Université Houphouet Boigny: 5000 étudiants menacés d’exclusion écrivent à Ouattara

Monsieur le président, son excellence Monsieur Alassane Ouattara, nous vous prions de recevoir ce matin nos salutations les plus humbles et les plus respectueuses.

Avant tous propos, nous vous présentons nos excuses pour le dérangement. Vue l’urgence que requiert la situation des étudiants, nous nous sentons dans l’obligation de vous écrire ce jour. Tout comme notre précédente lettre du 21 janvier 2019, nous venons vous exposer un problème qui concerne l’éducation. Comme vous, nous croyons que la construction d’une société forte passe par l’éducation.

Mais avant de pleurer avec nos yeux les larmes de ces milliers d’étudiants menacés d’exclusion, nous voulons trouver un peu de force pour saluer les efforts considérables que vous faites en matière d’éducation. Nous saluons également le recrutement des 10. 000 enseignants au titre du programme social du gouvernement. Ce recrutement vient à point nommé pour apporter une réponse à la question du manque d’enseignants dans nos écoles.

Mais président, au moment où vous vous battez pour que tous les enfants du pays aient accès à l’éducation, d’autres risquent de se retrouver à la rue parce qu’ils n’ont pas été à mesure de payer leur inscription de l’année académique 2017- 2018 dans le délai.

Ainsi, l’administration a décidé de fermer définitivement les inscriptions. Un véritable coup de massue pour ces derniers. Face à la menace qui pèse sur leur cursus universitaire, ils ont décidé d’entreprendre des démarches pacifiques en vue de plaider pour leur cause. Ils souhaitent un délai additionnel afin qu’ils puissent régulariser la situation. Mais toutes les tentatives de négociation entreprisent auprès de l’administration de l’université se sont heurtées à l’intransigeance de cette dernière.

C’est pourquoi ils ont sollicité la médiation de plusieurs autorités. A cet effet, ils ont rencontré le cabinet du médiateur de la république, le cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur, et celui du premier ministre. Ils ont même sollicité la médiation de guide religieux. Tous ont donné l’assurance qu’ils feront tout ce qui est possible pour trouver une solution à ce problème. Mais jusqu’à ce jour absolument rien n’est décidé en leur faveur.
Ils ont frappé à toutes les portes sans succès. Ils ont même organisé une « marche blanche » pour se mettre à genoux devant l’administration mais cela n’a pas été suffisant.

C’est donc des jeunes désemparés qui scrutent avec anxiété l’horizon qui s’obscurcit. Ils dorment avec la peur au ventre et chaque jour qui passe, ils voient leur rêve se briser en mille morceaux.

Président nous parlons ici de plus de 5000 jeunes ivoiriens qui risquent de se retrouver à la rue. Quand nous essayons de mettre des noms et des visages sur ces chiffres, nous ne pouvons qu’avoir le sommeil trouble. C’est pourquoi nous venons par devant vous pour exposer le problème.

Président, nous ne venons pas ici dans une démarche belliqueuse. Notre approche ne consiste pas non plus à ternir votre image encore moins celle de l’université mais nous venons dans une démarche humble et respectueuse plaider pour l’avenir de ces jeunes. Nous sommes convaincus que vous êtes la seule personne à pouvoir régler ce problème.

Cher Président, depuis le début de ce problème, l’administration dit qu’elle a lancé plusieurs les inscriptions. Elle arrive donc à la conclusion que ceux qui n’ont pas payé ne veulent pas le faire. Par conséquent ils sont considérés comme démissionnaires.

Nous ne voulons pas ici pour balayer du revers de la main la position de l’administration mais nous voulons simplement dire qu’il y a beaucoup d’exceptions à prendre en compte. Nous pouvons vous assurer que beaucoup d’entre eux n’ont pas pu le faire dans le temps par manque de moyens. Pour d’autres aussi, cela est dû à un retard dans l’acheminement des PV à la scolarité centrale. Sinon si ces derniers voulaient vraiment abandonner les études, ils n’allaient pas mener toutes ces démarches pour demander un délai additionnel.

Cher Président, Même si les circonstances ne sont pas peut être appropriées, permettez-nous de vous exposer quelques réalités de la vie estudiantine. Ils sont nombreux ces étudiants qui sont obligés de se prendre en charge parce qu’ils sont issues de familles pauvres. Dans cette ville d’Abidjan très hostile aux moins nantis, ils ne peuvent que survivre. Ouvriers sur des chantiers de construction (manawa), gérant de cabine, répétiteurs voici les petites activités qui les maintiennent en vie.

Dans ces conditions, il est vraiment difficile de mobiliser rapidement les frais d’inscription qui s’élèvent à : 30. 000fr pour le premier cycle, 60. 000fr pour le second et 100. 000fr CFA pour les doctorants sans oublier les frais annexes.
Une fois les examens terminés, ces étudiants se lancent à la recherche des fonds pour les inscriptions. Certains travaillent à la zone industrielle, d’autres retournent sur les chantiers de construction, dans les plantations etc.

Au moment où nous vous écrivons, de nombreux étudiants dorment dans des Amphithéâtres pour minimiser les coûts liés au transport. Pour certain, trouver 3000 FCFA pour payer la carte de bus reviens à résoudre une équation à triples inconnus. Pour ne pas vous déranger d’avantages, nous ferons l’économie des difficultés liés à la nourriture et autres. Ces situations sont le quotidien de milliers d’étudiants. Et nous savons que certaines autorités connaissent ces réalités.

D’ailleurs, le 3 juillet 2019, lorsque nous avons rencontré le ministre Touré Mamadou pour lui soumettre ce problème, il a parlé de certains membres du gouvernement qui ont connu cette misère au moment où ils étaient encore sur les bancs. Pour lui, ces derniers ont réussi parce qu’ils ont cru en leur rêve.

Ici il est exactement question de rêve. Pour espérer vaincre la souffrance et réussir il faut avoir la force de rêver et la seule chose qui permet à ces étudiants de rêver c’est de continuer les études afin d’atteindre le niveau qu’ils souhaitent.

Président comme vous le savez l’année 2019 a été très difficile pour les paysans. Les producteurs d’hévéa, d’anacarde… Ont connu une période de vache maigre du fait de la mévente des produits agricoles. Combien sont les enfants de planteurs qui vivent et qui vont à l’école grâce à ces revenus ? Dieu seul sait. Nous sommes convaincus que vous n’accepteriez pas que ces cas sociaux soient jetés à la rue dans l’année du social.

Président, nous continuons de croire que dans les situations de détresse de la vie, il y a toujours un petit point d’espoir et le petit point d’espoir de ces étudiants c’est bien vous qui le détenez. C’est vous et vous seul qui avez la capacité de régler ce problème. Nous vous supplions de faire tout ce qui est de votre possible pour redonner le sourire à ces étudiants. Ils comptent sur vous.

A vous citoyens, citoyennes, leaders d’opinions, militants de la société civile, hommes de médias, web citoyens, nous sommes ici en face d’un problème social. Nous vous prions de partager cette lettre jusqu’à ce qu’elle arrive au niveau du président. Mettons-nous ensemble pour plaider le cas de ces personnes.

Excellence, monsieur le Président, nous vous prions de recevoir l’expression de notre déférente considération.

Gnamien Attoubré
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Author: La Rédaction

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