Cote-d’Ivoire: « Le PDCI assume ses choix passés, mais désapprouve profondément les dérives du pouvoir actuel » (Bendjo)

(Ecofin Hebdo) – Dans un interview accordée à l’Agence Ecofin depuis son « exil » européen, l’ancien maire de la commune du plateau, le centre des affaires d’Abidjan, et haut cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), livre ses impressions quant à l’évolution de la vie politique dans son pays, à l’approche des prochaines échéances présidentielles en 2020.

Agence Ecofin : Vous avez participé, le 19 janvier dernier à Paris, au lancement d’une plateforme politique regroupant des Ivoiriens de la diaspora. En tant Secrétaire exécutif chargé de l’organisation et la mobilisation du PDCI-RDA, à quoi répond cette initiative ?

Noël Akossi Bendjo : L’union de la Diaspora pour la Côte d’Ivoire(UDCI), lancée le 19 Janvier, est une initiative des Ivoiriens de la diaspora pour soutenir la plateforme lancée par le Président Henri Konan Bédié et confortée par les orientations du President Laurent Gbagbo pour la réconciliation et la normalisation de la vie politique et sociale dans notre pays. La mobilisation de toutes les énergies est, en effet, indispensable pour réussir cette normalisation avant l’élection présidentielle de 2020, si l’on veut éviter un autre drame à la Côte d’Ivoire.

Agence Ecofin : N’est-ce pas là une esquisse de la future plateforme politique que le président du PDCI, Henri Konan Bédié, compte mettre en place en vue des futures échéances présidentielles en 2020 ?

Noël Akossi Bendjo : Le Président Henri Konan Bedié a fait appel à toutes les forces vives et partis politiques qui partagent sa vision d’une Côte d’Ivoire réconciliée et pacifique. La diaspora a répondu à cet appel et s’est organisée en créant l’UDCI, en accord avec les leaders politiques et responsables d’organisations de la société civile de Côte d’Ivoire en poursuivant trois objectifs majeurs. En effet, il s’agit avant tout de mobiliser l’ensemble des Ivoiriens de la diaspora derrière ce projet. Ensuite de faire du lobbying auprès de la communauté internationale. Et enfin, de relayer dans la presse internationale les positions de la plateforme nationale.

Agence Ecofin : Le PDCI-RDA fait montre actuellement d’une forte détermination à conquérir le fauteuil présidentiel en 2020. Pensez-vous réellement en avoir les moyens à un moment où nombre de vos cadres sont en train de faire défection pour le RHDP qui passe désormais du statut de groupement politique à celui de parti politique ?

Noël Akossi Bendjo : Notre préoccupation majeure réside dans la mobilisation de l’ensemble des Ivoiriens pour la normalisation de la vie politique et sociale, en vue d’une véritable réconciliation en Côte d’Ivoire. Ce qui nous permettra de nous accorder sur un nouveau contrat social et un nouveau consensus électoral, afin de garantir des élections transparentes, inclusives et pacifiques en 2020. Le PDCI-RDA a les moyens et le devoir de s’engager fortement dans cette démarche pour la renaissance de notre pays. Le PDCI pourra ainsi, s’il réussit sa mission, reconquérir le cœur des Ivoiriens et revenir au pouvoir en 2020.

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« Le PDCI-RDA assume ses choix passés, mais désapprouve profondément les dérives du pouvoir actuel. »

Agence Ecofin : La rupture semble consommée avec vos anciens alliés du RDR, particulièrement sur l’alternance politique en 2020 et sur la question du parti unifié, le RHDP, cher au Président Alassane Ouattara. Aujourd’hui les tensions persistent au point où une polémique est même née relativement à l’héritage politique de feu le président Félix Houphouët-Boigny. Quels commentaires faites-vous à ce sujet ?

Noël Akossi Bendjo : Le dernier congrès extraordinaire a statué sur la non participation du PDCI-RDA au RHDP unifié. Le PDCI-RDA demeure un parti de dialogue et d’ouverture, privilègiant en toute circonstance les intérêts de notre pays. Dans cet esprit, le Président Henri Konan Bedié a lancé un appel à tous les partis, y compris nos anciens alliés, dans la mesure où ils partagent notre vision de réconciliation et de paix. La raison doit tous nous habiter pour qu’ensemble nous reprenions le chemin de la construction de la nation ivoirienne.

Agence Ecofin : Vous évoquez la possibilité qu’un autre drame se produise en Côte d’Ivoire. Qu’est-ce qui vous fait craindre une telle éventualité ?

Noël Akossi Bendjo : Après la perte de ses principaux alliés que sont le PDCI-RDA et l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, il est impossible pour le RHDP unifié de gagner les élections présidentielles de 2020, s’il ne passe pas par un braquage électoral. Dans ce cas, il y a clairement un risque d’affrontement avec des conséquences qui pourraient être dramatiques pour le pays.

