Création de l’Una-Fesci: Martial Ahipeaud dévoile les actions des anciens de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire

Le tout premier secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) se prononce sur des sujets importants pour la vie de la nation.

Vous venez de mettre sur pied une structure dénommée « Union des anciens de la Fesci », en abrégé Una-Fesci. Quels sont les objectifs de cette structure ?

L’Una-Fesci se fixe trois objectifs. Le premier, c’est de faire en sorte que la réconciliation soit effective entre les anciens de la Fesci. Nous avons eu à participer, pour la plupart d’entre nous, à cette crise qui déchire le pays depuis des années. Le deuxième, c’est de faire en sorte que la solidarité devienne effective entre nous. Le troisième, c’est de participer, à travers un certain nombre d’actions, au retour de la paix et la réconciliation dans notre pays.

Combien de membres compte l’Una-Fesci ?

Je ne pourrai pas vous dire le nombre exact de membres à ce jour. Mais ce que je puis vous dire, c’est que la quasi-totalité des anciens secrétaires généraux et autres membres des sections sont entièrement engagés avec nous.

L’Una-Fesci a-t-elle des ambitions politiques ?

Non. C’est une association apolitique qui regroupe l’ensemble des camarades qui ont, d’une manière ou d’une autre, milité au sein de la Fesci. Cela d’autant plus que nous sommes issus de plusieurs groupements politiques. En notre sein, nous voulons que l’Una-Fesci soit la Suisse au niveau des forces sociales et de la société civile de notre pays.

Vous êtes président à la fois d’un parti politique et d’une association qui se veut apolitique. Comment comptez-vous manœuvrer avec les deux ?

J’ai dû démissionner de la tête de mon parti, l’Union pour le développement et des libertés (UDL), dès que nous avons créé l’Una-Fesci ; pour éviter les suspicions et permettre ainsi aux uns et aux autres d’être relaxes et sereins dans le projet que nous avons en commun.

Vous abandonnez ainsi la politique ?

Non, pas du tout ! Je n’abandonne pas la politique. Mais ce qui est important aujourd’hui pour moi, et même pour mon parti, c’est de créer les conditions de la réconciliation en Côte d’Ivoire. En tant que président de l’UDL, nous avons énormément travaillé au retour de la paix dans notre pays. Notamment par des propositions. Au mois d’août 2006, nous avions déjà fait des propositions qui ont servi, d’une manière ou d’une autre, à la conception des accords de Ouagadougou. Nous avons travaillé dans le couloir à la conciliation des deux tendances. Aujourd’hui, le parti estime que la mise en place de l’Una-fesci est une priorité nationale. Cela peut nous permettre de régler beaucoup de problèmes au niveau de la problématique de la réconciliation. Ainsi, le parti m’a donné feu vert pour travailler en exclusivité jusqu’à ce que le projet atteigne sa maturité. Après quoi, je pourrais revenir à mes activités politiques.

L’Una-Fesci compte se rendre incontournable en matière de contribution de la société civile à la réconciliation nationale. Concrètement, que comptez-vous initier comme projet pour atteindre cet objectif ?

C’est déjà ce que nous faisons depuis les neufs derniers mois. Nous avons participé aux obsèques de Djaya Jean, qui était de l’autre côté.

Je ne vous suis pas

Nous étions de la Fesci, un mouvement de gauche. Alors que Djaya Jean était du Pdci-Rda. Nous sommes également allés à Séguéla pour prendre part aux obsèques du père du ministre d’État, Hamed Bakayoko, qui est aussi un ancien du Meeci (Mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire, proche du Pdci-Rda). Parce que nous avons voulu lancer un signal fort à nos anciens camarades du Pdci-Rda et ceux qui étaient nos opposants à cette époque-là. Pour leur dire que nous avons grandi aujourd’hui, et nous pouvons créer les conditions d’une entente cordiale entre nous. Voilà ce que nous avons déjà fait. Et nous continuons avec des tournées. Nous avons eu une rencontre avec les ministres Hamed Bakayoko, Albert Mabri Toikeusse, un ancien aussi du Meeci. Nous avons l’intention de rencontrer le Premier ministre, le Président de la République, l’ex-Première dame, Mme Simone Gbagbo. Nous voulons faire en sorte que le climat politico-social qui est fondé actuellement sur la belligérance et le cloisonnement soit décrispé. Pour que les gens puissent réapprendre à vivre ensemble. Je crois que nous avons déjà contribué largement à l’apaisement. Bien que ce soit dans un environnement extrêmement difficile.

Est-ce cela qui explique votre présence récemment à Daoukro ?

Absolument. J’ai été secrétaire général de la Fesci pendant quatre ans. Nous voyons en la personne du Président Bédié le doyen des hommes politiques. Et comme nous sommes en Afrique, c’est une méthodologie que nous avons suivie. En tant que 1er secrétaire général de la Fesci, j’avais suffisamment de légitimité pour poser un acte fort, en demandant pardon. Parce que nous savons aussi que notre lutte a pris souvent des tournures regrettables. Face au refus du parti unique d’accepter la démocratie, à l’époque, nous avons opposé une résistance farouche. Nous le reconnaissons. Nous disons que quand elle a eu des effets collatéraux, qui n’étaient pas intéressants, il fallait qu’on s’applique nous-mêmes la théorie de l’autocritique. En allant demander pardon au Président Bédié, en tant que doyen. De sorte que cela se répercute sur toute la Côte d’Ivoire.

