Ministère de l’Enseignement supérieur en Côte-d’Ivoire: Mabri accusé d’éteindre et de rallumer le feu…


Les agents victimes d’une grosse arnaque ?
Guerre ouverte entre pro et anti primes
La crédibilité du ministre en jeu

« Abdallah Albert Mabri Toikeusse ou l’histoire d’un boulanger pâtissier de dernière génération », « Mabri dit et se dédit », « Si tu n’es pas capable de régler le problème de 400 personnes, ce ne sont pas les problèmes nationaux de 25 millions d’habitants que tu pourras résoudre », «Voici comment les fausses promesses de Mabri Toikeusse sont en train de retourner ses agents contre lui ».

Ainsi se sont déchaînés des internautes sur la toile pour dénoncer la fourberie du Ministre Mabri. En effet, voilà un monsieur qui aspire à diriger ce pays un jour, qui rêve même d’être candidat aux élections présidentielles de 2020, mais dont la parole n’a apparemment aucune valeur. Ce ne sont pas les agents du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique qui diront le contraire, eux qui font en ce moment l’amère expérience des fausses promesses du locataire de la tour C 20e étage. De quoi s’agit-il ?

En vue de mettre fin à l’injustice et à l’atmosphère délétère qui prévalent depuis des années au sein de l’administration centrale de son Ministère et de procéder à la répartition équitable des colossales ressources financières générées, Mabri a décidé d’octroyer une prime trimestrielle d’incitation aux agents. Sous la pression de ces derniers qui menaçaient d’entrer en grève (Bakayoko Ly Ramata en sait quelque chose), le Ministre s’est engagé à signer l’arrêté portant instauration des primes dès le lundi 4 mars 2019 ; à la grande joie du personnel administratif et technique qui a savouré avec faste cette victoire tant attendue. Au passage, le Ministre Mabri Toikeusse a eu droit à tous les éloges, lui le héro national qui venait ainsi de sauver plusieurs familles de la disette, lesquelles jurèrent la main sur le cœur, d’adhérer immédiatement au parti arc en ciel par devoir de reconnaissance.
Apparemment, le rêve était trop beau pour être vrai. En ce moment, les agents n’ont que leurs yeux pour pleurer ; car depuis le lundi 4 mars 2019 jusqu’à ce jour, pas même l’ombre d’un quelconque arrêté n’est perceptible au Cabinet du Ministre où tout le monde a choisi de se murer dans un silence tout aussi coupable qu’assourdissant. Autant le dire, les agents semblent avoir été roulés dans la farine ! « Cette affaire de primes, c’est l’arnaque du siècle ; Mabri s’est payé notre tête, il s’est bien foutu de notre gueule », affirment des agents en colère que nous avons rencontrés. Approché pour avoir la version des faits des autorités, un responsable qui a requis l’anonymat, a tenté de dédramatiser la situation en ces termes : « Vous savez, le Ministre Mabri est un homme de parole. C’est un homme d’Etat qui ne saurait prendre le risque de ne pas respecter ses engagements. Il a promis signer l’arrêté portant instauration des primes au profit des agents et il le fera. Car, le croyant qu’il est, demeure sensible aux souffrances de ses agents. Le décalage s’explique par les quelques derniers réglages à faire pour que tout soit parfait. Vous allez voir, dans quelques jours seulement, tout rentrera dans l’ordre ».

Des propos qui se veulent rassurants, mais qui cachent mal le malaise qui prévaut au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. A la vérité, une guerre fait rage en ce moment entre les pro et les anti primes, c’est-à-dire entre ceux qui sont pour que la prime soit payée aux agents et ceux qui y sont farouchement opposés, notamment le DAF Doumbia et son acolyte MaÏga, Directeur des systèmes d’information. Ces deux individus, chefs de file des faucons du Ministère, combattent avec la dernière énergie l’instauration des primes au profit du personnel administratif et technique d’autant plus qu’ils considèrent les ressources propres du département en charge de l’enseignement supérieur, chiffrées en milliards de francs CFA comme leur chasse gardée ; un butin à ne redistribuer sous aucun prétexte, pas même une infime partie aux pauvres pères et mères de familles qui broient du noir.

