« L’appel de Daoukro, une Affaire d’État en Côte-d’Ivoire: Épisodes 1, 2 et 3 »

Contribution particulière

Il est 15.24, le Sphinx de Daoukro vient d’offrir à son « jeune frère » un banquet d’Etat. Les soldats en fraction pour la sécurité présidentielle commencent à fatiguer. Ils sont sur le qui-vive. Le cortège présidentiel est avancé. Le dispositif de départ est en place. Contre toute attente, sans que, ni les conseillers, ni les barons du PDCI n’en soient informés, HKB demande à ADO un entretien en aparté. Devant l’assistance médusée, Bédié dit :  » Ouattara, vient tu vas me donner le reste de carburant, j’ai du Boyard fraîchement arrivé de l’autre côté ».

Noël Akossi Bendjo, Edjampan Tiemele et le Pr Guikahue se regardent et ne présagent rien de bon.

Au bout de 20 mn, les 2 ténors du pouvoir sortent tout souriant, le Président Ouattara ne cache pas sa gratitude envers son aîné.
Nous sommes exactement le 15 septembre 2014.

Le PRADO une fois dans son véhicule, s’empresse de joindre son Ministre d’Etat, Ministre de l’intérieur et le prie de le retrouver à ses appartements.

Le Président Allassane Dramane Ouattara va confier un « Secret d’Etat » au numéro 2 du gouvernement, en lui demandant de mettre en place un « plan de sortie »…

Le très bouillant HAMBAK va réunir immédiatement son état major de cabinet , ses hommes de confiance (4 personnes dont je tais pour le moment les noms), à qui il va révéler « CHOSE » et ordonner des pistes de réflexion pour une sortie « heureuse et avantageuse » de situation.

Il est 00.49 quand se présente au portail de la résidence de Daoukro Mr Djaha Jean, Parlementaire, Maire de Grand Lahou, cadre très respecté au Ministère de l’intérieur, Représentant et cadre du PDCI. Il est surexcité, tremblant, autoritaire et exige à parler avec le « Vieux ». Mais Bédié dort déjà. Il crie que c’est une question de vie ou de mort. Qu’on le réveil. Malgré les invectives du protocole, du chef de camp, de la sécurité, Dia ne lâche rien. « Ça ne peut pas attendre demain, demain ce sera tard »…
On se résoud à joindre Henriette Bomo Bédié.

« Maman, il faut que je lui parle, il faut que je parle au vieux… Ndè kpli ô lè », marmonne t’il en Baoulé, lui le fils d’Usher Ashouan.

HHB apparaît dans un magnifique peignoir en soie. Elle est épuisée mais prend la peine de recevoir son fils Djaha. A peine a t’il commencé qu’elle se rend compte de la gravité de la situation et va réveiller le Président Bédié et le convainc de recevoir dans cette nuit de septembre, ce lanceur d’alerte…

* Djaha, calme toi et raconte moi … J’espère que c’est vraiment important pour qu’on me dérange… Lance Bédié.

Épisode 2

Le Sphinx est déconcerté mais écoute religieusement. Henriette écarquille les yeux et veux intervenir mais Bédié demande le silence et fait signe à Djaha de continuer. Puis, les yeux fermes, fixes et vides, il demande un verre que lui sert l’officier en faction qui a assisté à la scène.
Djaha s’empare du verre et lui demande :  » es tu prêt à donner ta vie pour lui? » L’officier craque et répond : « ils devront me passer sur le corps »… Djaha se tourne vers le vieux et lui dit:  » PRÉSIDENT, IL FAUT NETTOYER TA GARDE… MOI JE CROIS QUE JE VIENS DE SIGNER MON ARRÊT DE MORT… IL ME FAUT METTRE MA FAMILLE EN SÉCURITÉ »

Le salon s’est vidé. Henriette, la tête entre les mains, a les larmes aux yeux. Elle le sait, dans ces moments, vaudrait mieux le laisser seul, le laisser méditer. Elle prend son chapelet et se retire. Henri quant à lui, appelle immédiatement Akossi Bendjo, alors Maire du Plateau et Vice Président du PDCI. Les 2 hommes conviennent de ne point parler au téléphone… Bendjo rejoint le Président Bédié au petit matin et ensemble, conviennent d’une stratégie…

Le médecin personnel du Président du PDCI est appelé en urgence. Le silence, que dis-je, le mutisme de Bédié, le regard rouge sang, plus que d’habitude, surtout qu’il est à jeune, fait craindre le pire. Après un contrôle, hormis un poul accéléré, la tension est bizarrement basse. Il veut suggérer un contrôle approfondi mais le Vieux coupe court. Guikahue est arrivé. Il essaie d’être mis au parfum mais Akossi a ordre de se taire pour le moment.

Du côté de Marcory, le Directeur de protocole du Président de l’Assemblée Nationale, est approché par un interlocuteur. Il vient de la part du Sphinx. Après cette brève entrevue, un dispositif est mis en place, le cortège est prêt. Sans même avertir le PAN, Soul to Soul sait, après cet échange, que la ligne rouge va sonner et qu’il faut être prêt à partir.

