Le Front Populaire Ivoirien, quel gâchis !

« Asseyons-nous et discutons !» Voilà une expression que prononçait régulièrement le leader charismatique du Front Populaire Ivoirien dans les années 1990. A cette époque le PDCI-RDA du président Houphouët-Boigny qui refusait toute discussion et faisait usage de répression systématique à toute revendication, était présenté à juste titre comme un parti réfractaire à tout dialogue.
Ainsi cette invite à la discussion de M. Laurent GBAGBO était alors devenue une formule sacrée voire consacrée car elle était reprise dans tous les foyers à cette époque. A ceux qui répondaient par la répression en le jetant en prison, même si ce dernier se retrouvait dans le milieu carcéral avec toute sa famille, il répondait toujours par la célébrissime expression ‘’asseyons-nous et discutons’’. Par cette attitude, la Gauche dont il était le porte-flambeau se distinguait de l’ex parti unique qui utilisait tous les moyens pour présenter les partis de gauche et leurs animateurs sous le prisme de la violence.

Le peuple ivoirien, observateur de la scène politique, de plus en séduit par le charisme et la culture politique de ce nouvel homme politique, bascula progressivement vers la gauche, grossissant ainsi le nombre de militants de l’opposition. Les jeunes de cette époque de l’histoire politique de notre pays ont majoritairement été séduits par ce chef de fil de l’opposition d’alors : son attitude, sa liberté de ton, ses idées et sa façon à lui de les rendre, impactaient la jeunesse. Ce n’est nullement M. Arsène TOUHO, auteur de CONFESSIONS D’EXIL qui me dira le contraire. Cet auteur, répondant à la question de la page 57 de son livre, au sujet de l’offre politique qui lui siérait au moment où il avait décidé faire la politique à la suite de son départ de la FESCI a aisément affirmé : « à vrai dire je ne m’attendais pas véritablement à une offre particulière. La seule idée qui était claire dans ma tête c’était de faire la politique pour défendre les idées que Laurent GBAGBO prônaient ».

Un autre jeune et non des moindres, qui a fait la préface du même livre ira plus loin en disant ceci au dernier paragraphe de CONFESSION D’EXIL, à la page 16 : « Au moment où j’achève ces lignes, je ne sais pas si je vais retourner à la barre à la Haye, mais je suis persuadé que le combat que mon père politique Laurent GBAGBO et moi sommes en train de mener à la CPI pour les générations actuelles et futures a déjà mis de la graine dans le sol politique ivoirien ». Il termine son propos en disant : « et Arsène en est une. Cet homme est à suivre de près. Car politiquement, je peux affirmer que c’est désormais un homme… ». Je vais au-delà de ce que dit M. Charles Blé Goudé. Les graines politiques de cet homme (Laurent GBAGBO) sont indénombrables, tellement ses héritiers dans ce pays, en Afrique et même dans le reste du monde sont nombreux.
Cependant, il y a quelque chose qui me gêne dans le parti qu’il a créé, le Front Populaire Ivoirien. Certainement qu’on me dira que n’étant pas militant de ce parti, de quoi est-ce que je me mêle ? Oui ils auraient raison de me poser une telle question car je ne suis nullement militant du Front Populaire Ivoirien. Mais sachant qu’à un moment donné de l’histoire de ce parti, il a fonctionné avec l’argent du contribuable ivoirien que je suis, je me réserve dès lors le droit d’intervenir sur une attitude que je jugerais inacceptable, comme celle que présente ledit parti.
De quoi s’agit-il ? Il s’agit du congrès extraordinaire de la JFPI tendance AFFI et des commentaires qui s’en ont suivi. Les attaques observées sur les réseaux sociaux entre les deux clans du Front Populaire Ivoirien (FPI). J’ai lu un commentaire d’un militant de ce parti selon lequel, il n’y avait pas suffisamment de participants dans la salle. Un autre, certainement proche du camp qui a organisé le congrès réplique en ces termes : ‘’notre nombre était plus important que lors de vos rencontres’’. Il y a alors deux camps qui s’affrontent depuis la crise interne qui secoue les adeptes du ‘’asseyons-nous et discutons’’. Dans cette crise, certains, appelés les affidés (partisans de AFFI N’guessan) et d’autres GOR (Gbagbo ou rien). Pour rappel, les pro- Affi et pro-Sangaré s’étaient livré une bataille fratricide pour le contrôle du Front Populaire Ivoirien (FPI). Dans cette bataille, les adeptes du ‘’asseyons-nous et discutons’’ n’ont pu faire la paix des braves en adoptant une attitude conformément à leur slogan. Ils se sont alors retrouvés devant la justice ivoirienne.