C’est cette méchanceté monstrueuse qui a conduit la Ministre Bakayoko Ly Ramata droit dans le mur et qui lui a valu d’être honteusement chassée du 20e étage de la tour C pour être réduite aujourd’hui à gérer des pouponnières. Concernant Mabri Toikeusse, les mêmes conseillers occultes reviennent à la charge en tentant de le perdre lui aussi avec des propositions indécentes. On parle d’une affaire de gros sous capables de faire voler en éclats les serments et engagements les plus fermes. Le pauvre Mabri qui a besoin de renflouer au maximum les caisses de l’UDPCI (parti qui refuse d’être phagocyté et de disparaître comme prévu au profit du RHDP) en vue des échéances électorales de 2020, semble totalement pris en otage par les caciques et thuriféraires de son parti qui grossissent les rangs de la coalition ténébreuse anti primes. Entachant gravement la crédibilité du Ministre par leur avidité doublée d’une cupidité maladive, certains seraient prêts, pour sauver les apparences, à lui concéder le paiement de primes charcutées à ces agents ‘’empêcheurs de tourner en rond’’ qui veulent coûte que coûte s’inviter à la soupe. Au demeurant, ces ‘’affamés’’ devraient pouvoir se contenter de quelques miettes. Normal, le bonheur, tout le monde n’y a pas droit forcément !
Dans l’arène impitoyable du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, les pro et anti primes se livrent une guerre sans merci. Pour preuve, la réunion du jeudi 4 avril 2019 sur la question du paiement des primes, convoquée par le Directeur de Cabinet, a été purement et simplement boycottée par ceux qui n’ont visiblement pas intérêt à ce qu’il fasse bon vivre dans ce Ministère. Ainsi va la vie dans ce département métaphysique où personne ne respecte personne, où tout le monde se croit plus intelligent et où chacun pense être plus rusé que l’autre. Bienvenus dans le Ministère où l’insubordination reste la chose la mieux partagée, à cause d’un Ministre qui peine à asseoir son autorité en disant ‘’oui’’ les jours pairs et ‘’non’’ les jours impairs en fonction des intérêts en jeu. Quelle honte !

Pour leur part, les agents de l’administration centrale se disent consternés par l’attitude ambigüe de Mabri Toikeusse. Leur colère est à la mesure de la haute trahison dont ils estiment être victimes de la part de leur Ministre qui leur a vendu des illusions. Le comble, c’est que depuis ‘’le poisson d’avril’’ anticipé du lundi 4 mars 2019 jusqu’à ce jour, ses collaborateurs et lui refusent catégoriquement de recevoir le syndicat des agents de l’administration centrale (SYAAC) dirigé par Monsieur Zoulou Modeste. Ne voulant fournir au dit syndicat la moindre explication par rapport au fameux arrêté portant instauration des primes qui aurait dû être signé depuis plus d’un mois, Mabri s’érige paradoxalement en champion de la médiation dans la crise qui secoue le Ministère de l’Education Nationale. Comment comprendre qu’il s’empresse, devant les caméras de la RTI, de démontrer ses talents de fin négociateur chez le voisin alors que chez lui à la maison, le dialogue semble avoir été relégué aux calendes grecques. C’est toute la problématique de la dialectique du pompier et du pyromane ou du syndrome de la souris qui mord et qui souffle en même temps.

Les agents eux, sont sur le pied de guerre ! Selon des indiscrétions, ils seraient en train de se mobiliser en vue d’organiser un sit in géant devant la tour C à partir du lundi 15 avril 2019 pour réclamer l’arrêté signé portant instauration des primes trimestrielles et exiger la démission de tous ces faucons formellement identifiés qui manœuvrent secrètement contre les intérêts du personnel administratif et technique. Sans nul doute que ce jour là, la cité administrative sera en ébullition, comme ce fut le cas l’année dernière sous Bakayoko Ly Ramata. On se rappelle bien comment la cité administrative avait été transformée en un champ de bataille avec le déploiement impressionnant de multiples cargos de forces de l’ordre, usant abusivement de gaz lacrymogène. Enragés d’avoir été méprisés, les agents comptent, semble t il ne pas s’arrêter là. Ils envisagent également déclencher une grève illimitée et mener des actions d’envergure tenues secrètes pour le moment en vue de paralyser totalement l’administration centrale jusqu’à satisfaction de leurs revendications.

Le Ministre Mabri Toikeusse saura t il se ressaisir à temps pour éviter que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique ne sombre à nouveau dans le chaos ? Adulé au départ par les agents, il a, par ses fausses promesses, réussi à les retourner contre lui. Et dire qu’on aurait pu faire l’économie de cette autre crise si les instructions du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, saisi du dossier depuis 2018, avaient été appliquées à la lettre. En fin de compte, doit on donner raison au Professeur Johnson Kouassi Zamina de la CNEC quand il déclare que : « Dans ce pays, il faut être voyou pour avoir des résultats » ? Nous y reviendrons.

Albertine Nihidaley

Author: La Rédaction