Henri Konan Bédié convoque OUATTARA le PRADO. À Son arrivée ce 16 septembre 2014 chez le vieux, il est loin d’imaginer ce qui est parvenu aux oreilles de son aîné.

HKB lui propose une entrevue en privé. Sûrement, pensait il, ce devait avoir rapport à la confidence de la veille. Il pénètre avec son aide de camp dans le salon privé de Daoukro et est surpris d’y voir Henriette et Akossi Bendjo ainsi que 3 gardes en fractions. Le Colonel, aide de camp du Président comprend que quelque chose se trame et ne veut ressortir de la salle. D’un geste habile, il a le temps d’avertir le Directeur du protocole qui arrive dans la salle avec un officier.

La tension est palpable. Que s’est il passé au cours de la nuit pour qu’on en arrive là..?
Henriette Bédié se lève et invite les hommes en armes des 2 camps à la suivre en lançant, « laissons les mesurer qui pisse plus loin ». Cela détend l’atmosphère. Mais l’information a vite circulé dans les réseaux des acropoles d’officiers. Dehors, les mouvements des véhicules laissent croire qu’on veut en découdre. Il faut l’intervention de HAMBAK sur les réseaux pour calmer les choses.

Alors s’adressant au PRADO, Le Président Bédié dit ceci et je cite (mot pour mot) :
* « Mr le Président, ayant réfléchi cette nuit, notre accord doit être validé par un témoin ».
Le PRADO s’enfonce dans son fauteuil et dit :
* « Grand frère, je pensais que cela restait entre nous » (Toujours mot pour mot), en regardant Akossi Bendjo.
* Certes, cela restera entre nous… (Puis doucement) nous et ceux des nôtres que nous jugeons digne d’être dans le secret des Dieux. Cependant, puisque c’est une décision politique, je souhaite qu’il y ait un témoin officiel. Je suis vieux, quelque chose pourrait m’arriver, sait-on jamais, dit Bédié en fixant son hôte dans les yeux.
Alassane fixe le colonel et vient de comprendre que le Sphinx est au courant. Alors il tente un bluff pour confirmer ses doutes.
Le PRADO propose que son Ministre d’Etat, Hamed Bakayoko soit le témoin. Le Président Bédié prend son verre, marque une pose, boit une bonne gorgée et dit (encore mot pour mot):  » Un ministre se fait et se défait du jour au lendemain, je préfère un Président d’institution ».

En ces temps là, une seule personnalité faisait le consensus : Le PAN, son excellence SORO KIGBAFORI GUILLAUME.

Épisode 3

En attendant le témoin sans lequel il risque de perdre le soutien du Vieux, le PRADO demande à son Ministre de l’intérieur, les circonstances qui ont permis au Sphinx d’être au courant « du plan de sortie ».
Hamed Bakayoko fautif, oriente le sujet autrement : il lui faut un coupable. Alors le ministre se lance dans une chasse à l’homme qui ne dit pas son nom. Tous ses collaborateurs deviennent suspect…

C’est en héros que Soro arrive à Daoukro. Les événements du matin ont laissé des traces palpables et visibles. Il faut dire qu’il est très aimé par les soldats. Beaucoup lui vouent (jusqu’à présent malgré ce qui peut être dit) une admiration et un profond respect.
En attendant le Prado qui s’était retiré, un entretien rapide entre le PAN et Bendjo, a lieu en présence de Kamagaté Souleymane.

Soudain, les acropoles annoncent les départs imminent des 3 cortèges. Les différents chefs de protocole définissent les priorités. Il s’entend qu’étant chez lui, le Président Bédié ouvrirait la voie par son cortège, suivi de celui du PAN, puis le cortège Présidentiel. Vu les mesures de sécurité associée à chaque cortège, celui du Président Bédié étant lent, Kamagaté Souleymane propose donc au protocole du « Vieux » de partager le leur. Ainsi, les véhicules de commandement de l’ancien Président déchu en 1999, aurait le temps de les trouver sur place. Qu’il en soit ainsi. Tous se retrouvent donc dans la plantation. Vu la tension de part et d’autre, le PAN prend les choses en main et intime l’ordre a tous les services de sécurité de rester à bonne distance.

Cette stratégie du jeune a été fatal au Président de la République. De fait, après la brève entrevue avec Akossi Bendjo, Soro s’est procuré un dictaphone digital a transmission diffusante et spontanée, du genre utilisé pour les écoutes lors des enquêtes comme nous pouvons le voir dans certains films. Le protocole présidentiel n’aurait pas permis cela. Il y aurait eu fouille systématique.

