Que veut réellement M. Ouattara ? (par Jean Kipré)

Avec le renoncement forcé de M. Ouattara à la course de la présidence de la République pour un troisième bail, c’est la marche vers une nouvelle crise qui se trouve considérablement retardée. En effet, à quelques mois de la fin de son second mandat, se résoudre à partir du pouvoir en imposant celui qu’il considère comme le plus apte à lui succéder, donne à voir quelque chose d’autoritaire et de sournois dans cet acte de M. Ouattara. Son projet de changer les règles du jeu sans l’assentiment des Ivoiriens via un référendum, son obstination à pourchasser Guillaume Soro aujourd’hui maintenu en exil, l’arrestation de quelques personnes de l’entourage de celui-ci parmi lesquelles des députés de la République, voilà quelques réalités qui donnent l’impression d’un homme atteint d’une schizophrénie aigue. Comme si cela ne suffisait pas, il continu à traquer les leaders de l’opposition et à harceler des journalistes sans compter les hommes et les femmes en exil avec des enfants dont il a brisé la vie. Maintenant, il fait de son mieux pour ne pas que les Ivoiriens obtiennent leur carte nationale d’identité alors qu’il l’a accordée à M. Blaise Compaoré après lui avoir attribué la nationalité ivoirienne en un rien de temps. Celui-ci vit aujourd’hui comme un pacha dans une luxueuse propriété aux frais de l’Etat pendant que des Ivoiriens chassés des bidonvilles démolis, dorment à la belle étoile. Ils sont socialement déclassés dans une Côte d’Ivoire qui saigne encore intérieurement.

Pendant ce temps, Ouattara plus que jamais cynique, se met désormais en scène en insultant les Ivoiriens qu’il traite de « sauvages, animaux, barbares, incivils ». Cela bien entendu, au contraire de ses rebelles que le sociologue Francis Akindes qualifie de « civilisés ».

Je précise au passage que ces propos sont consignés dans un documentaire intitulé  » 69 jours ou le temps des assassins ». C’est un documentaire de Jérôme PIN, fils de son ami Dominique PIN diplomate à l’ambassade de France en Côte d’ivoire. On y voit un Ouattara tout fier parler de lui-même en se voyant comme une élite qui a tout réussi dans sa vie. Il pousse même l’orgueil jusqu’à l’arrogance en traitant la présidence de M. Bédié de médiocre et celle de Gbagbo de haineuse et violente. En arrière plan, c’est une façon de présenter son passage à la présidence de la République comme un chef-d’œuvre jamais réalisé en Côte d’Ivoire voire même en Afrique. Pour finir, il exprime son incompréhension que de tels gens aient pu être à la tête de notre pays. Autant dire qu’il se considère comme le plus prestigieux, le plus doué, le plus intelligent de nos présidents ! Pourtant, en se demandant à un moment donné du documentaire pourquoi la plupart des Ivoiriens lui en veulent tant, il donne la preuve que sorti du monde de la finance ou de l’économie, il a un savoir très réduit, une mémoire de moineau. Autrement, il se serait aisément souvenu de ses paroles belliqueuses telles que :  » Je frapperai ce pouvoir moribond jusqu’à ce qu’il tombe » ; « Ce pays n’aura pas la paix tant que je ne serai pas président ».

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a fait ce qu’il a dit. C’est même ce que nous confirme le principale quotidien qui le soutien, c’est à dire « Le patriote » du 5 août 2019 avec à sa une (écrit en couleur rouge) : « Quand Ado dit, Ado fait ! « . C’est donc une question de perception de sa personne que les gens voient comme quelqu’un qui a renié la Patrie qui l’a encadré en l’accompagnant jusqu’à réussir sa vie ; quelqu’un capable de tout pour arriver à ses fins dans le pays qui l’a accueilli à bras ouverts sous Houphouët Boigny. A cette époque, Ouattara était un illustre inconnu malgré son statut de haut cadre du FMI qui a finalement réussi à se rendre célèbre par les malheurs de la Côte d’Ivoire qu’il transforme en fonds de commerce pour la France. Traduits dans leur vérité humaine telle que l’ont vécue les Ivoiriens, cela signifie que tout ceux qui sont morts ou qui continuent de vivre cette vérité dans leur chair, sont les instruments utilisés par lui pour parvenir au pouvoir. Guillaume SORO qui a partagé cette fureur de M. Ouattara en tant que chef rebelle ne dit pas autre chose : « Nous avons fait le coup d’Etat de septembre 2002 pour le compte de M. Ouattara ». Cet aveu, nous le savions déjà grâce à Zakaria Koné en désignant son mentor M.Ouattara comme le commanditaire de cette même tentative de coup d’Etat qui a éclaboussé la Côte d’Ivoire de sang. Visiblement, son pèlerinage à la Mecque ne lui a pas donné la grandeur d’esprit ; aujourd’hui encore M. Ouattara continue de mener une politique de persécution, intéressée, sans noblesse : Une politique qui sacrifie la dignité et la cause générale du plus grand nombre à de petits privilèges de quelques uns qui acceptent de se soumettre à sa personne. C’est tout le sens de son statut de président du RHDP, parti politique dans lequel M.Ouattara est président d’une petite partie des Ivoiriens malgré qu’il soit président de la République. Une fonction où il est sensé être le mandataire de tout le peuple, donc au dessus des partis politiques. Il n’y a qu’en Côte d’Ivoire qu’on peut voir pareil paradoxe !

