Côte d’Ivoire: La négation de la libre expression de la souveraineté populaire est la forme la plus attentatoire qui soit à la démocratie

soumarey

Par SOUMAREY Pierre

L’organisation du référendum du 3O Octobre 2016 sur l’adoption du Projet de la Nouvelle Constitution donne lieu, de la part de l’opposition extra-parlementaire, à des stratégies non pas fondées sur le clivage traditionnel « hostile ou favorable », mais sur un conflit politique et juridique désormais. Il est certain que chaque citoyen, chaque groupement politique possède ses idées, ses convictions, son idéologie, sa sensibilité, son idéal, sa manière de voir et de concevoir les choses, et surtout a des intérêts à défendre à propos de cette nouvelle Constitution. Dès lors, la démocratie implique un débat, des discussions, des confrontations, des clivages, et même des conflits. C’est sa richesse. C’est donc un processus normal, tant qu’il est géré autrement que par la discrimination, la violation à la Loi, et à la violence.

Quelles que soient leurs différentes formes et expressions, elles doivent trouver les moyens de coexister du moment que chacune respecte la liberté d’opinion d’autrui. Dans une démocratie des convictions divergentes, voire opposées, peuvent se heurter, mais elles ne doivent pas être attentatoires à la souveraineté populaire et aux libertés fondamentales. C’est la limite à ne pas franchir que chacun doit pouvoir s’imposer à lui-même comme démocrate et en tant que responsable politique. En voulant s’opposer à la consultation directe du peuple sur le Projet de la nouvelle Constitution, c’est une section du peuple, qui décide d’infantiliser le peuple souverain dans son ensemble, au nom duquel il prétend s’exprimer sans aucun mandat, sans aucune représentativité démocratique, en lui confisquant ses droits les plus fondamentaux (liberté d’expression, d’opinion, droit de vote)

Au-delà de cette imposture (prétendre être ce qu’on n’est pas. Un parti politique n’est pas le peuple, même dans un Parti-État) c’est la remise en cause d’un système institutionnel et démocratique dans lequel les partis politiques et les citoyens sont soumis à la loi républicaine. Cet ordonnancement juridique s’impose à l’ensemble des sujets de droit, sans exception. Nul ne peut le méconnaître sans s’opposer à la fois, à la démocratie, car le droit de vote est la quintessence même de la démocratie, et à la légalité constitutionnelle, car toute décision qui ne respecte pas un principe supérieur inscrit dans la Constitution, comme le sont les droits fondamentaux du citoyen et les libertés publiques, s’oppose au Droit.

Dans n’importe quel État de droit, une telle décision, lorsqu’elle est matérialisée de façon effective, est susceptible d’encourir une sanction juridique. J’ose espérer qu’il en sera de même en Côte d’Ivoire. Le rôle des partis politiques est de concourir à l’expression du suffrage universel (éclairage des consciences, explication des enjeux, sensibilisation, etc.), mais pas de s’opposer à sa libre expression. On peut être contre le Projet, voter contre, s’abstenir de participer à la votation, manifester son opposition, mais on ne peut pas s’opposer à la libre expression de la volonté du peuple souverain. La démocratie repose sur un certain nombre de valeurs, d’attitudes et de pratiques (responsabilité et maturité politique, recherche de la paix et de la cohésion sociale, tolérance, relativité des points de vue et des opinions, respect des règles démocratiques, solidarité sur des questions impliquant l’intérêt général, culture du compromis, égalité des citoyens et des partis devant le vote et la Loi, respect des libertés fondamentales et de ses concitoyens, etc.)

Or, j’entends ici et là, tantôt des choses irréalistes (je suis moi, partie ou section du peuple, à moi tout seul, le peuple en son entier et dans sa diversité, comme si dans cette imposture, je détenais un monopole absolu sur le peuple, au nom d’un principe supérieur qui fait de moi, par sorte de transcendance, son incarnation ou son représentant exclusif, ou encore comme si je possédais une créance indélébile sur la république, qui lui ôterait tout droit à mon profit ou l’assujettirait à mon imprimatur. Autre variante: le pouvoir au peuple tout en l’empêchant dans le même temps et de manière contradictoire de s’exprimer. Puis il y a le procès d’intention invoquant la fraude électorale, pour justifier l’abstention. Ce n’est qu’une possibilité, une éventualité hypothétique et non un fait, pour que l’on puisse y fonder valablement un jugement ou une décision), tantôt des choses regrettables (haine viscérale dirigée contre des personnalités ou pour les plus abjects, contre des groupes socio-ethniques, déformation des faits, etc.). Ce ne sont pas des postures démocratiques. La souveraineté appartient au peuple dans sa globalité et sa diversité, et à lui seul. Nul n’est au-dessus de lui, nul ne peut se substituer à lui, ou le représenter sans mandat, et nul ne peut s’opposer à sa volonté ou à l’expression de celle-ci, dans un système démocratique. Nous devons ensuite accepter l’idée que l’une des règles fondamentales d’un système démocratique est celle de la majorité. Nous devons enfin, accepter l’idée que le peuple Ivoirien est mature et responsable pour déterminer par lui même ce qui est son intérêt ou pas, ce qui est bon pour lui ou pas, à défaut il nous revient de l’informer, de l’éduquer, de l’éclairer, de le sensibiliser, mais pas de le bâillonner.

Avant que le FPI (dissidence ou canal originel ou encore légitime, comme on voudra) membre du Front du refus, soit en mesure avec celui-ci, d’exiger quoi que ce soit, la Côte d’Ivoire attend toujours sa position officielle sur les propos inadmissibles de l’un de ses responsables (Mme Odette Lorougnon) invitant « à mettre fin à la vie des apatrides en Cote d’Ivoire » (appel au meurtre d’une minorité ? 700.000 personnes suivant le recensement du HCR !!!). J’observe pour l’instant qu’elle n’a été ni sanctionnée, ni désapprouvée par les instances dirigeantes de son Parti, et qu’elle n’a même pas été sommée de clarifier ses propos ou de s’expliquer là-dessus. Si ce Parti qui ne semble pas encore avoir tiré tous les enseignements de notre crise, pour sortir définitivement de la belligérance, de la haine et de la xénophobie, ne se désolidarise pas officiellement d’une telle idéologie mortifère, il n’est plus pour moi, qualifié pour diriger ce pays, qui aspire à autre chose, ou encore pour parler de démocratie et de panafricanisme (fumée, démagogie populiste ou réalité ?).

D’ailleurs, quel est le rapport avec la votation du Référendum ? Comment en être arrivé à un tel niveau, dérive ou nature profonde ? Dans tous les cas, cette idéologie est non seulement contraire à la tradition, à la culture, et aux valeurs du peuple Ivoirien, mais elle ne peut conduire à aucun progrès. Dès lors, ce Parti ne saurait prétendre faussement le représenter. Ceux qui s’y associent en la circonstance pour le besoin de leur cause, se compromettent avec des principes et des valeurs, qui fondent l’humanité de notre société.

SOUMAREY Pierre

Commentaires Facebook

Les commentaires sont fermés.