Côte-d’Ivoire/politique: De nos années glorieuses qui avaient impeccablement dressé le lit du Miracle ivoirien, à nos affreuses !

Exclusivité de Connectionivoirienne

Brève biographie de l’auteur : Cadre financier et Banquier, monsieur Jean-Claude N’DA AMETCHI est l’initiateur du projet de création de la Versus Bank en République de Côte-d’Ivoire, dont il reste l’unique visionnaire et le chef d’orchestre. Il fut le premier administrateur, directeur général, de ladite banque.

Auteur de « effectivement, la Côte-d’Ivoire n’y est pas ! », une analyse de haut vol publiée sur ce site le 19 juin 2019, décryptant les 8000 milliards de fcfa de budget annoncé pour la période triennale 2020 – 2022 en Côte-d’Ivoire, le banquier de premier plan, Jean-Claude N’DA AMETCHI, nous revient avec une nouvelle contribution pointue d’une plume vive et aérienne, cette fois, sur les défis socio-politiques auxquels son pays, la Côte-d’Ivoire, fait face en pleine crise mondiale du coronavirus.

«La casse du covid-19 marque un tournant politique. Le monde va changer» [et la Côte-d’Ivoire avec], «c’est l’ère de la défaite de la pensée et de l’émergence de professionnels du désordre », nous dit l’auteur. Le décor est planté !

Bonne lecture, en espérant que les autorités ivoiriennes se fassent siennes des recommandations pertinentes que contient cette analyse nourrie. C’est la victoire de la pensée !

POLITIQUE : De nos années glorieuses qui avaient impeccablement dressé le lit du Miracle ivoirien, à nos affreuses !

Il est définitivement et unanimement admis que Hendrik Johannes Cruijff dit Johann Cruyff, un des meilleurs footballeurs de l’histoire, a créé la cathédrale du Barça. Johann Cruyff a fait du ballon rond une philosophie après l’avoir manié avec magie; faisant ainsi que la mort ne triomphe jamais du souvenir, tellement ce style chatoyant du football continue de nous gratifier à l’infini.

Lui, Pep Guardiola n’a fait que l’entretenir.
Chez nous ici, en Côte d’Ivoire, qui a entretenu les acquis, les fondements et les fondamentaux de ces années glorieuses sur lesquelles s’est impeccablement dressé le lit du Miracle Ivoirien ?

Nos moments sont à l’amertume, aux ressentiments et aux passions tristes depuis le décès du Président Felix Houphouët-Boigny ; laissant cette fois, la mort triompher du souvenir.

Inéluctablement, l’on reprochera au Président Houphouët-Boigny sa longévité dénuée de raison en humanité, de l’exercice du pouvoir, qui le plaçait sur ses deux derniers mandats tout au plus en gestion qu’à l’initiative; épuisé qu’il était par la vieillesse et la maladie dont les stigmates se lisaient sur son visage.

Cependant, cette erreur de lucidité politique ne saurait effacer son œuvre immense.
Aujourd’hui, la Cathédrale Ivoire s’est dégradée. Elle est devenue méconnaissable. Elle est simplement laide.

Adieu les glorieuses, Vive les Affreuses !
Quels ont été les fondements essentiels du miracle ivoirien ?
Quel est l’origine de ce déclin ?
Pourquoi avons-nous perdu cette capacité collective d’inventer et de se projeter dans cet avenir ?
La réponse est toute trouvée dans : Mémorial de la Côte-d’Ivoire, deuxième édition, Tome quatrième Grandes figures ivoiriennes, au Sommaire Documents, Les gouvernements de 1959 à 1986,
Page 129 à 140, Directeur Simon-Pierre M’bra Ekanza avec les co-auteurs : Henriette Diabaté, Semi-Bi Zan, Georges Nyamkey Kodjo, Julien Zunon Gnogbo et Ibrahim Baba Kake.

Il est fait remarquer dans la note introductive que : « Après le Conseil du Gouvernement du 15 mai 1957, la Côte-d’Ivoire a enregistré, à partir de 1959, une quinzaine de mouvements ministériels, soit en moyenne un réajustement gouvernemental tous les deux ans. Les remaniements sont marqués essentiellement soit par des « éclatements de ministères, soit par des regroupements ».

Premier constat : La stabilité, la cohésion sociale et nationale

Cette épopée débute avec les:

Jean-Baptiste Mockey, grand parmi les grands, qualifié de génie politique avec un leadership, un charisme et une personnalité affirmés, Premier Vice-Premier Ministre de Félix Houphouët-Boigny, n°2 du 2ème gouvernement du 30 avril 1959 ;

Jean Delafosse ; Jacob Williams ;

Ernest Boka, grand juriste, un des plus brillants de la génération de l’aventure 45-46 ;

Alcide Kacou, ingénieur de dimension de l’école française de référence ;

Alphonse Boni, grand juriste ; Joachim Boni ; Amadou Koné ;

Jérôme Kacou Aoulou, leader politique, bâtisseur ;