Alors si grande que soit la volonté des bras médiatiques de M. Ouattara de le porter en majesté ou de le magnifier en prétendant que c’est « leur Mandela », cette défaillance du président par rapport à ses obligations ne peut être effacée d’un coup de tipex : Elle le fera toujours tomber de la hauteur de ses illusions tant qu’en dessous de lui demeurera la misère, la souffrance et une majorité du peuple qui désespère. Je suis conscient de ne rien apprendre à personne en disant que Dieu a placé l’homme au centre de la création en faisant de lui, l’épicentre entre le monde végétal, le monde animal et le monde minéral. Mais je reste convaincu que c’est une des raisons pour lesquelles M. Ouattara, pendant toute sa gouvernance de gestion du  » fric  » et de harcèlement des autres, n’ait pas été capable de ramener la paix et la réconciliation en Côte d’Ivoire : Il n’a fait que parler de croissance, bilan, chiffre.

Et ce n’est certainement pas avec ce documentaire qui implique une fois de plus la France dans cette crise ivoirienne que Ouattara gagnera le combat de l’opinion. S’il en était lui-même convaincu, il y a bien longtemps qu’il aurait remis à la CPI, les preuves dont il parle dans ce documentaire. En somme, Ouattara essaye de nous faire manger ce qu’il a déjà digéré en se donnant des libertés avec la vérité. Ainsi, lorsqu’il parle de se battre pour la démocratie, on pense au duel actuel qui l’oppose en ce moment à Guillaume SORO, à ces députés en prison, à ces journalistes harcelés. Et quand un de ses compagnons parle de Ouattara comme quelqu’un qui était prêt à se livrer aux militaires pendant l’encerclement de sa maison pour  » sauver  » la vie des autres, on ne peut se retenir de pouffer de rire ! Lui qui aux premières heures des problèmes de Coronavirus en Côte d’Ivoire s’est  » tiré  » avec toute sa cour à Assinie où ils vivent une vie seigneuriale dans des hôtels de grand luxe en laissant le peuple à son triste sort !..

Il fait d’ailleurs penser à ce Paquebot de croisière nommé  » Concordia  » dont le capitaine était l’un des premiers à quitter le navire en difficulté pour sauver sa peau en laissant l’équipage se débrouiller avec les passagers. Nous vivons ici le même scénario et il est bien connu dans ce pays que M. Ouattara n’a jamais eu l’âme d’un martyr. En niant sa part de responsabilité pourtant bien connue de tous dans cette crise, Ouattara ne fait que nous apprendre la mesure de la monstruosité dont est capable un homme pour supprimer de notre mémoire, les abominations de ses actes : Malheureusement pour lui, elles font désormais partie de notre histoire.

Et celle-ci sera bien entendu, accessible à nos enfants pour être connue afin de prévenir avant tout contre de telles actions destructrices. Ensuite, cette histoire bien connue aura pour objectif d’unir le peuple de Côte d’Ivoire pour lui permettre de bâtir ensemble l’avenir en gardant cet art du « vivre ensemble » propre à la Côte d’voire ainsi que ses coutumes, sa culture et sa terre (qui ne lui appartient presque déjà plus). Alors, si la parenthèse de la guerre civile est fermée depuis que Ouattara a été installé au pouvoir, c’est tout simplement parce que la Côte d’Ivoire est rassasiée de malheurs. Mais ne nous y trompons pas !.. le peuple a encore soif de liberté pour se satisfaire et est prêt à tout pour cela.

Jean KIPRE
Militant écologiste
France

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