Émotions d’Africains

Émotions nègres

Par Venance Konan

Il y a quelques jours, lors d’un débat sur une chaîne de télévision française, un médecin et un chercheur français ont émis l’idée de procéder en Afrique à des essais d’un vaccin qui existe déjà pour lutter contre le Covid-19, comme cela avait été fait sur des prostituées pour le vaccin contre le Sida.

Telles que les choses ont été dites, cela pouvait être considéré comme du mépris envers les Africains. Et nous sommes nombreux à avoir compris les choses de cette façon. Cela a suffi pour qu’une bonne partie de notre intelligentsia se dresse, sabre au clair, pour dénoncer furieusement ce racisme, cette volonté d’anéantir les Africains.

Une violente campagne est donc lancée pour que les Africains refusent tout vaccin contre le Covid-19 qui leur serait proposé par les Européens et une liste de pays ayant déjà accepté que des essais de ces vaccins soient effectués chez eux est dressée, afin que leurs dirigeants soient sanctionnés par leurs peuples. Il semble même que devant la levée de boucliers, des gouvernements aient décidé de refuser tout vaccin qui leur serait désormais proposé par les Européens.

Pour être fâchés, nous le sommes vraiment ! Essayons quand même de recentrer le débat. Les deux hommes qui ont parlé dans cette émission ont fait une proposition. Ils n’ont pas décidé de faire des essais de ce vaccin en Afrique parce qu’ils n’en ont pas le pouvoir.

Le vaccin dont il s’agit est un vieux vaccin que la plupart d’entre nous avons déjà fait et qui nous a protégés contre certaines maladies. Il s’agit de voir maintenant s’il est aussi efficace contre le coronavirus. Ceux qui lisent ces lignes ont tous déjà été vaccinés contre une ou plusieurs maladies depuis qu’ils sont nés. C’est grâce aux vaccinations que des maladies telles que la variole ou la poliomyélite ont été totalement ou, en partie, éradiquées.

Régulièrement, nos pays lancent de vastes campagnes de vaccination pour nous-mêmes ou pour nos enfants. Avant que l’on ne ferme nos frontières, du fait du Covid-19, on ne pouvait pas entrer dans nos pays à partir des aéroports sans avoir été vacciné contre certaines maladies.


Aucun des vaccins utilisés depuis toujours chez nous n’a été fabriqué par les Africains. Ils ont tous été fabriqués par les Européens, Américains ou Asiatiques. Tous les vaccins sont toujours testés sur des hommes avant d’être largement diffusés.

Alors, parce que deux quidams européens ont dit lors d’un débat télévisé : « Allons tester ce vaccin sur les Africains », nous ne voulons plus d’un vaccin ou d’un médicament qui viendrait des Européens ? La bonne affaire ! Eh bien, fabriquons donc notre propre vaccin ! Qu’attendons-nous ? Qui nous interdit de faire nous aussi des recherches scientifiques pour trouver des choses qui seraient profitables à l’humanité ?

Ah, cette émotion nègre ! Pendant que les autres sont en train de se triturer les méninges pour trouver, au plus vite, un médicament ou un vaccin pour contrer le fléau qui risque de détruire toute l’humanité, nous, nous nous émouvons. Les écorchés vifs à la susceptibilité à fleur de peau que nous sommes n’avons rien d’autre à faire que de surveiller la parole maladroite qui sortirait de la bouche d’un Occidental pour nous émouvoir et nous indigner. Apparemment, c’est la seule chose dans laquelle nous nous soyons spécialisés.

Nous avons nos indignés professionnels qui, le plus souvent, vivent en Europe et qui pour rien au monde ne reviendraient vivre sur leur continent d’origine et leurs succursales en Afrique qui reprennent leurs indignations, sans toujours y comprendre quelque chose.

Sortons de tout cela et concentrons-nous sur la lutte contre le coronavirus. Pour le moment, aucune recherche sérieuse n’est menée sur notre continent pour trouver un médicament ou un vaccin. Nous sommes donc obligés d’attendre ce que les Européens, Américains ou Asiatiques trouveront.