Après s’être enfoncé dans les champs,
*Mots pour mots
Bédié : Ouattara, dit à Soro les termes de notre entente
Ouattara : Guillaume, l’aîné a souhaité ta présence parce qu’il a décidé contre l’avis des instances du PDCI, son parti, et contre toute attente, d’appeler à voter pour moi à la prochaine élection…
Bédié : mais encore..
Ouattara : je lui ai donné ma parole ( et je ne comprends pas pourquoi il en doute) je lui ai donc…
Bédié murmurant..: Tu n’es plus digne de confiance puisque tu chercherais à m’éliminer
Ouattara : d’où sors tu cette ineptie? Grand frère tu m’insulte là !!!
Bédié : continue ce que tu disais… (Gribouillages non audible..)
Ouattara : Alors je lui ai donné ma parole que ce serait mon dernier mandat…
Bédié : Hon hon Ouattara, dit lui exactement ce que nous avons convenu…
Ouattara : oui j’en viens.. j’en viens !!
Soro : Papa calme toi, laissons le finir. Moi aussi j’aurai à dire…
Ouattara : donc pour ainsi dire, après ce 2e mandat, le fauteuil reviendra au PDCI…
Bédié : (il racle la gorge) il me reviendra, il me reviendra, je ne t’ai pas dit qu’il reviendra au PDCI, je t’ai dit qu’il me reviendra. Dans cette histoire, je suis le plus gros perdant, résigné à être le faiseur de roi. Vous m’avez interrompu… (Gribouillages inaudible), Ouattara, jure devant l’enfant que la présidence me reviendra..
Ouattara : grand frère, pourquoi en douter… On a parcouru tout ce chemin et ce que nous avons convenu sera fait. Tu as ma parole.
Soro : je suis très flatté d’assister à cet entretien. Moi si jeune. J’apprends beaucoup de vous.
Bédié : tu as intérêt. Prends en de la graine.
(Ouattara rit)
Soro: avant de donner mon avis j’ai..
Bédié : on ne t’a pas fait venir pour ton avis. On dit d’être témoin
Ouattara : .. laissons le grand frère, laissons le parlé. Tout compte fait, nous lui devons d’être ici. C’est lui le courageux…
Soro: ma question est, qu’en est il de moi? Parce qu’il n’est pas question que je reste indéfiniment un dauphin constitutionnel !!! Moi aussi j’ai des projets…
Ouattara : ça sera forcément après Bédié
Bédié : je ne suis pas prêt de mourir maintenant, alors tu attendras que je finisse mes 2 mandats. Prépare toi pour 2030. Tu seras beaucoup plus sage avec un bon bagage… Tu auras quel âge petit?
(Éclat de rire)..
Ouattara : Moi j’ai attendu d’avoir la soixantaine passé.
Soro : Pour revenir à l’objet du jour, j’accepte d’être témoin. Cependant, initié au Poro, c’est l’occasion pour moi de vous avertir que je prends mes ancêtres à témoin. Je ne pourrai jamais revenir sur ce témoignage. Et quiconque d’entre nous le fera sera frappé d’un sort
Bédié : buvons à nos ancêtres. Buvons au père fondateur.
(Raclement de gorge)

De retour dans son véhicule, le Prado appelle son premier ministre et lui dit : Soro devient un problème. Il faut qu’on s’en occupe… L’appel de Daoukro fut lancé devant les caméras du monde entier, à la surprise générale des hauts cadres du PDCI, le 17 septembre 2014.

Le lendemain, l’ambassadeur Georges Ouegnin, l’homme le plus craint de la République, arrive à Daoukro, pour un entretien privé avec l’ex-chef de l’État


Mouhamadou Soumahoro
Journaliste d’investigation

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Author: La Rédaction

1 commentaire sur “« L’appel de Daoukro, une Affaire d’État en Côte-d’Ivoire: Épisodes 1, 2 et 3 »

  1. UNE BONNE RELEVE
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    Le bien aimé Gérard De Villiers sen est allé avec son art consommé du roman d’espionnage. Et depuis qu’il a tiré sa révérence, ses fidèles lecteurs sont orphelins de sa longue série de SAS.

    Et voici Soumahoro qui s’essaie à la remplacer. Donnons lui sa chance. Au point où nous nous sommes, aucune piste de relève durable ne peut être négligé. Même si elle venait des tropiques ensoleillés !

    On retiendra donc de cette bonne nouvelle :
    1. Qu’il manque un Diakité Toumba, Soldat nerveux prêt à tirer sur son chef !
    2. Soro est devenu un témoin gênant et expert en technologie. Qui manipule les écoutes téléphoniques avec maestria..Au point d’avoir piégé tout le monde. Et ce faisant justifier dans les accusations en cours contre lui une thèse d’un faux montage face à ce qu’il détiendrait lui l’as des écoutes audio.
    3. On peut donc partager les mandats sans coup férir. On n’a manifestement pas besoin d’un recrutement de militants a GPS pour devenir Président et occuper le Grand Tabouret Royal !

    MANIP A ZAGREB… le SAS 104 de Gérard De Villiers a donc une suite…ce sera donc une dilogie avec MANIP A DAOUKRO !

    Ensuite ce sera une trilogie avec les épisodes 2 et 3 à venir. Gérard peut reposer en paix !

    Ils appellent ça du franponnage dans leur terminologie!!!

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