« Sécession » anglophone au Cameroun: Au moins 17 morts dans les manifestations de dimanche (autorités)

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Le bilan s’est alourdi au Cameroun anglophone, agité par une contestation indépendantiste dont l’épisode le plus sanglant a eu lieu dimanche 1er octobre, avec au moins 17 morts en marge d’une proclamation symbolique d’indépendance vis-à-vis de Yaoundé, selon un bilan établi lundi par les autorités locales et Amnesty International.

« Amnesty International peut confirmer qu’au moins 17 personnes ont été tuées par les forces de sécurité lors des manifestations (de dimanche 1er octobre) dans plusieurs villes des régions anglophones du Cameroun« , a annoncé Amnesty lundi.

Le gouverneur du Nord-Ouest, une des deux provinces anglophones, a fait état à la radio d’État de 11 morts dans sa seule région, dont 5 au cours d’une tentative d’évasion dans une prison. Un décompte des autorités régionales du Sud-Ouest a fait état de 6 morts dimanche dans cette région.

Les sécessionnistes interdits d’accès aux médias

Les autorités centrales ont quant à elles donné un bilan moins lourd. Le porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary, a parlé de « dix morts », dont les cinq prisonniers qui ont tenté de s’évader. Avant d’annoncer que les médias n’auraient désormais plus le droit de donner la parole aux « personnes qui promeuvent l’idée de sécession ».

Dimanche, une déclaration symbolique d’indépendance des régions anglophones a été proclamée sur les réseaux sociaux par Sisiku Ayuk, « président » de ce nouvel « État » que les séparatistes appellent l’ »Ambazonie ». Dans la foulée, les séparatistes anglophones ont tenté de manifester dans les deux régions.

Mais dans plusieurs villes, les forces de l’ordre, déployées en nombre, ont tiré à balles réelles contre les manifestants, notamment à Bamenda, Ndop (à 40 km de Bamenda), Kumbo (Nord-Ouest), et Kumba (Sud-Ouest), selon des sources concordantes.

Alors que plusieurs observateurs estiment que les autorités ont complètement perdu le contrôle de la situation, le président camerounais Paul Biya a réagi sur les réseaux sociaux, appelant « au dialogue » et condamnant « de façon énergique tous les actes de violence, d’où qu’ils viennent ».

Velléités fédéralistes et indépendantistes exacerbées

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone, qui représente environ 20% des 22 millions de Camerounais et 2 régions sur 10 dans tout le pays, proteste contre sa « marginalisation » dans la société camerounaise. En marge des indépendantistes, certains anglophones exigent pour leur part le retour au fédéralisme, qui a prévalu au Cameroun entre 1961 et 1972.

Pour contenir le mouvement, le gouvernement a pris une série de mesures qui n’ont fait qu’accroître les velléités indépendantistes : couvre-feu, interdiction des réunions de plus de quatre personnes dans l’espace public et des déplacements entre les localités. Mais la crise a redoublé d’intensité début 2017 avec une coupure d’internet de trois mois. À l’approche des célébrations du 1er octobre, l’accès aux réseaux sociaux a également été limité depuis vendredi soir.

Inquiétude des partenaires internationaux

Samedi, l’Union européenne avait appelé « tous les acteurs » à « faire preuve de retenue et de responsabilité ». Jeudi, c’était au tour du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, d’exhorter les autorités camerounaises « à promouvoir des mesures de réconciliation nationale ».

Pour sa part, la France s’est dite lundi « préoccupée par les incidents (…) qui ont fait plusieurs victimes » et appelle « l’ensemble des acteurs » à la retenue.

Par Jeune Afrique avec AFP

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10 commentaires sur “« Sécession » anglophone au Cameroun: Au moins 17 morts dans les manifestations de dimanche (autorités)

  1. On parle de « sécession » au Cameroun…On en parle au Nigeria (Biafra) et de l’autre côté de la Méditerranée en Espagne…Décidément…

    Notre grand-père fondateur Boigny a été malheureusement confronté à la rébellion bété on le sait qui nourrissait ces mêmes velléités indépendantistes avec ses violents et autres sauvages.