Prions, puisque c’est l’une des choses que nous sachions faire le mieux, pour que leurs recherches aboutissent rapidement. Lorsqu’ils nous proposeront leurs médicaments ou vaccins, nous verrons bien qui les acceptera ou les refusera. En attendant, comportons-nous de manière responsable, en circulant et en nous rassemblant le moins possible, en mettant des masques, en respectant tout simplement les consignes de nos autorités

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Publié par La Rédaction

5 commentaires sur “Émotions d’Africains

  1. Là, je retrouve le Venance Konan que nous avions tous appris à connaître et à apprécier. La faute à qui ? La faute à nos mômes pour lesquels nous devenons capables de tout pour mettre une miche de pain sur la table et faire bouillir la marmite. Quand Venance Konan n’est pas dans cette logique et dans cette perspective, il redevient le journaliste brillant et critique capable de mettre le doigt sur les maux de notre esprit et de nos sociétés. Brillant comme dans ce recueil auto-flagellant « Nègreries » que nous nous sommes arrachés comme des petits pains. Oui vraiment, sales gosses qui nous poussent aux reniements et retournements de veste ! 🙂 🙂 🙂

  2. Effectivement, j’ai écouté les propos des 2 « blancs » et sortis de leur contexte, on pourrait croire à une expression de racisme. Le projet d’étude sur la possibilité d’être protégés par une injection (re-vaccination) au BCG part de 3 hypothèses :
    1. Le Covid-19 est plus mortel pour les personnes âgées que pour les jeunes. Cela n’aurait-il pas un lien avec l’amenuisement vaccinal sur la durée ?
    2. Le Covid-19 est plus meurtrier en Europe qu’en Afrique. Cela n’aurait-il pas un lien avec le fait que l’Afrique a une population majoritairement jeune (plus récemment vaccinée au BCG) ?
    3. Le vaccin au BCG étant très bien toléré, la re-vaccination censée réactiver son spectre de protection protègera-t-il aussi contre le Covid-19 ?

    Ajouté à ces 2 hypothèses de recherche le fait que (et ça se voit) les Africains « s’en gaba » du coronavirus et continuent d’ignorer les gestes barrière ce qui les expose plus que les Occidentaux qui pratiquent lesdits gestes d’une part, et d’autre part que ceux qui veulent bien respecter les recommandations n’ont ni gants, ni eau, ni gels hydroalcoolique à plus forte raison masques chirurgicaux et FFP2 (hors de prix). Tous ces facteurs pris en considération désignent l’Afrique comme candidat idéal à cette expérimentation, pour un vaccin déjà administré à la quasi-totalité de cette population, il y a peu. Cela fait-il des Africains, des cobayes ? Non puisque l’Humanité est un seul et unique groupe et il est important de tester sous toutes les latitudes. Quid du bénéfice si ces hypothèses étaient prouvées et qu’il fallait re-vacciner le monde entier au BCG ? Les Africains, écorchés vifs de leur « dignité bafouée » s’en trouveraient laissés sur le bas-côté de la route, préférant crever plutôt que « d’être exterminés » par les méchants Blancs.

    De temps à autres, réfléchissons un peu, ça n’a jamais tué personne de réfléchir avec sa tête plutôt qu’avec ses émotions. Si dans un scénario catastrophe, l’Occident devenait invivable, ou que les ressources naturelles – dont l’eau, la plus indispensable – venait à disparaître, c’est sans vergogne et sans remords que les Blancs viendraient, armés, nous exterminer et occuper nos pays, et nous n’avons AUCUN moyen de les en empêcher. Ils ne se cacheraient pas derrière un programme vaccinal dit « d’extermination ».

  3. Qui avait dit que la raison était seulement Hélène ?
    Merci là-bas frère @Coigny, un parmi tant d’autres silencieux qui sort de l’émotion.
    J’ai tout de même un mot à dire à nos scientifiques chercheurs.Arretez vos « one man show » médiatiques car vous n’êtes pas des communicants rodés. On a cette impression que vous courez après une gloire individuelle par des sorties tout azimut.
    Restez dans vos laboratoires de recherche en travaillant dans le respect de la méthodologie, la bioéthique et la bio sécurité pour le bonheur de l’humanité.
    Le prix Nobel ne doit pas être votre préoccupation.Chuuuut on travaille dans la sérénité loin des regards des caméras.
    À chacun sa lorgnette !!

