Cote d’Ivoire: «Le logement social n’est pas un échec…il connaît des difficultés » (Amos Béonaho)

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Par Connectionivoirienne

Forum du logement social – Amos Béonaho (commissaire général Filoses) :

Le Forum international du logement social,, économique et standing (Filoses) a refermé ses portes ce jeudi 30 juin 2016, après 72 heures d’exposition et de débats. Le commissaire général de cet événement, le journaliste Amos Béonaho, par ailleurs directeur de la Communication au ministère de l’Habitat et du Logement social tire les enseignements et revient sur une certaine polémique suscitée ces derniers jours par les propos du ministre Gnamien Konan. Entretien…

Qu’est-ce que le forum du logement social et comment en êtes-vous arrivé à cette idée ?

Le Forum international du logement social, économique et standing est parti de l’idée qu’il y a un besoin réel en matière de logement et que pour résoudre la problématique du logement en Côte d’Ivoire, il faut que tout le monde s’y mette. Pour le faire, il faut réunir sur une plateforme commune les acteurs majeurs de ce secteur d’activité. C’est cela le forum. Et comme on dit que quand le bâtiment va tout va, si ce secteur bouge, il va avoir création d’emplois. Voici ce qui sous-tend cette idée de A+ Medias et de ses partenaires de la chambre des promoteurs immobiliers de Côte d’Ivoire.

L’engouement qu’il y a eu va-t-il dans le sens de vos projections et de vos attentes ?

Il va au-delà de nos attentes. Pour les participants, nous avons une dizaine de pays dont l’invitée spéciale est la Tunisie. Nous avons également des pays comme les Etats-Unis, la France, l’Algérie etc. Au niveau du secteur du logement, toutes les sociétés immobilières ont été représentées et il n’y a pas eu de places pour tous ceux qui nous ont sollicités. Vous avez vu dans le hall d’exposition les entreprises qui offrent des matériaux de construction mais aussi des sociétés d’électricité bâtiment. Nous sommes donc satisfaits surtout avec le soutien de nombreux membres du gouvernement et du cabinet présidentiel.

Lors d’une dernière rencontre entre le ministre de l’Habitat et du Logement social Gnamien Konan et les promoteurs immobiliers, il a été proposé que l’Etat rachète les maisons aux promoteurs immobiliers. Cela a suscité une vive polémique. En tant que membre de son cabinet, pouvez-vous apporter quelques précisions sur cette affaire ?


Le ministre Gnamien Konan, en tant qu’informaticien de formation, est un homme qui aime dire les choses telles qu’elles sont. Mais aussi avec sa courtoisie, il n’a pas dit d’autres choses. En réalité, le logement a un réel problème de financement. Quand on parle de 250 mille logements à construire à l’horizon 2020, faites le calcul ! Cela demande beaucoup d’argent et de compétences techniques. L’Etat n’a pas dit qu’il offrirait des maisons gracieusement mais il les voulait à un coût raisonnable. Il faut certes, de l’argent et des promoteurs mais aussi et surtout des acquéreurs. En termes de financement, comme premier maillon, ce sont les banques avec des crédits de long terme. Mais généralement ce qui a été constaté, c’est que ces crédits ont un taux de remboursement très élevé. Entre 8 et 13 % comparativement à des pays comme la Tunisie et le Maroc où les mêmes taux oscillent entre 1 et 2,2 %. Donc pour le ministre, il s’agit d’une proposition pour mettre les banques en confiance. C’est une proposition faite aux promoteurs afin de susciter le débat et arriver à une solution idoine. Je précise que 2011 à ce jour, sous les différents ministres qui ont eu en charge cette question du logement social, il y a eu des acquis. Mais il faut les consolider. Les banques, pour être rassurées ont besoin d’une garantie. Les propositions du ministre vont donc dans ce sens.
Beaucoup d’observateurs concluent à l’échec de la politique du logement social. Et le ministre Gnamien aurait reconnu publiquement que le logement social en

Côte d’Ivoire est un échec. Que répondez-vous à ceux qui entretiennent cette polémique ?

Pas du tout ! Je crois que l’engagement du chef de l’Etat sur cette question du logement social demeure. Généralement quand on a échoué dans un projet, on l’abandonne. Mais ici, non seulement l’engagement demeure, mais il est renforcé avec la création d’un ministère dédié spécialement au logement social. Personne n’a fait le constat d’un échec. Le ministre n’a jamais dit que son prédécesseur a échoué. Il n’a pas aussi dit que le projet est un échec ! Mais il y a d’énormes difficultés et ça, tout le monde doit le reconnaître. Selon moi, si on s’est donné un objectif de 60 mille logements et qu’on en a construit seulement 3 mille, c’est qu’il y a des difficultés à faire avancer les choses. Quand on a construit ces logements et qu’on n’a pas encore remis les clés, c’est qu’il y a des problèmes et il faut le reconnaître. Ce sont les problèmes de VRD (Voirie et réseaux divers) qui sont du ressort de l’Etat. C’est à lui de fournir l’eau et l’électricité, le bitumage des voies d’accès, la purge des droits coutumiers, etc. Il faut donc beaucoup de propositions et c’est également le sens de ce forum et on continuera de faire des forums, à explorer d’autres propositions jusqu’à trouver la solution définitive. Si des pays comme la Tunisie ou le Maroc ont trouvé des solutions, nous aussi on peut trouver des solutions à la problématique du logement social.

A l’état actuel des technologies en matière de bâtiment, à combien peut-on estimer le logement social en termes de coût ?

Au départ on a parlé de 5 millions de FCFA comme coût du logement social. Après on est allé jusqu’à 10 millions de FCFA. Mais le logement social, je n’en suis pas un spécialiste, s’apprécie aussi en termes de surface bâtie. A l’heure actuelle, avec la surenchère sur les terrains et les matériaux, on doit redéfinir le logement social dont le coût se situe autour de 12 millions de nos francs. Parce que, c’est vrai qu’on parle de logements sociaux mais les Ivoiriens ont droit à des logements décents et de qualité. Et puis dans les protocoles qui vont être définis avec les promoteurs, il est de plus en plus question de construire en hauteur pour parer au coût élevé des terrains urbains. Construire en hauteur permet de minimiser les coûts.
A ce genre de forum, nous faisons la promotion de la coopération sud-sud. Cela permet d’échanger avec des pays qui ont les mêmes problèmes que nous et qui ont trouvé des solutions durables aux problèmes de logement chez eux. C’est un début et nous attendons le meilleur.

SD à Abidjan

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Author: La Rédaction