Le oui de l’UDPCI au parti unifié en Côte-d’Ivoire, suicide ou acte de survie?

Par Fidelegoulyzia

Samedi à l’issue de son deuxième congrès extraordinaire, le parti fondé par le général Robert Guéï a décidé de se fondre dans le projet du parti unifié RHDP, du nom de l’actuelle coalition au pouvoir en Côte d’Ivoire. S’agit-il d’un suicide ou d’un acte de survie commandé par un réalisme politique intéressé? Difficile d’être péremptoire sur la question tant le sort du parti unifié en lui-même reste suspendu à un flou artistique savamment entretenu par les bras séculiers qui le constituent.

Mabri Toikeusse, simple obligé du RDR?

Sous la férule de Mabri Toikeusse, la formation politique s’est offerte, dans un baroud d’honneur consécutif à son éviction sans ménagement du gouvernement, neuf députés aux dernières législatives ivoiriennes. L’UDPCI s’affranchissait ainsi de la tutelle pesante de la coalition au pouvoir qui l’a toujours confiné de façon subliminale au rang de faire- valoir. Pressenti un moment à la présidence du Sénat après avoir rompu artificiellement les amarres avec le RDR (parti présidentiel), l’UDPCI et son président ont obtenu tout ou presque de la coalition au pouvoir. Rien ne dit d’ailleurs que le parti au pouvoir n’a pas mis la main à la poche pour l’organisation réussie de ce congrès qui a mobilisé plus de 2500 militants à Yamoussoukro. Quand on connaît le traitement médiatique et verbal infligé par certains dignitaires du RDR à l’UPCI (ancienne formation politique de Gnamien Konan membre de la coalition) qui n’a pas entériné les textes du parti unifié, on imagine bien que le bureau politique de l’UDPCI a réfléchi par deux fois avant de prendre une décision d’indépendance. On attendait tout sauf une décision de rejet du parti unifié qui ne passerait pas dans « la Case » au pouvoir et s’apparenterait à de « l’ingratitude » pour reprendre les mots du sémillant parolier des Républicains Adama Bictogo.

L’autre explication à dimension anthropologique de ce choix de l’UDPCI tient certainement à la nature du peuple Dan qui constitue l’électorat de base de ce parti.Malgré ses percées dans des villes de la Côte d’Ivoire, l’UDPCI revendique sans complexe son bastion naturel de l’Ouest où il est d’ailleurs constamment titillé par l’ancrage sociologique non moins ethnique du RDR et l’audace des candidats indépendants. Le peuple Dan est un peuple pacifique, hospitalier, qui n’a pas vocation à avoir une position tranchée et belliciste. Des études ethnographiques bien étayées (dont il faut d’ailleurs se méfier quand on veut légitimer une idéologie politique) font remonter les origines de ce peuple à la tribu Dan d’Israël, une des 12 tribus du peuple d’Israël. Étymologiquement, Dan signifierait «juge». D’où une posture de justicier impartial, de faiseur de roi, incapable de trancher.Une posture qui d’ailleurs n’est guère étrangère à la transhumance politique érigée en seconde nature.

Sortir de la transhumance politique et des réflexes ethniques

Autant le dire tout de suite: la transhumance politique dans l’arène politique ivoirienne n’est pas du seul fait des Dan. On en attribue d’ailleurs (à tort ou à raison) la paternité à l’immense Laurent Dona Fologo. En revanche, celle de certains leaders politiques issus de cette région frise souvent le ridicule, en livrant des cas d’école à la Siki Blon Blaise ou Evariste Yaké. L’ancrage ethnique de ce parti a toujours rebuté le fils de la région né aux pieds des 18 montagnes de Man (dans l’ouest ivoirien) que je suis.

L’UDPCI, le parti des Yacouba (Dan)! Vérité historique qui s’est constituée d’elle-même quand Robert Guéï, encouragé en cela par certains cadres de l’Ouest et autres caciques du PDCI déchu d’Henri Konan Bédié, avait succombé aux sirènes du pouvoir civil. Ce cloisonnement ethnique de l’UDPCI est battu en brèche par la montée en puissance de jeunes cadres de divers horizons dont mon brillant congénère Famoussa Culibaly, actuel député de Divo. Sur le fond, la démarche de l’UDPCI ne règle rien au feu qui couve sous le manteau fragile de la grande coalition au pouvoir. Le oui de l’UDPCI n’est pas un suicide. Mabri Toikeusse n’a jamais caché son ambition d’être candidat à la présidentielle de 2020. Nous sommes dans un jeu d’échec grandeur nature qui focalise l’arène politique ivoirienne. Les réflexes partisans continueront même au sein du parti unifié qui s’apparente de plus en plus à un mort-né. Car en réalité, ce n’est pas un parti unifié qui arrive à bout du clientélisme sur fond de clanisation du pouvoir.

Par contre, aseptiser le débat politique ivoirien de cet ancrage ethnique aveugle et abrutissant peut faire du bien.Si formellement l’UDPCI est appelée à disparaître, elle se fond avec ses militants dans le fleuve déjà tumultueux du parti unifié lui-même miné par des réflexes ethniques d’un autre âge.

Sortir de la cristallisation ethnique du débat politique au pays d’Houphouët Boigny reste en définitive tout un programme!

Author: La Rédaction