Côte d’Ivoire: « Ce n’est pas un sacrilège que d’être allié au FPI » (Gnamien Yao, INTERVIEW)

Serge Alain KOFFI

Cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Gnamien Yao, ancien ministre ivoirien des PME et de l’Artisanat sous Laurent Gbagbo, affirme que le rapprochement entre son parti et le Front populaire ivoirien (FPI) n’est ni « un sacrilège’ » ni « une profanation de la mémoire de Félix Houphouët-Boigny’ », se référant au Front républicain, l’alliance qui avait uni en 1995 le Rassemblement des républicains (RDR ) et la formation fondée par l’ex-chef de l’Etat, dans une interview à ALERTE INFO dimanche.

En janvier 2018 à Dimbokro, lors d’un colloque international sur les martyrs du PDCI des années 1950, une motion de soutien à la candidature du président Henri Konan Bédié à l’élection présidentielle de 2020 a été lue. Qu’est ce qui justifie que vous militez tant pour sa candidature alors que le président de votre parti, lui-même, a déjà déclaré à maintes reprises qu’il n’était pas vraiment intéressé ?

D’abord, nous sommes au sein du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Qui dit Parti démocratique, dit à la veille des grandes décisions, une pluralité d’ambitions. Et celles-ci peuvent être volontaires ou suscitées. Comme nous sommes à l’intérieur du parti, pour les prochaines élections présidentielles, le président Henri Konan Bédié est le candidat qu’il faut. Maintenant quelles sont les fondements de cette candidature ? Premier fondement d’ordre juridique, la constitution de la Côte d’Ivoire a supprimé la limitation de l’âge pour être candidat à la présidentielle. A ce titre, nous pensons que le président Henri Konan Bédié est autant candidat que n’importe quel autre citoyen de la République de Côte d’Ivoire. Deuxième fondement juridique, Henri Konan Bédié est le président du parti, élu démocratiquement. Pour ceux qui connaissent l’histoire et les pratiques des partis politiques à la veille des grandes consultations électorales, le candidat naturel du parti est son premier animateur. Dans notre cas, le premier animateur du parti est le président Henri Konan Bédié, donc nous pensons qu’il est le candidat naturel. Un autre fondement, quand vous prenez la route de Daoukro, tout le monde l’emprunte régulièrement maintenant. Et donc nous pensons de façon subjective que le président Henri Konan Bédié est véritablement le fédérateur de la nation. Un tel homme, si la constitution lui donne la possibilité d’être candidat pour fédérer toutes les énergies et remettre le peuple de Côte d’Ivoire sur les sillons de la paix, nous n’allons pas bouder notre plaisir à souhaiter qu’il soit candidat. Mais dire qu’il est le candidat ne signifie pas lancer une guerre sainte contre toute autre candidature à la convention.

A 85 ans, le président Bédié n’est-il trop âgé pour mener encore une bataille pour la reconquête du pouvoir d’Etat surtout qu’il avait lui-même dit dans un entretien à Jeune Afrique en 2017 qu’il n’a plus la force d’un jeune homme pour un tel combat ?

Le président l’a dit au moment où la constitution de la Côte d’Ivoire ne lui permettait pas d’être candidat mais les circonstances ont changé. Aujourd’hui le peuple de Côte d’Ivoire dans son immense majorité a fait sauter le verrou de l’âge. Cela veut dire que le peuple de Côte d’Ivoire a marqué son accord pour qu’un citoyen qui a 200 ans soit candidat à la présidence de la République. Ce n’est pas la faute du président Bédié. Quand nous prônons sa candidature, nous ne sommes pas en marge de la volonté populaire. Bien au contraire, nous sommes en train d’amplifier une volonté du peuple de Côte d’Ivoire qui a accepté par référendum de faire sauter le verrou de l’âge pour permettre que les vieux aient les mêmes droits civils, civiques et politiques que les jeunes. Le président a 85 ans mais a les mêmes droits civils, civiques et politiques que tout le monde. Je ne pense qu’on ait décrété que quand tu as plus de 80 ans, tu es déchu de tes droits civils, civiques et politiques. Donc la candidature du président est conforme à la constitution de la République de Côte d’Ivoire. Et la volonté de promouvoir cette candidature est conforme aux traditions du PDCI.

Que pourrait-il apporter de nouveau ou de plus qu’il ne l’a fait quand il était président de 1993 à 1999 ?

Le déclinisme du président a été annoncé depuis longtemps. Quand il est devenu président de la République, on ne vendait pas cher sa peau. Depuis plus de 20 ans, il dirige de façon satisfaisante le PDCI. Le président Houphouët-Boigny disait que l’héritage ne vaut que par celui à qui il est légué. Entre nous, si Bédié ne pouvait rien apporter au peuple du Côte d’Ivoire, les herbes auraient poussé sur la route de Daoukro. Ca veut dire qu’il apporte quelque chose, il est le fédérateur, il est le garant de la démocratie aujourd’hui. Vous avez vu que pour changer la constitution à l’Assemblée nationale, on est allé chercher le président Bédié. Vous voyez comment on lui fait la cour pour qu’il réintègre d’autres formations politiques. Cela veut dire qu’il peut apporter quelque chose à la paix, à la stabilité et à la cohésion de notre pays.

