouattara pourrait-il gagner ? Or il se trouve que cette opposition organisée en front uni a l’initiative aujourd’hui, en dépit des apparences. La convention du PDCI et les récents bruits au sein de la direction du FPI retardent l’officialisation de ce front de lutte contre le rattrapage ethnique, la violence étatique et la perte de repère pour notre pays. Le salut de notre peuple passe, irréfutablement donc, par une mobilisation extrême des masses pour la présidentielle de 2015 et alors la mutation stratégique de la scène politique nationale sera constatée. Le président François Hollande aura tout dit dans sa petite intervention que nombre de personnes n’auront pas compris. Sun Tzu a parlé de l’art des manœuvres invisibles. Le calcul simple de 2 contre 1 de 2010 impose en 2015 celui de 1 contre 3, n’est-ce pas? Où est alors la fébrilité de l’opposition dans tout cela ?

Ouattara et sa mission historique ou le remake des désastres politiques précédents

Le changement est en marche dans ce pays. Les actes désespérés des militants de base qui vont jusqu’à s’immoler par le feu nous prouvent que le changement des mentalités s’opère. La presse, loin de ne suivre que les choses apparentes, devrait plutôt être une boussole pour les gouvernants pour qu’ils sentent la direction du vent. Les vieilles méthodes que nous avons décriées ne cacheront pas le soleil de la liberté. Le verrouillage des institutions organisatrices des élections que sont le conseil constitutionnel et la commission électorale ne va pas dans la bonne direction. Si tant il est que notre pays est devenu champion dans l’humiliation de ses chefs d’états passés, sinon leur assassinat, il n’est pas juste de laisser le président Ouattara aller dans la mauvaise direction. Le temps de mohicans, dont il est le dernier me semble t-il, est révolu. Il reste d’organiser le pays sur des bases structurelles et institutionnelles pérennes pour lui permettre son décollage économique. Son rôle historique est ici dévoyé par ceux qui veulent l’instrumentaliser, à ses dépens, pour rester encore dans un pouvoir qui ne pourra que faire, de plus en plus, des choix contre la démocratie. S’il veut que son œuvre reste dans la durée, il a le choix d’organiser la réconciliation et la restructuration institutionnelle du pays. Voilà l’acte ultime qui le ferait entrer dans le panthéon des grands de cette Afrique moderne, en devenant le père fondateur de la 3ème république en convoquant un Marcoussis 2 pour permettre aux leaders de discuter des solutions idoines à la situation actuelle. Et cela va avec des décisions courageuses comme la libération des prisonniers politiques et une ouverture vers des institutions garantissant la légitimité du vote. Les autres voies sont mauvaises et tortueuses. J’ose croire que le Président Ouattara n’écoutera pas ceux qui chantent ses louanges aujourd’hui mais ceux qu’il sait ne se sont jamais compromis dans le jeu des compromissions mais ont toujours été du coté de la vérité. Et, il le sait, la vérité ne peut être verrouillée par qui que ce soit !

Dimanche 27 Juillet 2014

Dr AHIPEAUD Martial Joseph

Candidat déclaré à la présidentielle de 2015

Président de l’Union pour le Développement et les Libertés

#ci alternatives2015

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Author: La Rédaction