« Il est impossible pour le RHDP unifié de gagner les élections présidentielles de 2020, s’il ne passe pas par un braquage électoral. »

Agence Ecofin : Dans sa conquête du pouvoir en 2020, le PDCI multiplie les critiques contre les autorités actuelles. Pourtant, depuis 2011, vous avez co-géré ensemble la Côte d’Ivoire. N’êtes-vous pas – parlant du PDCI – également comptables de cette gestion du pays durant toutes ces années ?

Noël Akossi Bendjo : Le PDCI-RDA assume ses choix passés, mais désapprouve profondément les dérives du pouvoir actuel qui mettent à mal la cohésion sociale et la paix dans notre pays. Le PDCI-RDA, parti fondateur de la Côte d’Ivoire moderne, a le devoir de protéger et poursuivre l’œuvre du Président Félix Houphouët-Boigny en mettant tout en œuvre pour préserver la paix.

« Le PDCI-RDA assume ses choix passés, mais désapprouve profondément les dérives du pouvoir actuel qui mettent à mal la cohésion sociale et la paix dans notre pays. »

Agence Ecofin : Vous avez fait l’objet, par le gouvernement ivoirien, d’une décision de révocation de votre poste de maire de la commune du plateau à Abidjan, le 1er août 2018. Il vous est notamment reproché de « graves déviations » dans votre gestion et du « faux en écriture publique ». Il s’en est suivi une procédure judiciaire à votre encontre. Pourquoi n’avez-vous pas affronté la justice ivoirienne et préféré ce que l’on peut qualifier « d’exil » en France ?

Noël Akossi Bendjo : Notre révocation a été une décision purement politique qui n’a respecté aucune procédure, ni administrative, ni légale. Cette sanction est la réponse à ma position par rapport au parti unifié (le RHDP : Ndlr). Nos avocats ont engagé des recours contre cette décision prise de façon illégale. Nous espérons que le droit sera dit à cette occasion.

Agence Ecofin : Votre successeur fraîchement élu à la tête de la mairie du Plateau, Jacques Ehouo, a également maille à partir avec la justice ivoirienne. Au point où sa prise de fonction n’a pas pu avoir lieu. Quels commentaires faites-vous sur cette situation ?

Noël Akossi Bendjo : Le député Jacques Ehouo a gagné les élections municipales du Plateau, malgré toutes les embûches rencontrées en chemin. Cette victoire a été confirmée par la chambre administrative de la Cour suprême. Les poursuites judiciaires introduites pour empêcher son installation sont l’expression d’un harcèlement indigne d’un État de droit. Nous espérons qu’avec la réaction des deux syndicats de magistrats et du barreau des avocats, la raison habitera le pouvoir pour installer le conseil municipal élu.

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« Nous appelons pour cela tous les Ivoiriens à rejoindre la plateforme autour du Président Henri Konan Bedié. »

Agence Ecofin : La Cour pénale internationale vient de libérer, sous certaines conditions, l’ancien Président Laurent Gbagbo et l’ex-ministre Charles Blé Goudé. Que vous inspire cette décision ?

Noël Akossi Bendjo : Comme la grande majorité des Ivoiriens, nous avons accueilli avec joie l’acquittement et la libération conditionnelle du Président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé. Cette étape devrait ouvrir la porte de la véritable réconciliation que tous les Ivoiriens attendent. Aussi, espérons-nous la mobilisation de tous pour leur libération totale et leur retour, chez eux, en Côte d’Ivoire.

« Comme la grande majorité des Ivoiriens, nous avons accueilli avec joie l’acquittement et la libération conditionnelle du Président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé. »

Agence Ecofin : Avec un Laurent Gbagbo toujours aussi populaire et maintenant hors de la CPI, ne pensez-vous pas que ce sont les ambitions d’accession du PDCI-RDA au pouvoir en 2020 qui se voient ainsi contrariées ?

Noël Akossi Bendjo : Le PDCI-RDA aspire à la paix pour le pays. Nous appelons pour cela tous les Ivoiriens à rejoindre la plateforme autour du Président Henri Konan Bedié afin de créer les conditions de la normalisation de la vie politique et sociale. Ce qui permettra d’organiser des élections présidentielles transparentes et apaisées en 2020. Le PDCI-RDA aura, dans ces conditions, les meilleures chances de revenir au pouvoir en 2020.

« Le candidat du PDCI-RDA sera connu à l’occasion de la convention du parti prévue cette année 2019. »

Agence Ecofin : Le PDCI-RDA n’est pas très clair quant au candidat qu’il compte présenter à l’élection présidentielle de 2020, alors que nous sommes à seulement un an de cette échéance électorale. On entend encore parler d’une possible candidature de l’ancien Président Henri Konan Bédié malgré son âge avancé. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Noël Akossi Bendjo : Le candidat du PDCI-RDA sera connu à l’occasion de la convention du parti prévue cette année 2019. D’ici là, conformément aux résolutions du séminaire de Bingerville, le Président Henri Konan Bédié a instruit son secrétariat exécutif, auquel nous appartenons, à poursuivre la restructuration du parti et à mettre le personnel politique en rang de bataille pour la victoire en 2020.

Propos recueillis par Borgia Kobri

Author: La Rédaction

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