Le ministre burkinabè Chérif Sy pris en flagrants délires au procès de Ouaga

Une chronique de Franklin Nyamsi Wa Kamerun
Professeur agrégé de philosophie, Paris-France

L’interminable procès du putsch de septembre 2015, tenté par le CND du Général Gilbert Diendéré se poursuivait ces derniers jours à Ouagadougou. La justice a géométrie variable qui règne depuis de longues années au Burkina Faso a fini par lasser tout le monde. Pris en tenailles par une vague d’attaques armées de terroristes qui ont coûté près de 500 morts au pays, assommé par la pression socioéconomique des jeunes populations émergentes du Burkina Faso, le pouvoir MPP tente de faire désespérément diversion. Le bilan dramatiquement désolant des successeurs du Président Blaise Compaoré est si cinglant que l’urgence d’offrir de nouveaux boucs-émissaires au Burkinabé s’est faite ressentir. On veut ainsi distraire les burkinabé de la déculottée politique d’un pouvoir abonné à la haine, à l’improvisation et à l’amateurisme les plus vils.

Que faire dès lors? On a convoqué au prétoire du Tribunal politico-militaire de Ouagadougou, le très improbable Chérif Sy, personnage connu pour sa personnalité vacillante, louvoyante, et son opportunisme politique de longue date. Ses dons de prestidigitateur de circonstances sont certains. Mais son rapport quotidien à la vérité est quasiment nul. Le « haut représentant » de Roch Kaboré a cru bon de s’improviser en confident supposé d’un Guillaume Soro qui lui aurait, prétend-il, avoué en plein Paris – sous les auspices solennels de la Tour Eiffel ! – que les écoutes téléphoniques supposées l’incriminer avec le Général Djibril Bassolé étaient authentiques. Un virulent canular rempli de bassesses crasses !

On aurait besoin de cerner la motivation de l’aveu supposé de Guillaume Soro, en toute logique. Et c’est là que le vide retentissant de l’accusation envahit de son écho creux, tout esprit doué de bon sens. Chérif Sy a écrit un nouveau roman de science-fiction pour amuser la galerie burkinabé. C’est ce qui ressort de toute évidence des questions suivantes: Pourquoi Guillaume Soro, qui n’est pas spécialiste en acoustique, contesterait-il les résultats d’expertise d’un acousticien renommé comme Norbert Pheulpin, connu de tous les tribunaux de France où il exerce ses compétences, qui avait conclu après analyse des écoutes supposées de 2015 qu’elles étaient incontestablement inauthentiques? Pourquoi Guillaume Soro aurait-il besoin d’aller se livrer à confession chez un Chérif Sy que nul ne reconnaît comme un prêtre catholique ou un confident de Guillaume Soro? Pourquoi Guillaume Soro irait-il se faire coupable dans une affaire où tous les témoignages s’accordent à souligner que c’est la Présidence de la République de Côte d’Ivoire, à travers le Chef d’Etat-major particulier d’Alassane Ouattara, le général Vagondo Diomandé, qui se serait le plus directement impliquée dans ce coup d’Etat en livrant argent, armes et munitions au Général Diendéré pendant ses opérations de prise du pouvoir à Ouagadougou en septembre 2015?

C’est à croire qu’au Burkina comme en Côte d’Ivoire, une certaine élite politicienne croit encore pouvoir trouver une parade contre ses ennuis personnels: accuser Guillaume Soro de tous les péchés d’Israël, afin de faire oublier les turpitudes des pouvoirs actuels de Ouaga et Abidjan. Heureusement, les peuples ivoirien et burkinabé, l’opinion internationale et les démocrates africains de tous bords savent que l’affaire du Putsch de 2015 n’est que l’un des épisodes d’une série de déstabilisation du Burkina Faso par le populisme dominant, depuis octobre 2014 dans ce pays. Au fait, il y a eu le putsch contre le Président Compaoré, par le général Nabéré Traoré; le putsch contre le général Nabéré Traoré, par le Lieutenant-Colonel Zida; le putsch contre le Lieutenant-Colonel Zida et le pantin Président Kafando par le Général Diendéré! Pourquoi les Burkinabé n’enquêtent-ils pas sur tous ces putschs? La mauvaise foi du pouvoir MPP est légendaire. Guillaume Soro, pour sa part, poursuit sa mission destinale au coeur de son pays. Vivement, que les oisifs de Ouagadougou l’oublient dans leurs bisbilles interminables!

Author: La Rédaction

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