Côte d’Ivoire: La peur de son ombre ne doit pas pousser à faire acte de candidature

Dans une courte vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, madame Kandia Camara, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle et membre du directoire du RHDP, lançait un appel pressant au Président Alassane Ouattara en ces termes : « Je demande au Président Ouattara de bien vouloir accepter sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2020. Qu’il se fasse violence. Ce n’est pas se dédire. La politique, c’est la saine appréciation des réalités du moment, (…) surtout que nous avons des adversaires en face qui n’ont d’autres programmes que de venir au pouvoir pour venir se venger, pour venir régler des comptes, pour venir créer encore des tensions dans le pays ».
Cet appel nous semble étrange alors que le Président Alassane Ouattara avait été salué pour avoir pris la décision dite historique de ne pas se représenter pour un troisième mandat et suscite de notre part la réaction suivante. Madame Kandia Camara adopte une rhétorique surprenante de la tribu assiégée que rien ne justifie objectivement. L’on est en droit de se demander de quelle vengeance elle parle et qui voudrait se venger d’eux. Qu’ont-ils faits aux autres qui leur donne tant d’insomnie et martyrise leur esprit à ce point ? Depuis que le Président Alassane Ouattara est au pouvoir a-t-il entendu un seul homme politique de l’opposition dire qu’il frapperait son pouvoir et qu’il tomberait comme un fruit pourri ? A-t-il jamais entendu un seul homme politique dire qu’il rendrait le pays ingouvernable de sorte qu’il échoue à mettre en application son programme de développement pour la Côte d’Ivoire ? Il n’y a rien eu de tout cela depuis 2011. Pourquoi cela adviendra-t-il maintenant à deux mois de la présidentielle ou après le 31 octobre 2020 ? D’où vient-il donc que subitement le RHDP a peur d’une éventuelle vengeance et qui se vengerait de lui et pourquoi ? Qu’il nous présente les éléments de preuve dont il dispose ou les propos tenus qui justifient cette posture alarmiste.

N’est-ce pas plutôt leur ombre qui effraie les responsables du RHDP ? Quel est le parti politique ou le candidat supposé qui a fait de la vengeance son programme de gouvernement ? Il est important que des éclairages soient donnés à ce niveau à l’opinion publique nationale et internationale pour sortir de la logique propagandiste. On relève, cependant, que ni le président Bédié ni le président Gbagbo ne montrent qu’ils sont animés d’un esprit revanchard à l’endroit des responsables du RHDP. Il ne peut non plus s’agir de Soro Guillaume qui appelle quotidiennement à la réconciliation et à l’union des ivoiriens et ne cessent de demander pardon pour tout ce que la rébellion a engendré. Cet épisode malheureux devrait, d’ailleurs, servir de ferment à la réconciliation nationale et à l’unité retrouvée de la nation ivoirienne. Le PDCI-RDA qui a bâti la Côte d’Ivoire moderne et qui a perdu le pouvoir à la suite du coup d’Etat du général Robert Guéi ne peut quitter la fraternité au sein du RHDP pour l’inimitié. Le FPI dont le crédo est le dialogue nécessaire pour adopter dans un cadre consensuel tous les textes organisant la vie politique ne peut non plus être dans une dynamique de destruction du tissu social ; cela n’arrangerait personne.

Si l’on doit se venger les uns des autres, la Côte d’Ivoire comme pays n’existerait plus et nul n’y a intérêt. L’esprit ivoirien n’est pas sectaire. Il est bras tendu à tous sans exclusive pour que soit la nation, même si, depuis quelques années, ses fils semblent gagnés par une sorte de transe collective d’une violence inouïe qui a changé les paradigmes politiques qu’avaient construits Houphouët-Boigny, Konan Bédié et Laurent Gbagbo à travers leurs actions. Il faut sortir du régime de la guerre permanente avec la vendetta subséquente pour donner toute sa place à la politique qui est un jeu dans lequel les places respectives sont des jeux de rôles qui ne sont jamais inamovibles, figées ? Pourquoi aurait-on peur de l’instabilité associée au jeu de places dans la scène politique ? Ne prenons pas l’effet de flaques d’eau sur le bitume pour de véritables flaques d’eau. Le mirage de l’opposition en politique est une nécessité de la scène politique, son essence mais non l’essence de la vie ; la vie est dialectique. Le mirage fait qu’on voit des choses là où elles ne sont pas et souvent notre ombre et notre conscience nous jouent des tours dans une zone faiblement éclairée. Comme on le dit en Côte d’Ivoire, « c’est l’homme qui a peur sinon y’a rien » quand on a tout fait pour que prévale l’union des fils et filles d’une même nation. Le débat politique doit être empreint de sérénité et de sagesse comme on le voit lors des élections en France par exemple.

Pascal FOBAH EBLIN

Analyste politique

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Author: La Rédaction

2 commentaires sur “Côte d’Ivoire: La peur de son ombre ne doit pas pousser à faire acte de candidature

  1. >«… surtout que nous avons des adversaires en face qui n’ont d’autres programmes que de venir au pouvoir pour venir se venger, pour venir régler des comptes, pour venir créer encore des tensions dans le pays ».

    Après Cimetière, maintenant en-bas-de-marmite qui embouche la même trompette ! Clairement, ces gens-là ont la conscience très, très, très chargée. Ainsi donc, vous aviez conscience du mal que vous faisiez aux autres et redoutez le retour de bâton ? A crever de rire si c’était pas aussi pitoyable !

  2. La peur n’est qu’un prétexte…La réalité c’est la mauvaise foi des cadres du RHDP…
    Sans quoi…Gon aurait dû avoir un vice président…pourquoi ne pas le positionner…sauf si le VPR prévu n’était que…Ouattara lui-même…
    AGC a anticipé sur l’entourloupe…dévoilant avant l’heure les plans machiavéliques de…Ouattara

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