    Heureusement, tout est rentré dans l’ordre depuis des décennies. L’histoire l’a retenu…Et l’histoire continuera de le retenir…

  2. A préciser : Pays maintenu dans la paix et la civilité pendant près de 40 ans par Houphouët et le PDCI jusqu’à ce qu’un bété sang chaud et violent (encore un autre) fasse irruption sur la scène pour détruire/bruler notre pays.

  3. @Peace,
    La première velléité sécessionniste de Côte d’Ivoire n’est pas venue du Guébié, mais du Sanwi. Elle était fondée sur le traité de reconnaissance de l’entité autonome du « royaume d’Assinie » datant d’avant la naissance de la colonie de Côte d’Ivoire. A l’occasion de la signature de ce traité, le roi d’Assinie donnera à la France « son fils » (en réalité un serf) du nom d’Aniaba qui embarquera étudier en France. Aniaba entrera à la cour du Roi Soleil et deviendra capitaine des Mousquetaires du roi et son histoire ressemble curieusement à celle d’un certain Alassane Ouattara. Aniaba finira ses jours au Royaume de Dahomey comme conseiller du roi, mais c’est une autre histoire dont on pourrait parler si tu es intéressé. Le but ici étant de rectifier ton propos sur la rébellion du Guébié, qui n’a pas été la première et hélas pas la dernière en Côte d’Ivoire.

  4. Je ne suis pas de la meme religion étrangère que toi, je ne parle pas la langue étrangère que toi.. Voila d’autres raisons que des africains frères ont pour s’entre-tuer. Je me tais.

  5. @Coigny

    Merci. Tu as tout dit.

    De un je n’ai pas affirmé que le guébié était notre première expérience en matière de velléités indépendantistes.
    De deux, comme tu l’as si parfaitement expliqué (No comment) le cas du Sanwi était un ancien « palabre » ou contentieux, je dirai, avec le colonisateur. Et puis non des moindres, c’avait commencé dans les années 50 où la CIV n’existait pas en tant qu’entité juridique et légale. L’autre cas, c’était, si tu veux la première rébellion de la CIV moderne. Je sais que tu le sais. Ce n’était aucunement un ancien « palabre » avec le colonisateur. La REPUBLIQUE D’EBURNIE basée à Gagnoa avec un certain étudiant bété Kragbé en 1970, tu t’en souviens ? Ça c’est notre vraie histoire moderne que nous avons bien appris, vérifié, et revérifié. Cela ressemble trait pour trait aux cas que j’ai soulevés plus haut dans mon premier post : Espagne (Catalogne), Nigeria (Biafra), Caméroun (partie essentiellement anglophone)…

  6. @ Coigny

    Dans toutes ses envolées …

    Quel lien faites vous entre Aniaba et un certain Alassane Ouattara ?

    En attendant pour faire plus précis revoyez le lieu d’exil d’Aniaba. On le situe dans l’actuel Ghana du côté Togoland ou la region du Volta. Pas du côté du Royaume du Dahomey dont l’apogée avec Glelee et Behanzin pendant la periode française surviendra bien plus tard un siècle après la mort du Prince d’Assinie.

    Aniaba un serf de la cour ? Là aussi il y a débat. Sauf à admettre qu’un prince asservi perd son sang royal ! Sang royal acquis par Aniaba de par sa naissance comme Prince Ehotilé…les Agnis et les Essouma en particulier seraient bien contents de votre approche ! Bref passons.

    Pour revenir à cette période triste des années de l’indépendance on doit te concéder que les Sanwi ont été les premiers à faire cette revendication.

    L’argument que la France leur a servi en 1959 vaut pour le Royaume de Kong bénéficiaire d’un traité similaire à celui d’Assinie et anterieure à la création de la colonie de Côte d’ivoire par décret du 10 mars 1893…

    Pour le cas du Guébié, il faudra rendre justice à ce peuple. On est loin d’une réelle sécession dans les proportions du Sanwi.

