Le pouvoir d’Ali Bongo accusé d’avoir placé sur écoutes des « observateurs » venus d’Europe

Le président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, à Libreville, lors de la cérémonie d'investiture STEVE JORDAN / AFP
Le président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, à Libreville, lors de la cérémonie d’investiture STEVE JORDAN / AFP

Les révélations sont du Journal du Dimanche

Les observateurs de l’Union européenne au Gabon étaient sur écoute. Anne, Jean-Jacques, Poylna, Xavier, Pierre, Magdalena… Pour le régime gabonais, ce sont des prénoms, mais aussi des voix. Pendant ces heures tragiques entre le 27 août, date de l’élection, et le 23 septembre, jour de la proclamation des résultats, les services secrets d’Ali Bongo savaient tout de leurs faits et gestes, mais aussi de leurs convictions : l’élection a été truquée. « Ils ont fait exactement ce que j’espérais qu’ils n’allaient pas faire », réagit à chaud, le 31 août, la chef adjointe de la mission, en découvrant les scores d’Ali Bongo. En privé, comme ces écoutes en témoignent, on est loin du langage diplomatique…

Le JDD révèle une vingtaine d’enregistrements clandestins, un échantillon puisé dans un ensemble certainement plus vaste, qui dévoilent l’existence de ce Watergate gabonais. D’ici à deux mois, les émissaires de Bruxelles doivent rendre un rapport de synthèse. Alors qu’Ali Bongo a prêté serment en début de semaine, s’estimant élu pour un nouveau mandat de sept ans, jusqu’où osera aller la Commission européenne dans la dénonciation du scrutin? La révélation de ces écoutes, et de leur contenu, éclairent d’un jour particulier le climat qui a entouré l’élection et les agissements du pouvoir pour en maîtriser l’issue.

D’autant que le régime gabonais ne s’est pas contenté d’écouter… Les informations collectées par ses services secrets semblent avoir permis de cibler des observateurs de l’Union européenne et de lancer contre eux de violentes accusations dans des journaux gabonais. L’un des observateurs, jugé « hostile » aux autorités de Libreville, a même été menacé de mort et a dû être exfiltré du Gabon. Ces écoutes permettent de comprendre pourquoi. Elles entrouvrent la porte sur les méthodes d’un pouvoir de plus en plus contesté.

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Laurent Vadiguié – Le Journal du Dimanche

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