Disparition d’Atteby en Côte-d’Ivoire: Hommage poignant de Damana Pickass au «maître de la parole»

Après le baccalauréat série A2 décroché au lycée classique d’Abidjan en 1991, nous débarquons à l’université, à la faculté de droit d’Abidjan Cocody. Nous avions notre frère ainé qui était déjà étudiant et qui était logé à la mythique cité universitaire de Yopougon 2. C’est donc naturellement que ladite cité m’accueillit avant que je ne sois officiellement affecté plus tard à la cité de Yopougon 1.

Au moment où nous y arrivions, cette cité vivait encore sous le choc et le traumatisme de la descente musclée de l’élite de l’armée ivoirienne, la force d’intervention rapide des Para Commandos d’Akouedo 1 (Firpac). C’était dans la nuit du 17 au 18 mai 1991… Cette unité fut rebaptisée et porte aujourd’hui le nom de 1er bataillon des commandos parachutistes (1er BCP).

La section FESCI de la cité de Yopougon avait été complètement disloquée et était devenue quasi inexistante. Elle était maintenue en vie par les camarades Fofié Augustin, Konaté Sidiki (actuel ministre) et le doyen William Atteby.

C’est dans cette atmosphère que arrivés du lycée, les camarades Blé Goudé, Kouameé Kouakou dit OK, moi-même et bien d’autres, avons intégrer la section pour la redynamiser et lui redonner son lustre d’antan.

Nous sommes donc tombés entre les mains d’Atteby Edmond William qui ne tarissait pas d’éloges face à notre détermination. Il n’était pas facile en effet d’être responsables de la FESCI à Yopougon à cette époque. Atteby Williams nous aura façonnés, formés et transformés. Il avait su donner de lui l’image d’un combattant, sérieux, courageux, digne, qui ne savait pas reculer. Particulièrement, le camarade Atteby m’avait impressionné et humainement marqué. On l’appelait aussi le maître de la parole.

En effet, William Atteby pouvait entretenir une foule pendant des heures et des heures sans que vous ne sentiez le temps s’égrener tant il savait capter et tenir son auditoire en haleine. Aux assemblées générales de la FESCI, ses prises de parole étaient toujours des moments d’envolées lyriques et de formation politique. C’était un véritable spécialiste de l’art oratoire.

Après l’université, on s’est retrouvés dans le parti, le FPI avec beaucoup de plaisir.

À l’époque, député au parlement, tu as été l’un des « destructeurs » de l’accord de Marcoussis en ses dispositions inacceptables, car contraires à notre loi fondamentale. Tu avais gagné en estime dans la population ivoirienne. Je n’étais guère surpris par ta posture car c’était la posture. Tu incarnais aux côtés des Simone Gbagbo, feu Dehe Gnahou, Guirieoulou Émile et j’en passe cette résistance parlementaire.

Après la chute de notre régime et l’arrestation du président Laurent Gbagbo, nous nous sommes une fois de plus retrouvés en exil. Nous avons animés la coordination du FPI en exil aux côtés de nos aînés. Tu étais à Lomé au Togo, mais tu n’hésitais pas à sacrifier tes maigres moyens pour assister aux réunions à Accra. L’exil était dur, très très dur.

Puis à l’instar de bon nombre de camarades tu avais mis fin à ton exil, pour regagner malgré tous les risques, la terre de tes ancêtres.

Mon doyen Atteby, le maître de la parole, toi que j’appelais intimement Willy Kay, ce coup de massue est insupportable. Était-ce là tes projets ? Pourquoi nous en avais tu caché la primeur ? Même Balou Sosthène et Akpa Landry n’en étaient pas informés eux qui me donnaient de tes nouvelles.

Meurt-on de la sorte ?
Qu’est-ce qui s’est passé Willy Kay ?
Qui a terrassé le costaud ?
Je suis meurtri, totalement sonné. Impuissant.
Tu fus un grand combattant de la démocratie dans notre pays.
Tu m’as forgé un caractère.
Merci pour ce que tu as fait et pour ce que tu as été.
Tu pars définitivement.
Tu ne verras donc pas le retour imminent du président Laurent Gbagbo et de ton jeune frère le ministre Charles Blé Goudé.
Tu ne verras donc pas la fin de cette lutte pour laquelle tu as tant sacrifié depuis l’université jusqu’à ce jour.
Tu ne verras donc pas notre victoire éclatante annoncée.
Nous la célébrerons aussi pour toi cette victoire.
Va donc en paix grand frère.
Dors tranquillement du sommeil du juste.
Va en paix, tu as fait ta part.
C’est terrible, c’est pénible mais…. Adieu Willy Kay, le maître de la parole.

Damana Adia pickass
Vice-président du FPI, en exil.
Ex secrétaire général adjoint de la FESCI, section de Yopougon
#Rezopanacom

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Author: La Rédaction

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