Devant cette juridiction M. AFFI N’guessan, demis en mars 2014 à l’issue d’un comité central du FPI par ses opposants, sera rétabli, président du parti des socialistes. Au sortir du palais, les deux camps seront plus que jamais éloignés. D’un côté M. SANGARE Abou Dramane chef de file des frondeurs dira : « personne ne pourra m’empêcher d’aller au contact des militants du FPI. Personne ne pourra m’empêcher d’aller à la rencontre des forces politiques et démocratiques pour sauver la Côte d’Ivoire », de l’autre côté les partisans d’AFFI, au nom de la décision rendue resteront alors les représentants légaux du FPI. Ils sont les seuls autorisés à utiliser le nom et le logo du parti des socialistes de Côte d’Ivoire.

Depuis cet épisode de justice, les frères ennemis ne réussiront jamais à faire la paix jusqu’à la libération du fondateur du parti jusque-là détenu à la CPI (Cours Pénale Internationale). La division sera consommée dans ce parti de gauche après le rendez-vous manqué du 21 mars 2019. Il était question que ce jeudi marque la fin de la division au sein du FPI par la promotion du ‘’asseyons-nous et discutons’’. Ceux qui naïvement avaient cru en la Maggie du dialogue resteront sur leur faim car ce rendez-vous ne sera jamais honoré.

Une question me trottine alors l’esprit : la célèbre expression des hommes de la gauche ivoirienne, le ‘’asseyons-nous et discutons’’, qui a fait d’eux des hommes politiques exceptionnels, cette expression qui les distingue des antidémocrates, n’est-elle pas valable pour leur parti ? Au lieu de prendre conscience de leur rôle historique à jouer dans ce pays, les hommes de la Gauche ivoirienne se plaisent dans leur division et s’exhibent à longueur de journées sur les réseaux sociaux en s’attaquant mutuellement. D’un côté, les GOR qui disent, vous avez rempli tel lieu de meeting avec vos 9%, et de l’autre côté, les Affidés, qui revendiquent le nom et le logo du parti tout en interdisant aux autres de l’utiliser. Mais pourquoi ces hommes de gauche ne peuvent pas prendre conscience de leur rôle à jouer dans ce pays ?

Quel gâchis ! Cette situation confuse, cette pagaille, ce désordre bien organisé chez les refondateurs est appelé tout simplement un gâchis. Un pays a besoin d’une opposition pour son équilibre. C’est la raison de mon interpellation. Arrêtez de vous compter dans chaque camp ce n’est pas nouveau. Les partisans de Laurent GBAGBO ont passé leur temps à se compter jusqu’à la perte du pouvoir d’Etat. Aujourd’hui encore vous continuez de vous compter ? Ce serait un gâchis que de continuer à vous adonner à ce jeu pendant que les autres s’organisent, bouclent et continuent de diriger le pays.
Arrêtez-nous ces enfantillages. Quand on est nombreux, c’est aux élections que l’on en fait la démonstration. Une sagesse baoulé nous enseigne que, « lorsque l’on chante avec un sourd-muet, on finit par avoir mal à la tête, faute d’incompréhension ». Ne donnez pas des maux de têtes à vos militants qui rêvent de vous voir ensemble à nouveau.

Il faut retenir au terme de cette contribution que certains de vos militants et aussi des observateurs de la vie politique ivoirienne rêvent qu’un jour, triomphe, le ‘’asseyons-nous et discutons’’ au sein de votre parti et que cette expression ne soit pas pour les autres seulement. Asseyez-vous et discutez ! Autrement ce serait un gâchis.
Je voulais dire, et j’ai dit…

Abdon TAWA
Ecrivain
Auteur de : Pourquoi la génération Fesci doit prendre le pouvoir d’Etat

Author: La Rédaction

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