La filière du cacao en Côte-d’Ivoire est-elle à l’abri du covid-19 ? (Oxford Business group)

Mars 2020, Oxford Business Group (OBG)

Le premier cas de Covid-19 en Côte d’Ivoire a été enregistré seulement le 20 mars mais le pays compte maintenant le plus grand nombre de cas recensés en Afrique.

Il est recommandé aux citoyens ivoiriens d’adopter des mesures de distanciation sociale. D’autres actions ont été mises en place pour tenter d’enrayer la propagation du virus, telles que la fermeture des écoles, imposée le 16 mars, l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes, depuis le 18 mars, l’instauration d’un couvre-feu entre 21 heures et 5 heures du matin, depuis le 24 mars, ainsi qu’une interdiction d’effectuer des déplacements non-autorisés entre Abidjan et l’intérieur du pays, depuis le 29 mars.

Le pays a fermé ses frontières aux passagers le 22 mars, sans fixer de date de réouverture. Le trafic de marchandises, qui revêt une importance cruciale pour le secteur agricole, est toutefois toujours autorisé.

Officiellement, la propagation de la pandémie a été plus lente sur le continent africain que dans le reste du monde. L’Égypte et l’Algérie sont parmi les premiers pays à avoir déclaré des cas, le 13 février et le 24 février, respectivement.

Plusieurs pays, parmi lesquels l’Afrique du Sud et le Rwanda, sont actuellement en confinement tandis que de nombreux autres ont imposé des mesures telles que des interdictions de rassemblement public.

L’agriculture est un secteur-clé en Côte d’Ivoire. Principalement constitué de petits exploitants agricoles, le secteur représentait près de la moitié des emplois en 2018. En outre, sa contribution au PIB s’élevait à environ 23% et il était à l’origine de près de 40% de l’ensemble des exportations.

L’une des plus grandes menaces mondiales qui pèsent sur l’agriculture en raison du Covid-19 est la perturbation possible des chaines d’approvisionnement, en particulier pour les produits frais qui risquent de se détériorer du fait de temps de transit plus importants. Les chaines d’approvisionnement pourraient être particulièrement touchées en Côte d’Ivoire si une forte hausse du nombre de cas de Covid-19 sur le territoire amenait les entreprises de transport étrangères à estimer les risques sanitaires comme étant trop importants et à cesser leurs activités dans le pays.

« La production de cacao pourrait chuter drastiquement si le Covid-19 se propageait dans les principales usines de production, » a déclaré M. Medina.

Cependant, si le segment agricole ivoirien repose en grande partie sur des cultures d’exportation, ces dernières ne sont généralement pas des produits hautement périssables : le premier produit d’exportation ivoirien en volume est le cacao, le pays étant le premier producteur mondial de cacao, assurant environ 40% de la production mondiale de la matière première.

Certains fabricants internationaux de chocolat anticipent déjà des ventes inférieures à la normale à Pâques. Toute baisse de la demande pourrait mettre du temps à être surmontée, même après la levée des restrictions de déplacements actuellement en vigueur.

Toutefois, selon la banque d’investissement Crédit Suisse, la pandémie ne constituera pas nécessairement un frein important à la demande : en effet, la banque a indiqué que le chocolatier américain Hershey Company pourrait voir ses ventes évoluer à la hausse. Un développement qui serait favorable aux exploitants chez qui ils s’approvisionnent en fèves, tout comme d’autres grandes entreprises du secteur.

La banque a relevé son opinion du fabricant de chocolat – pour qui la Côte d’Ivoire et le Ghana sont les premiers fournisseurs de fèves de cacao- de « neutre » à « surperformance » le 18 mars, arguant du fait que la consommation de chocolat pouvait augmenter en temps de crise. Les ventes de produits bio de Hershey avaient par exemple enregistré une hausse de 4,7% par an au cours des deux années qui ont suivi la crise financière de 2008, selon la banque.

Vers davantage de valeur ajoutée

Développer les activités de transformation du cacao sur le sol ivoirien, ce qui permettrait d’accroître la valeur ajoutée du produit à la fois pour l’économie locale et pour les agriculteurs, constituait déjà une priorité pour les pouvoirs publics.

La production de cacao transformé en Côte d’Ivoire était d’environ 530 000 tonnes en 2018, plaçant le pays au 2ème rang mondial en matière de transformation de la fève, devancé uniquement par les Pays-Bas.

Les choses devraient encore s’accélérer dans le pays suite aux mesures prises par les fabricants internationaux de chocolat- notamment le groupe suisse Barry Callebaut et la société américaine Cargill, qui disposent tous deux d’usines de broyage à Abidjan- afin d’accroître leurs capacités de transformation locale et de tirer profit de diverses mesures incitatives financières introduites au mois de janvier. Les résultats publiés pour le mois de février ont montré une hausse d’environ 4% par rapport à la même période l’année dernière, avec une production passant de 226 000 tonnes à 235 000 tonnes.

Les conséquences à long terme du Covid-19 sur le secteur agricole

Les défis auxquels le secteur agricole ivoirien est confronté correspondent aux défis auxquels l’économie mondiale doit faire face.

Sur le court terme, la perturbation des chaines d’approvisionnement pourrait avoir des conséquences sur les capacités du secteur agricole à satisfaire la demande. L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) a enjoint les pays à réduire les coûts des activités commerciales en rationalisant et en éliminant les goulets d’étranglement, en particulier en mettant à profit des solutions numériques.

Sur le plus long terme, les chaines d’approvisionnement mondiales pourraient être amenées à opérer de manière plus efficace, ce qui pourrait permettre au secteur de réaliser des économies dans les années à venir.

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