  4. LE PROCES DE KARAMOKO Ou VENANCE AU POTEAU
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    == ===== extraits citation ======
     » Diaoulé (Dia Oulé) Karamoko est né vers 1870. Il est l’un des fils du très puissant almamy Samory Touré, et appelé à lui succéder. En 1887, après sa défaite contre les troupes françaises au combat de Fatako-Djingo, Samory Touré, en gage de paix, accepta de l’envoyer à Paris, à la fois comme “otage” et ambassadeur. Parvenu à Saint-Louis avec une escorte de 300 personnes (cavaliers, fantassins et serviteurs), il ne partit en France qu’avec une délégation de six d’entre elles qui osèrent affronter la mer. Débarqués à Bordeaux, ils se rendirent en train jusqu’à Paris. Plusieurs auteurs évoquent de manière détaillée et amusée leur voyage en France, les rencontres officielles qu’ils y firent (Faidherbe, le général Boulanger, le président de la République) et les spectacles auxquels ils assistèrent. Karamoko ayant, pour cette occasion, fait vœu de chasteté, il reconnût par la suite que les tentations avaient été fortes, surtout à l’hippodrome où les femmes à cheval avaient attiré son attention. De retour au Sénégal, il essaya de convaincre son père de se rallier aux Français plutôt que de les affronter, car il les estimait militairement trop puissants. Mais celui-ci considéra cette position comme trop favorable à l’autorité coloniale et estima qu’il s’agissait d’une trahison. Sommé de se dédire, il refusa et fut condamné à mort, malgré le soutien de son frère jumeau. Il fut enfermé dans une case et privé de nourriture et de boisson jusqu’à ce que mort s’en suive.

    = source : site web senegalmetis =======

    Si vous vous contentez de cette version de l’histoire, vous serez passés à côté de la réalité des faits !

    Le grand intellectuel ivoirien et érudit homme de lettres Bottey Zadi Zaourou nous a laissé sa version sans une belle pièce de théâtre « Les Sofas « . Jouée et interprètée magnifiquement par ce que la Côte d’Ivoire comptait d’élite, la scène est éclairée par le talent éclaboussant d’un Bitty Moro dans la rôle de Mory Fin Dian, Noël Kanga majestueux dans celui de l’Empereur du Wassulu SAMORY TOURE, Noël Guié dans celui déterminant de Karamoko. Avec tous les grands noms d’alors dont Thérèse Taba, Albertine Nguessan, Atchori Memel, Kodjo Ebouclé, Baha Blaise, Bernadette Oulaîe et j’en oublie ! Une mise en scène de Bitty Moro sous le regard exigeant de Dynard le grand Maître. Vous n’avez pas les larmes aux yeux en entendant ces grands noms ? Moi, si !!!

    La scène centrale de la pièce, LE PROCES DE KARAMOKO, me vient en tête quand je lis cette intervention de Venance KONAN.

    Samory a mis à mortson héritier Karamoko pour différentes raisons tant historiques, sociales que psychologiques.

    Concernant cette dernière dimension, la faute reprochée au Prince était non pas tant d’avoir négocié avec l’ennemi (Samory lui même avait déjà pris langue avec eux) mais de venir SUR LA PLACE PUBLIQUE dans la capitale Bissandougou où se trouvait installées par ailleurs la nomenklatura de l’Empire et la garde d’élite des combattants, les Sofas, pour faire l’étalage criard de la différence des puissances de frappe et de l’hécatombe qui attendait Samory s’il persistait dans sa vision hégémonique face au blanc. C’était un coup dur porté à l’orgueil du peuple. C’était un coup de poignard à la fierté des soldats. C’était un acte poison pour le moral des troupes. Et cela ne pouvait être pardonné.

    Comparaison n’est pas raison mais sur le coup « aucun africain bon teint » ne sera prêt à avaler la pilule de l’humilité. Ce n’est pas notre point fort surtout quand l’offre est accompagné de cet humour noir « Prions, puisque c’est l’une des choses que nous sachions faire le mieux, pour que leurs recherches aboutissent rapidement. Lorsqu’ils nous proposeront leurs médicaments ou vaccins, nous verrons bien qui les acceptera ou les refusera. ».

    L’Afrique n’est pas prête à balayer devant sa porte. Et dire les « gbês » à la manière de Karamoko ou de Venance, c’est aller au devant d’une levée de boucliers pour laver l’honneur. KARAMOKO a été emmuré vivant. Venance sera l’objet d’une nouvelle attaque en règle.

    Mais au fait, Honneur d’africain quel est ton vrai sage ?

  5. CHERCHEUR EN AFRIQUE NOIRE, CETTE CHIENNE DE VIE
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    La recherche scientifique et spécifiquement médicale, plus par intrusion voire infraction, est devenue un sujet de préoccupation planétaire, particulièrement pour les africains.

    Pour s’en convaincre, il suffit de voir le parcours de combattant mené par les syndicats de l’enseignement supérieur pour voir relever les fameuses primes de recherches.

    Beaucoup a été fait sous les deux mandats de ADO avec les Ministres Gnamien et Ly Ramata Bakayoko. Encore que leur paiement intégral est un autre combat. Comment peut il en être autrement quand les premiers responsables eux mêmes ne sont pas convaincus de la pertinence de la recherche et que des scientifiquement incultes détiennent des droits de signature.