Pensez-vous que les chances du PDCI de remporter la présidentielle sont minces si ce n’est Bédié le candidat ?

Ne vous trompez pas d’époque. Il fût un temps où pour diriger un peuple, il fallait avoir 99,99% des suffrages exprimés. Ce temps est révolu. Aujourd’hui avec 50, 02 % des suffrages exprimés, vous êtes élu président. Donc, le président Bédié n’est pas à la recherche de l’unanimisme, nous sommes à la recherche de la majorité. Si les élections sont organisées dans la transparence, dans l’équité, le président peut recueillir plus de 50% des suffrages exprimés et ça suffira pour nous.

Avec les départs de nombreux cadres au RHDP, comment voyez-vous l’avenir du PDCI ?

Le fait que des cadres du PDCI aillent voir ailleurs n’est pas propre au président Bédié. Cela a commencé sous le président Houphouët-Boigny. Sous le président Bédié, des cadres sont partis et ont crée le RDR. Les gens ont pensé que c’en était fini du PDCI. Après le coup d’Etat de 1999, ça été pareil. Mais le parti est resté débout et conquérant. Et ma connaissance, il ne s’est pas encore tenu une législature à l’Assemblée nationale sans le PDCI. Les départs font partie de la vitalité du parti. Cela veut dire que nous avons beaucoup de cadres que nous pouvons prêter à d’autres formations. Mais ceux-là nous rejoindront.

Mais pourquoi sont-ce toujours les cadres du PDCI qui rallient les différents pouvoirs depuis 1999 ?

C’est parce que le PDCI est un vivier de cadres compétents. Qu’est ce qu’un pouvoir va faire avec des cadres qui ne sont pas compétents ? Le PDCI est un laboratoire, une pépinière de cadres. On peut les prêter et le PDCI vit. Le PDCI est le seul parti en Côte d’Ivoire qui peut aligner 40 gouvernements composés de 40 de hauts cadres. Ça fera 1.600 personnes compétentes et formées. Vous savez que la Zambie devait jouer la Coupe d’Afrique en 1994, l’équipe A a été décimée. L’équipe B a remporté la coupe. Nous considérons que ceux qui sont partis font partie de l’équipe A. Le président Bédié gagnera avec l’équipe B.

Ces départs ne sont-ils pas un obstacle pour la reconquête du pouvoir en 2020 ?

Non pas du tout. Ces départs démontrent la vitalité et la capacité du PDCI à incarner la Côte d’Ivoire parce qu’ils vont avec nos valeurs. Bédié est un modèle de démocrate achevé. Dites moi dans quel parti politique en Côte d’Ivoire un président peut accepter d’affronter son secrétaire général dans les urnes à l’intérieur du parti.

Le départ des cadres ne traduit-il pas un malaise réel au PDCI ?

Non, il n’y a pas de malaise. Nous avons une pépinière, un creuset de hauts cadres qui veulent aller monnayer leur talent ailleurs. Pourquoi voulez-vous les retenir ? Moi-même je ne suis même pas encore monté en équipe A du PDCI mais je ne crois pas que je sois moins valeureux que ceux qui sont partis. Ceux qui sont partis, il y a en une pléthore encore au PDCI.

Comment appréciez-vous l’actuel rapprochement entre le PDCI et le FPI?

Ce rapprochement se fait à ma grande satisfaction. J’ai failli être le Galilée du PDCI. Pour ma collaboration avec le président Gbagbo, j’ai failli perdre la vie au PDCI. Je ne peux que bénir Dieu que finalement le chemin que j’ai tracé dans l’obscurité soit emprunté dans la lumière. Je n’en dirai pas davantage mais c’est à ma grande satisfaction. Le président Henri Konan Bédié a dit que la politique est une affaire d’alliance. Dans un jeu a trois grands partis politiques comme celui auquel nous assistons en Côte d’Ivoire, si tu n’a pas d’allié tu es perdant. Donc c’est tout à fait normal que le PDCI cherche à avoir des alliés. Et puis, il est écrit dans les textes du PDCI que le parti peut avoir des alliances avec tous les partis politiques de Côte d’Ivoire. Donc ce qui est en train d’être fait avec le FPI est ce qui a été fait hier.

Des cadres du PDCI qui ont rejoint le RHDP ne comprennent que ce soit avec le FPI, un parti politique historiquement opposé au PDCI…

Dites moi c’est avec qui le FPI n’a pas encore fait d’alliance dans ce pays ? Si nous sommes tous des enfants d’Houphouët-Boigny, dites moi quel est l’enfant d’Houphouët-Boigny qui peut jeter la pierre au président Henri Konan Bédié au motif qu’il serait en train de faire une alliance avec le FPI et que cette alliance serait une profanation de la mémoire du président Houphouët ? Il y a eu le Front républicain. Dans cette alliance, le FPI était allié à des enfants d’Houphouët. Ou bien à cette époque ils n’étaient pas des enfants d’Houphouët ? Laissons les émotions de côté et regardons l’avenir de la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas un sacrilège que d’être allié au FPI.

Alerte info/Connectionivoirienne.net

Author: La Rédaction

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