Jean Konan Banny, partage avec Kouadio M’Bahia Blé la construction de nos forces armées nationales ;

Loua Diomandé ; en passant par les Arsène Usher Assouan, grand négociateur des affaires étrangères surnommé le Kissinger Africain ;

Mohamed Tiékoura Diawara, qualifié de surdoué, un des principaux artisans du miracle ivoirien, le génie de la planification et du développement économique, industriel et social de la Côte-d’Ivoire moderne ;

Abdoulaye Sawadogo, a marqué le développement de l’agriculture ivoirienne ; pour arriver à la vague des :

Ange François-Xavier Barry Battesti qui marquera l’enseignement technique et la formation professionnelle ; Jean Lorougnon Guédé ; Grah Kadji ; Dicoh Garba ; Etienne Ahin ; Lanzéni Coulibaly, magistrat, marquera de son empreinte son passage au ministère de la santé et de la population par son sens du pragmatisme et du réalisme ; Kouassi Apètè ; Yed Essaïe ; et cetera.

Deuxième constat : Des Hommes de convictions, de caractère et de valeurs ; tous en connaissance et en maîtrise

Les gouvernements de 1959 à 1986 étaient tous chapeautés par un Homme d’Etat, un visionnaire en pôle cumulé de Maître d’œuvre et de Maître d’ouvrage. Félix Houphouët-Boigny a toujours su durant cette période s’entourer des meilleures compétences capables d’être à la hauteur des enjeux. Nos illustres avaient le service de l’intérêt général chevillé au corps. Ils n’aimaient rien de plus que changer le cours des choses.

Par ailleurs, ces hommes nous agrémentaient pour la plupart de leur élégance naturelle qui se trouvait être à la dimension de leur intelligence fine.

Troisième constat : Une épine dorsale, savamment orchestrée entre ancienne et nouvelle générations se dégageait de manière fluide et douce à chaque étage de l’escalier politique

HAMBA KHALE, NKOS’ à eux que dis-je, à nos Grands du Panthéon Ivoirien.

Nos illustres ont fait grand honneur à la République !

La Chancelière Allemande, Angela Merkel, interrogée avant l’heure sur le bilan de son parcours politique, dira ceci : « Je me suis efforcée de changer d’année en année, les conditions de vie de mes concitoyens. C’est çà ma grande satisfaction de mon action publique et de mon long parcours politique ».

C’est quoi donc l’essence réelle de la politique ?

La politique, c’est 1. Vivre ensemble 2. Bien vivre 3. Vivre mieux 4. Vivre demain.

Ça part donc de la cohésion sociale en passant par l’amélioration permanente des conditions de vie du peuple, pour se projeter dans l’espoir et l’espérance, source de notre existence humaine.

La politique, ce n’est ni plus ni moins que la construction du bien commun.

Depuis la disparition du Président Félix Houphouët-Boigny, ce Pays s’est placé continuellement en démocratie et non en République.

Les frontières de la République ont été englouties, voire happées par celles de la démocratie.

À peine une élection présidentielle se termine dans la confusion d’ailleurs que la prochaine, encore lointaine, s’enclenche automatiquement comme si elle se déroulerait dès le lendemain.

Or, la démocratie divise alors que la République rassemble.

Les quatre piliers de la chaîne politiques des valeurs n’ont plus jamais été la boussole de notre Pays.

Les intérêts individuels et partisans, les ambitions personnelles et les egos démesurés ont pris le dessus. Ils sont bien nombreux les gens se décrétant présidentiables, on ne sait au nom de quelle légitimité. Tout le monde est présidentiable, tous veulent devenir président de la république et tout le monde s’adresse à la nation avec un mimétisme exacerbé et un sens de l’élégance très relative. La voie de la politique est leur seul levier de l’ascenseur social.

Ils le font au nom d’une bouillie idéologique mêlée aux compromis, aux compromissions, aux combines, à la ruée folle à l’argent public ainsi qu’au nom d’une réflexion inachevée sur la République.

Ils parlent fréquemment de sujets sans jamais livrer de pensée organique et aboutie.

Le spectacle qui nous est donné est tout simplement désolant !

C’est l’ère de la défaite de la pensée et de l’émergence de professionnels du désordre.

La raison est reléguée, la culture aussi, celle qui permet la distance, condition du discernement. C’est bien ce que Dominique Strauss Khan (DSK) qualifie de crise de l’avoir, mise à nu par la pandémie du Covid-19. D’une manière générale, on assiste à un affaiblissement, un abaissement et une médiocrité de la chose politique, en même temps qu’une forme de dévoiement de la démocratie. DSK, avant-gardiste, l’avait déjà identifié et qualifié de crise du pouvoir en avril 2019 à la fondation Jean Jaurès.

Entretemps le virus du coronavirus sévit et a pris le pouvoir. C’est lui le nouveau maître des horloges. C’est le virus qui décide et donne le « la ».

Le combat se situe au niveau de la vague épidémique contre la vague des affreuses, c’est-à-dire de nos systèmes médiatiques et comptables à bout de souffle.