    Et pourtant il n’en a toujours pas été dans notre pays.

    Entre les mandats des deux plus célèbres ministres de l’éducation nationale de Côte d’Ivoire, Amin Tanoh Lambert et Paul Akoto Yao, le Professeur Jean Lorougnon GUEDE occupa momentanément la fonction avant de se consacrer pendant très longtemps à celle de Ministre de la Recherche Scientifique. Le Dr Balla reprendra l’Education nationale et de la Recherche scientifique fusionnées en 1983 en mettant l’accent sur le « contingentement des intellectuels opposants » plutôt que la véritable recherche opérationnelle. Le FPI était naissant, le SYNESCI dominant et le PDCI malmené malgré la montée en puissance dans son organigramme de jeunes ministres (Balla, Djedje Mady, Ehui et Gilles Laibhouet).

    La déclin de la recherche était en marche. Et plus rien ne sera comme avant.

    Quand dans un pays qui se veut ÉMERGENT, le représentant du ministère vous rappelle que « le gouvernement a consenti des investissements prévus par le plan national de développement pour la période 2010-2015 qui représentent 0,67% du budget national » après avoir affirmé tantôt que « la recherche universitaire est un pilier indispensable au développement de nos États, et la corrélation recherche universitaire et développement n’est plus à démontrer » On peut se poser des questions.

    LES MOYENS DE SON AMBITION
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    Quels objectifs assignons nous à la recherche ? Savons nous tout simplement de quoi il s’agit ?

    J’ai connu le Professeur K. T. Arsène quand il preparait son DEA de Physique. Bien entendu il n’était pas encore Directeur de recherche au Laboratoire de Physique de l’Atmophère et Mécanique des fluides (@Coigny je ne suis pas ton camarade pour me dire que un dessinateur n’est pas un architecte !).

    Les conditions de sa recherche étaient très austères dans un « laboratoire » des Telecom perdu dans la broussaille d’Anoumabo. Il travaillait sur le programme EPAL (Études des Phénomènes Aléatoires de l’atmosphère) qui était couplé à des tests du système SAFIR, « qui permet de localiser en temps réel les décharges de foudre aussi bien à l’intérieur qu’entre les nuages, ou encore entre les nuages et la terre, et ce avec une exactitude d’1 à 2 km. ». Le SAFIR lui même était une composante d’un SCADA (Système de contrôle et d’acquisition de données) et moi dans une vie antérieure, j’en connaissais un peu.

    Avec le recul du temps, je salue et tire mon chapeau au Professeur K.T.A. LE MAÎTRE DE LA FOUDRE. Je ne sais pas si nos jeunes d’aujourd’hui peuvent accepter ce confinement d’alors dans un laboratoire perdu où les rares cohabitants sont les rats et les serpents ! Et y vivre patiemment en surveillant des capteurs éparpillés dans ce décor sinistre. Le temps que la foudre et les éclaircies s’annoncent.

    Dieu seul sait quelles étaient les juteuses retombées du programme SAFIR pour les Européens. Pour accélèrer cette recherche ils ont déployé des tentacules dans le monde, exploité de jeunes chercheurs et engrangé leurs résultats.

    La recherche nécessite des gros moyens. Mais plus que les moyens elle exige dans la pyramide des décisions, des autorités qui savent de quoi il s’agit. L’un des dangers en Afrique est de confier ces domaines très pointus à des ministres politiques de passage, plus prompts à faire le voyage Abidjan-Yamoussoukro pour distribuer des boîtes de gel hydroalcoolique sous le crépitement des flashs de photographes qu’à visiter un site comme la Station LAMTO perdue dans la forêt de Toumodi. Visiter Lamto n’a hélas pas de retombée politique IMMÉDIATE !

    L’abnégation des deux scientifiques français, Maxime Lamotte et Jean-Luc Tournier (acronyme Lam-To) qui ont fondé ce centre  international de recherches nous interpelle tous pourtant.

    Lors d’une intervention à la station géophysique qui héberge une station SCADA, il y a très longtemps, j’ai été saisi d’admiration devant le personnel français qui y vivait discrètement et sans bruit. Attendant le moindre événement pour le disséquer et préparer le monde de demain !

    Cette vie de confinement n’est pas donnée à tout homme.

    Cette chienne de vie sans laquelle demain ne sera rien d’autre pour l’Afrique que l’enfer que les autres nous prédisent.

    Chercheurs de tous pays, je vous tire bien bas mon chapeau !

    Gouvernants d’Afrique, si vous voulez qu’on chemine vers l’émergence tant proclamée donnons nous ensemble LES MOYENS DE CETTE AMBITION !

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