    On peut toujours dire que Houphouët a fait de la prévention. Encore faudrait-il analyser froidement s’il n’y a pas eu disproportion entre les moyens de maintien de l’ordre et cette terrible répression vécue par ce peuple confondu à l’action de son fils. Sans oublier l’isolement administratif politique et économique subi jusqu’à l’avènement du multipartisme.

    Pour qui connait le Guebie, sans frontieres extérieures avec un autre Etat, sans ressource particulière comme le petrole, on peut difficilement admettre l’idée de sécession brandie alors. Mais la communication politique a fait long chemin. Il faut assumer notre commune histoire et retablir les vérités. Pour notre meilleur VIVRE ENSEMBLE !

    Cette partie de l’oeuvre de Houphouët, par ailleurs acteur public et engagé du soutien au Biafra en rébellion contre l’état central du Nigeria, est une des faces politiques du père fondateur.

    Le cas du Cameroun sinscrit toujours dans la difficulté à établir l’équité dans une nation en formation. C’est ici le lieu d’interpeller nos politiques car l’état est toujours fragilisé avec les velléités sécessionnistes.

    Les ferments des crises sont souvent sous nos yeux. Mais le triomphe « total » du moment rend aveugle !

    Qui peut croire que cette crise anglophone connaîtra une solution rapide après l’échec de l’unification ?

    A notre savant donneur patenté de leçons et prophète de la réconciliation chez les autres, voici un théâtre qui appelle l’expertise de ce nouvel ami.

    Entendez vous les sourds mugissements de Bamenda, de Edea ? C’est le chant de cygne que nous devons combattre.

  7. Petite précision : Peut être pas tout à fait trait pour trait avec le cas en Espagne…

  8. @wara

    L’impression se dégage que tu minimises le fait essentiel que le cas Sanwi commença bien avant notre indépendance, donc avec le colon, et sur la base de certains accords avec ce colon. Très diffèrent du cas Guébié.

    « Rendre justice » aux Guébiés ? Okay… D’accord, mais les arguments que tu développeras pour cela ne pourront-ils pas s’appliquer à toutes les victimes des tragédies qu’a connu notre pays ? Je m’interroge. Juste de passage.

    Peace!

  9. JUSTICE POUR LE PEUPLE GUEBIE

    Oui @Peace,

    Il s’agit ni plus ni moins que la consolidation du socle national.

    Connait-on en Cote d’Ivoire des tragédies identiques à celle vécue par les Guebiés ? Je doute qu’il existe toutes proportions gardées mais en comparant ce qui peut être comparé, des cas superposables…

    Mais on apprend toujours… Et je suis preneur de l’information.

    Le rôle du gouvernant c’est d’approfondir la base de l’unité nationale. Si de telles tragédies contre un peuple existent la paix qui dure, sera acquise grâce à la réparation de TOUS les torts.

    Par contre pour revenir au cas du Sanwi l’histoire est longue. Elle révèle les incohérences des administrations coloniales qui donnent naissance aux crises des micronationalismes. : Sanwi en CI, Casamance au Senegal, Togoland au Ghana. la partie anglophone du Cameroun…. Et le grand cafouillage de tous la RDC !

    J’oubliais le Mali avec sa carte si curieuse….où on voit bien le découpage de l’État en deux parties.

    L’ONU a intérêt à ne pas fragiliser les États actuels. Autrement ce sera la porte ouverte à toutes les revendications identitaires. C’est pourquoi la question de la présence africaine au conseil de sécurité est essentielle !

    Les Guérés de Touleupleu se souviendraient peut être un jour que le Président Gbagbo leur a dit au Palais qu’ils sont en principe.. libériens. Donc normalement ils n’auraient pas dû être rattachés a la CI. Ils seraient ivoiriens par la faute d’un cartographe distrait. Etc…

  10. ceux qui parlent de « JUSTICE POUR LE PEUPLE GUEBIE » en 2017 ,on va faire quoi avec ça? il manque quoi dans les zones guebié aujourd’hui? l’eau,l’électricité, le bitume,l’école cet…? pour être juste un peu honnêtes, faut reconnaître que les gens du Nord qui ont beaucoup pesé sur l’ avènement d’Houphouët au pouvoir on été remerciés en monnaie de singe par rapport à vous.

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