Cie-Sodeci Côte-d’Ivoire: Licenciés depuis 2008, huit responsables syndicaux en lutte pour leur réintégration

Par Connectionivoirienne

Un véritable imbroglio juridique, Eugène Zadi accusé

Tout commence en 2008. Huit responsables syndicaux généralement qualifiés de travailleurs protégés par les lois sociales, sont renvoyés de la Compagnie ivoirienne d’électricité (Cie) et de la Société de distribution de l’eau de Côte d’Ivoire (Sodeci) sur ordre de Marcel Zadi Kessy, Pca du groupe à l’époque. Ce licenciement, selon Yao François qui était face aux journalistes récemment, à Yopougon, était aussi abusif qu’illégal.

Selon le Secrétaire Général du (SYNASEG) fondé en 1992, puis plus tard de la Fédération Syndicale des Travailleurs de l’Eau et de l’Energie (FESENE) et Porte-parole des travailleurs protégés, ce licenciement tire sa source de la volonté des travailleurs de fédérer leur force pour la mise en place d’un syndicat autonome et indépendant. Or, soutient M. Yao, les dirigeants du groupe à l’époque, notamment Marcel Zadi Kessy et plus tard Eugène Zadi n’admettent pas l’existence d’un syndicalisme indépendant au sein du groupe. Les seuls syndicats à y prospérer jusque-là sont ceux qui sont de connivence avec la direction de l’entreprise. Autre grief, toujours selon Yao François, les 3 syndicats dont les responsables ont été illégalement licenciés s’étaient opposés à l’époque au renouvellement de la convention de concession entre l’Etat de Côte d’Ivoire et le groupe Bouygues en 2005, de même qu’ils avaient réclamé la cogestion des fonds prélevés sur les travailleurs. « Depuis que le Synaseg s’est opposé à la reconduction du contrat de la Cie, Eugène Zadi (aujourd’hui Dga) a décidé de broyer du Synaseg », révèle le conférencier.


Et quand bien même en application des articles 67 du code du travail et 87 de la convention collective, le licenciement est déclaré ‘’nul et de nul effet’’, la direction n’a pas hésité à brandir des lettres de licenciement frappant des responsables syndicaux et des délégués du personnel, toujours aux dires du conférencier. Une correspondance du ministre Hubert Oulaye de la Fonction publique et de l’Emploi, au moment des faits, suggérant la réintégration des travailleurs licenciés et un soutien du président Gbagbo demandant aux responsables de Cie-Sodeci d’accéder à la cogestion des fonds, n’y ont rien changé. A ce jour, Yao Kouadio François et ses camarades sont toujours exclus de l’entreprise mais ne démordent pas dans leur volonté de faire triompher la justice.

De rebondissements en rebondissements, l’affaire qui a été introduite en justice en novembre 2015 n’a pas encore trouvé un dénouement. Pis, elle s’est transformée en un imbroglio judiciaire opposant un employeur puissant avec tous les moyens de pression et de faibles travailleurs qui ont perdu leur emploi depuis des années. Dans un mémorandum remis à la presse, Yao Kouadio décrit, la situation qu’il vit avec ses camarades de lutte devant les tribunaux, en ces termes :

« Aussi, après plus d’un an consacré à la recherche d’un conseil (2014-2015), après l’étape de l’Inspection du travail pour une tentative de conciliation entre les parties, sanctionnée par un échec (novembre 2015 à avril 2016), après l’étape du tribunal du travail pour une autre tentative de conciliation (avril à juillet 2016), marquée aussi par un échec, tous les deux échecs imputables à la partie adverse Cie et Sodeci, avec le niet à chaque fois de leur conseil, l’affaire échoit à la chambre présidentielle avec la première audience le 14 juillet 2016, sept ans jour pour jour après les derniers licenciements illégaux. (…) Aussi d’audience en audience, de report en renvoi, la procédure a abouti à l’audience de plaidoirie voulue par notre conseil, le jeudi 16 février 2017. Ce fut ensuite la longue attente de l’avis du ministère public préalable à la décision du juge, de février à décembre 2017. Le 14 décembre en audience publique, nous avions entendu un délibéré en notre faveur ».

Finalement le 7 juin 2018, selon le conférencier, une décision de justice tombe, rendue par le juge Cissoko Amourlaye Ibrahim. Cette décision déboute les plaignants. Or, bien avant, le 14 décembre 2017, une décision orale était en leur faveur. Que s’est-il passé entre ces deux dates-là ? Les syndicalistes en sont encore à s’interroger mais se disent déterminés à ne pas lâcher prise.

« Si Dieu nous permet de vivre longtemps, nous irons jusqu’au bout. Nous sommes debout, petits mais efficaces ! », martèle M. Yao, d’un air serein et rassurant.

SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

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Publié par La Rédaction