Côte-d’Ivoire covid-19: La presse au bord du gouffre, l’agonie de la presse bleue

Le secteur se portait déjà mal en temps normal. Avec des chiffres de vente n’atteignant pas 50 % de la production pour la plupart des tabloïds.

La crise du Covid-19 est venue davantage étouffer un secteur qui a du mal à s’inventer. Notamment la presse papier, plus lourde à manager et de moins en moins rentable.

Opérant pour la plupart dans la capitale économique, Abidjan, nombreuses sont les entreprises de presse qui ont dû adapter leurs méthodes de travail au contexte nouveau, non sans difficultés. Le groupe Olympe par exemple, selon son Directeur de la Publication Vamara Coulibaly a dû se séparer de ses stagiaires pour éviter le trop plein à la rédaction. L’organisation du travail d’équipe a également subi des changements. Plus de réunion de rédaction, hormis les débriefings des chefs de service à certaines heures de la journée.

Chaque jour, c’est au pas de course qu’il faut aller à la recherche de l’information pour boucler avant 21 heures, l’heure du couvre-feu. Avec un personnel réduit, moins motivé, il y a forcément risque de perte d’information. Il faut également déplorer le fait qu’il y ait aujourd’hui moins d’acheteurs. Pour Vamara Coulibaly, cela est occasionné par le confinement qui, s’il n’est pas encore généralisé est suivi par bon nombre d’abidjanais. Petite lueur dans la grisaille, l’entreprise de distribution Edipresse continue de ravitailler ses points habituels mais avec moins de journaux. Certaines rédactions ayant décidé d’ajuster aussi leur production journalière.

L’agonie de La presse bleue

Si au Groupe Olympe, éditeur indépendant et dans certaines rédactions proches du pouvoir on a évité les mesures d’ajustement drastiques, ce n’est pas le cas des entreprises dites de la presse bleue (presse d’opposition). Le quotidien ‘’Aujourd’hui’’, qui, il y a trois mois, était revenu dans les kiosques, a dû baisser pavillon. Selon son promoteur, Joseph Titi, les mesures en vigueur pour contrer le Covid-19 ont amené les partenaires du journal à revoir leur offre. M. Titi s’est donné un mois, le temps d’observer l’évolution de la situation. Son confrère ‘’Le Temps’’, proche de l’ancien président Gbagbo n’est pas en reste. Son éditeur Cyclone a choisi entre plusieurs options, celle qu’il considère être la solution du moindre mal. Trois quarts du personnel a été mis au chômage y compris des journalistes. La rédaction est aujourd’hui réduite à un effectif à minima. Joint, le directeur de publication n’a pas voulu s’exprimer sur la question. En temps normal, Cyclone avait déjà changé la périodicité de l’un de ses titres, Lg Info qui est passé de quotidien à mensuel et n’est même plus dans les kiosques à présent.
‘’La situation est dure’’, fait valoir un journaliste. Le Covid-19 frappe de plein fouet tous les secteurs de l’économie. La presse, elle, est au bord du gouffre. Les patrons tardent à trouver une ligne de défense commune face à l’Etat. Rien d’étonnant car chacun n’est pas logé à la même enseigne. La subvention à l’impression, autrefois octroyée par l’Etat, est suspendue depuis bientôt deux ans. C’est la débrouille dans le secteur. Avec les uns, sans soutien autre que les ventes et les annonceurs, résistant pour ne pas disparaître et les autres alimentés par des dessous de table par le pouvoir politique qu’ils sont tenus de défendre en retour.

Le bout du tunnel est encore loin alors que les événements qui alimentent l’industrie de la presse foisonnaient avant d’être contrariés par le Coronavirus qui occupe désormais seul l’actualité.

SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

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