La casse du covid-19 marque un tournant politique. Le monde va changer. Le Président Emmanuel Macron parle lui, de construire maintenant l’émancipation collective sur la base d’éléments factuels.

Silence ! Ne ratons pas ce tournant décisif et de tous les dangers. Il nous faut agir et réagir ensemble pour un état efficace qui saura intervenir pour réduire les inégalités sociales et économiques.

Pour ce faire, il va falloir et savoir se réinventer, au niveau de nos dirigeants politiques y compris, pour recoudre et reconstruire la Côte-d’Ivoire grâce à un esprit concret de solidarité.

Notre Pays a besoin, à nouveau, d’un autre grand réformateur, d’un républicain, d’un progressiste et d’un humaniste de ceux à qui nous devons la grandeur de la Côte d’Ivoire ; d’un grand homme d’état d’envergure dont la vision anti-covid-19, la dignité et l’honneur, nous obligent.

Pour terminer, je voudrais vous faire partager ces sages paroles de Carlos Fuentes Macìas, poète et écrivain mexicain. Cette inspiration a, à juste titre, clôturé le discours profond du Maire, Jacques Chirac, recevant en 1982 à l’hôtel de ville de Paris, le Président Ahmed Sékou Touré, avant que celui-ci nous enchante de son érudition.

L’écrivain disait ceci : «Nous ne sommes venus au monde que pour nous connaître et nous apprécier positivement. La terre ne nous est donnée que pour un temps, vivons donc en paix, vivons ensemble».

Par Jean-Claude N’DA AMETCHI
Cadre Financier
Société Civile

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1 réflexion au sujet de « Côte-d’Ivoire/politique: De nos années glorieuses qui avaient impeccablement dressé le lit du Miracle ivoirien, à nos affreuses ! »

  1. COMMENTAIRES DITHYRAMBIQUES POUR UN CONGLOMÉRAT DE RACCOURCIS

    1. Le miracle a donné lieu avant la fin des années 80 à une crise économique profonde. D’où le concept de MIRAGE IVOIRIEN qui date de cette période.

    2. Le poids de la coopération française sur la période du miracle est omis. Or jusqu’à l’avènement de la Politique d’Ivoirisation des cadres, de nombreux conseillers français étaient présents en arrière plan de tous ces ministres cités.

    Quid de l’esprit du 27 Juillet 1977 quand Houphouët Boigny opérera un nettoyage à grandes eaux des écuries d’augias en chassant du gouvernement le clan des surfactuteurs dont le chef de file était le Ministre Bedié ?

    3. Il eut été plus juste de parler du passage du Parti unique au multipartisme. Et non de la République à la démocratie.

    4. Le Premier ouvrage connu de Laurent Gbagbo « Côte-d’Ivoire : Pour une alternative démocratique » illustre à souhait l’autre face de la République de Houphouët.

    En quatrième de couverture on peut y lire cette présentation qui en dit long :

     » La Côte-d’Ivoire est un pays sous-développé. Il nous faut donc nous battre contre cette situation que nous ne considérons ni comme une malédiction, ni comme une fatalité. Or l’histoire nous enseigne qu’aucun peuple asservi ne peut faire efficacement face aux défis de l’humanité sans avoir au préalable brisé ses chaînes. Le sous-développement dans la servitude accentue le sous-développement. Nous savons bien que la démocratie n’est pas un remède miracle qui va résoudre par enchantement tous nos problèmes. Mais elle constitue un préalable indispensable. Nous avons une agriculture à repenser pour sortir des pièges que nous a légués l’ère coloniale ; nous avons une politique énergétique à mettre en place et à mener avec constance afin de créer les conditions d’une industrialisation véritable ; nous avons à redéfinir le rôle de l’école et l’orientation de la médecine ; en somme nous avons à combattre la faim, la maladie, l’ignorance, la rigueur du marché international et l’appétit vorace des impérialismes ; bref, nous avons un pays à bâtir. Cette tâche n’est pas au-dessus de nos forces. L’exécution d’une oeuvre aussi gigantesque que la construction nationale exige que chacun se sente concerné ; il faut pour cela que les Ivoiriens soient impliqués dans un débat politique national, qu’ils aient une prise sur les choix fondamentaux de leur pays ; qu’ils sachent qu’ils ne sont pas des robots à qui l’on demande seulement de produire, sans savoir à quoi (ou à qui) cela sert de produire. Il faut responsabiliser nos citoyens depuis les paysans jusqu’aux plus hauts responsables de l’administration en passant par les ouvriers et les cadres du secteur privé. Une telle mobilisation implique que les Ivoiriens fassent consciemment et librement le choix d’une politique. A ce niveau, la liberté n’est plus simplement un concept moral ni une donnée politique ; la liberté est le levier le plus puissant du développement économique.  »

    Peut on dire alors que l’absence de liberté, avec un autocrate au pouvoir est une forme achevée de la République vertueuse ?

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