Quels sont les rapports de l’Una-Fesci avec les partis politiques ?

Les membres de l’Una-Fesci sont issus de divers partis politiques. A titre d’exemple, Karamoko Yayoro, Jean Blé Guirao sont du Rhdp unifié. Eugène Djué est du Front populaire ivoirien (Fpi). Il y a même un prêtre parmi nous, le Père Serge. Et donc, nous nous tenons à équidistance de toutes les chapelles politique. Nous sommes avec tout le monde, sans être avec quelqu’un. Nous souhaitons que l’organisation reste neutre.

Y a-t-il des actions regrettables qui vous ont particulièrement marqué ?

Il n’y a pas une lutte qui s’est faite dans ce pays sans effet collatéraux. Nous avons opposé une résistance à la répression du pouvoir à l’époque. Malheureusement, cette résistance ne s’est pas faite toujours avec la manière. Bien entendu, ces actions-là, on peut les regretter. Et on souhaite justement que toutes les composantes politiques du pays se rendent compte que ce sont des choses qui pouvaient être évitées. On aurait pu aller directement à la démocratie. Malheureusement, ça n’a pas été le cas, et cela a conduit à des situations difficiles. On peut même dire que la guerre que la Côte d’Ivoire a connue fait partie de ces conséquences-là. C’est pour cela que nous sommes en train d’œuvrer tous les jours pour que tout le monde se rende compte que ce n’est pas utile de continuer dans la belligérance permanente. Et qu’on revienne à l’ordre constitutionnel et à la politique normale, faite de contradictions entre les acteurs. Et à une démocratie saine et apaisée.

Beaucoup de personnes estiment au contraire que la Fesci a plutôt nui à l’école ivoirienne…

Je crois que la Fesci a son histoire. Elle a ses acquis. Qu’on le veuille ou pas, sans la Fesci, il n’y aurait pas eu la suppression du probatoire, il n’y aurait pas eu le maintien d’un minimum social, il n’y aurait pas eu le maintien des universités. La Fesci a beaucoup apporté à l’école ivoirienne. Moi-même, j’ai été jeté en prison à l’époque, au moment je proposais la construction de plusieurs universités en Côte d’Ivoire. L’université de Bouaké où j’enseigne aujourd’hui a été créée au moment où nous étions en prison. Donc la Fesci a mené et continue de mener des actions en faveur de l’école. Mais la Fesci ne peut pas à elle seule résoudre tous les problèmes de l’école. Tout ce qu’elle peut faire, c’est de poser les problèmes, quitte à ce que le pouvoir et les partenaires se mettent ensemble pour créer les conditions pour les résoudre. Ce qui est important, c’est que nous l’avons fait par conviction. Malheureusement, il y a eu des effets collatéraux et des dérives dans le cadre de la résistance. Ce que nous avons condamné et combattu. Ce qui est important pour nous aujourd’hui, c’est de tenir compte de tout cela pour essayer de dégager des perspectives globalement positives et progressistes pour notre pays.

On accuse la Fesci d’avoir même eu à commettre des crimes. On cite souvent le cas de Thierry Zébié…

Je voudrais que ce soit clair dans la tête de tout le monde. Ce n’est pas la Fesci qui a assassiné Thierry Zébié. Ce jour-là, nous avons tout fait pour éviter le crime. Nous avions envoyé des camarades au niveau de la cité Mermoz. Et ces camarades ont trouvé sur place le groupe de Thierry Zébié. Ils étaient au nombre de quatorze personnes. Et quand les camarades les ont trouvés sur place, ils leur ont dit que le Secrétaire général demande que vous quittiez les lieux parce que la foule qui vient vers vous est énorme. Et ne pourra pas être maîtrisée. Les amis de Thierry Zébié ont accepté de quitter les lieux, à bord de trois ou quatre taxis. C’est Zébié seul qui est resté. Nous avions donc pris les dispositions pour éviter un affrontement avec Thierry Zébié. Hélas ! C’était un phénomène de foule. Il y avait des infiltrations. Pour notre part, nous accusons toujours les forces de l’ordre qui ont infiltré la foule. On les a vues rentrer dans la maison, frapper Zébié et le faire sortir pour le livrer aux étudiants. Sinon, celui qui a connu Thierry Zébié sait qu’il n’y a pas un seul étudiant sur le campus qui pouvait avoir le courage d’aller l’affronter. La manifestation a été infiltrée et instrumentalisée. Si Zébié était parti avec les autres, ce drame ne serait pas arrivé. C’était dans un contexte difficile. Et personne ne savait qui faisait quoi.

Quel est votre regard sur l’école ivoirienne d’aujourd’hui ?

En tant qu’enseignant, ma critique sera un peu plus sévère. Les pouvoir public n’ont pas pu créer les conditions d’une école meilleure et progressiste. Mais en même temps, il faut reconnaître que la crise que traverse notre pays depuis trente ans ne facilite pas la résolution des problèmes. Les états généraux qui ont été annoncés par le gouvernement seraient peut-être le lieu de faire un diagnostic objectif. Afin de trouver des solutions à court, moyen et long terme. Concernant la Fesci, je pense que la jeune génération, conduite par Fulgence Assi fait un travail formidable à l’effet de ramener le mouvement vers l’orthodoxie syndicale. C’est-à-dire faire en sorte que les revendications et les méthodes concordent avec l’esprit syndical.

Interview réalisé par
CASIMIR DJEZOU
Fratmat.info

Author: La Rédaction