Débat autour de la CNI: Roger Youan (Coalition ça suffit) «Il faut éviter l’achat des consciences en rendant la carte gratuite pour tous»

Par Connectionivoirienne

Le débat fait rage autour de la nouvelle carte d’identité biométrique projetée par le gouvernement. Le marché a été attribué à l’entreprise belge Semlex et le coût de la carte fixé à 5 000 FCFA. Le président de la coalition ‘’ça suffit’’, un mouvement de la société civile s’insurge contre la mesure gouvernementale. Son premier responsable, Roger Youan en parle dans cet entretien

Depuis quelque temps, vous menez une campagne contre le coût de 5 mille francs institué pour l’acquisition de la nouvelle Carte nationale d’identité. Qu’est-ce qui révolte dans cette décision du gouvernement ?

Ce sont les conditions de vie des Ivoiriens. Les gouvernants savent les conditions de vie des Ivoiriens dans les différentes localités. Nous ne comprenons donc pas pourquoi, alors qu’il décrète 2019, année du social, le gouvernement vienne demander 5 mille francs aux Ivoiriens pour se faire établir une carte d’identité. Ils ont normalement droit à cette carte. D’Houphouët à Ouattara en passant par Bédié, Guéi et Gbagbo, ils n’ont pas déboursé 5 mille francs. Elle a coûté 200 francs au temps d’Houphouët, après on est passé à 500 francs puis 1000 francs à 1500 francs. Quand Gbagbo est arrivé, le coût initial était de 2000 francs avant qu’elle ne soit offerte gratuitement en pleine crise sociopolitique. L’état peut donc faire des sacrifices. Nous ne comprenons pas que pendant qu’on vante 8 % de taux de croissance et que les voyants sont au vert, les Ivoiriens qui se serrent déjà la ceinture aient à débourser 5000 FCFA pour une Cni. Ce n’est pas acceptable. D’ailleurs, nous avons été surpris qu’un tel marché de dizaines de milliards de nos francs, soit octroyé de gré à gré. Avec cela nous ne sommes pas surpris du coût fixé pour la Cni.

On évoque un appel d’offre restreint. Vous parlez de gré à gré ?

Alors appel d’offre restreint, c’est un choix mais 5000 francs c’est insupportable, c’est hors de portée des Ivoiriens. Il faut que la Cni soit gratuite.

Mais dans ses justifications l’autorité fait valoir qu’ailleurs le coût est plus élevé qu’en Côte d’Ivoire. Elle coûterait 14 000 FCFA au Sénégal. Qu’en dites-vous ?

Ce n’est pas vrai ! Au Sénégal, le timbre coûte 1000 FCFA. Une période de six mois a été donnée au-delà de laquelle tout retardataire ou celui ayant perdu sa carte paie 10 000 à 14 000 FCFA. Sinon on a entendu le ministre Sidi Touré dire que la carte coûte 14 mille francs au Sénégal. C’est une contre-vérité inacceptable. Dans les pays qui nous entourent, il n’y a pas Cni qui coûte 10 mille francs. Ce n’est pas vrai. Au Burkina Faso c’est 500 FCFA, au Sénégal, c’est 1000 FCFA, au Ghana, les mêmes cartes biométriques avec puce sont données gratuitement aux citoyens ghanéens.

Les cartes actuelles en vigueur expirent pour la plupart en juillet 2019. Auriez-vous un appel à lancer au gouvernement en faveur d’une prorogation du délai d’expiration ?

On n’a pas d’appel à lancer. Quand on a une carte dont la période de validité est atteinte, il faut la renouveler. C’est ce qui justifie notre désaccord à propos du coût de 5000 F. On a déjà une base de données, il suffisait d’actualiser les données en retranchant les morts, en changeant les données de ceux qui ont changé de statut, de résidence etc. Il y a aussi le cas des nouveaux majeurs à intégrer. C’est pour tous ceux-là que nous exigeons la gratuité des Cni. Si on a dit année du social et que le budget a prévu un montant pour ce social, c’est sur ce montant qu’il faut prélever la prise en charge des Cni. Maintenant si on nous dit que la prise en charge de la Cni n’y était pas prévue, alors qu’on attende l’année prochaine, au prochain exercice budgétaire pour prévoir la gratuité. Entre temps, on prend une décision de prolonger jusqu’à 2020 les délais des cartes qui expirent maintenant. Et puis, on voit peut-être les 5000 F fixés par le gouvernement mais le vrai coût va au-delà. Parce qu’il faut tenir compte du certificat de nationalité, de l’établissement des extraits de naissance, du transport pour l’acquisition de tous ces documents. Tout calcul fait, on se retrouve à 15 voire 20 mille francs pour une carte. C’est trop pour nos parents planteurs, c’est trop pour les étudiants, les chômeurs… c’est tous ceux-là qu’il faut prendre en compte. Nous appelons le gouvernement à revenir sur sa décision.

A peine le gouvernement annonce le coût que des propagandistes politiques se proposent déjà de contribuer à l’enrôlement de leurs concitoyens. Il y en a même un qui affirme qu’il va enrôler 2 millions de personnes. Quel commentaire sur une telle opération de charme ?

C’est tout cela que nous dénonçons. Ceux qui veulent enrôler 2 millions de personnes, quand on fait le calcul, ne serait-ce que l’achat du timbre, on est à 10 milliards de francs. Où vont-ils prendre cet argent ? Il est bon de faire la carte gratuite pour permettre à tout le monde de s’enrôler que de vouloir la donner à une partie des ayant-droits à la carte. Il faut éviter l’achat des consciences. Nous allons progressivement vers 2020, c’est une façon de biaiser le jeu démocratique. Ceux qui vont aller offrir gratuitement ces cartes, d’où sortent-ils l’argent ? C’est de la corruption. Nous ne voulons pas qu’on surfe sur la misère des populations pour venir jouer les généreux avec l’argent public alors que cet argent aurait servi à soutenir la gratuité pour tous. Il faut arrêter de manipuler les masses et nous disons ça suffit !

Par SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

Author: La Rédaction

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