À quand la fin du folklore politique « de Bédié, Gbagbo et Ouattara » en Côte d’Ivoire ?

A l’instar des autres pays d’Afrique, en Côte d’Ivoire, les prétendants à la présidence de la république sont nombreux. A défaut d’y pretendre soi-même, les sympathisants, les activistes des candidats sont des milliers. Ici on s’en fout si la constitution nous autorise ou pas à être candidats. Peu importe tant que nous avons de nombreux supporters avec nous. Ou encore de toutes les façons être candidats ne sera qu’une formalité car aucun magistrat ivoirien n’osera rejeter ni notre candidature encore moins notre victoire.

En un mot on truque les règles du jeu des élections à l’avance, on chauffe à blanc nos supporters y compris les corps habillés. Moi qui tout naïvement pensais que lorsqu’on est intellectuel, on a un devoir d’éclaireur, de conciliateur, de visionnaire, de développeur, de rassembleur. Je ne savais pas qu’être intellectuel, c’est se fixer coûte que coûte un objectif en marchant sur les lois du pays, en dominant les autres peu importe ce qui adviendra.

Depuis la mort du président Houphouët, il ya trois personnes qui dominent la scène politique du pays que j’appelle ici les dinosaures de la politique ivoirienne. Ces trois dinosaures ne lâchent rien et ne lâcheront rien tant qu’ils seront en vie. Ils ont pris leurs partis politiques en otage mais ils n’ont pas pris tout le pays en otage heureusement. Chacun d’eux est déjà candidat dans sa logique, dans sa conception du pouvoir pour le pouvoir. Les suiveurs sont déjà lancés dans les rues, sur les réseaux sociaux ou dans des salles pour lire des motions de soutien. Les lois, vos lois ne concernent que les autres dans leur application, pas eux.

C’est dommage pour le pays. A la veille des futures élections, le folklore est de retour avec les non il n’est pas éligible, oui il est éligible avec à l’appui des professeurs de droit qui selon apportent leurs arguments pour soutenir telle ou telle thèse. Les militants ordinaires, les ministres, les PDG, DG, Maires, Députés, Sénateurs, etc eux ils savent ce qu’ils convoitent donc ils mettront tout en ouvre pour actionner les paysans, chefs traditionnels, les jeunes, les femmes, les guides religieux, les mouvements et associations civiles, en complicité avec chacun de ces trois dinosaures.

Pour certains on est candidat exceptionnel, ou dérivé même malgré un conseil constitutionnel qu’on a pris soin de mettre en place nous même. En 2020 on sera candidat par “cas de force majeure” cette fois-ci pour notre troisième mandat. On ne sera plus candidat dérivé ni exceptionnel mais candidat de “cas de force majeure”. On dit cas de force majeure parce qu’on a déjà dit qu’on renonçait à ce troisième et quatrième mandat ou même on se maintiendrait président à vie. On sera candidat du moins on continue d’être président tant qu’on est en vie, la candidature n’étant qu’une simple formalité.

On a été élu sous la bannière de la constitution de 2000 mais on se réfère à celle de 2016 plus les motions à notre soutien de nos supporters pour agir. D’ailleurs la constitution même ne nous a jamais intéressé. Les motions de soutien sont notre boussole pas la constitution. Celle-ci est d’ailleurs faite pour les autres. On a nos supporters et nos hommes armés pour conserver le pouvoir. Il n’y a que nous dans le parti pour être candidat-président. Parlant d’opposants, on peut vous dire que les soient disant opposants viennent tous émarger chez notre trésorier, alors quoi. Nos opposants seront encore là en Octobre pour nous légitimer. On est fier d’être le seul à avoir bien travaillé depuis l’indépendance du pays bien que nos routes soient mal faites et envahies d’eau, bien que la vie soit devenue plus chère, bien que nous n’admettons pas toute contradiction; toute contradiction étant égale à la mort ou la prison, etc.

L’histoire retiendra que la Côte d’Ivoire a eu un président aux critères d’éligibilité variables à chaque élection:

2000: Nationalité douteuse

2002: Rebellion

2010: Candidat exceptionnel

2015: Candidat derivé

2020: Candidat de cas de force majeure

2025: Candidat accompli

2030: Candidat à vie

Chez l’un des deux autres dinosaures on est candidat naturel, pas de question à se poser, qu’on soit âgé pour le poste ou même qu’on ait pas de programme pour le moment à présenter aux ivoiriens les moins âgés du parti peuvent attendre. Surpris par un coup d’Etat en plein régime dictatorial, on a à coeur de terminer nos projets personnels et à prendre une revanche devant l’histoire. Voilà un aperçu de notre programme de gouvernement; de quoi effrayer Candia, Bictogo, Bakayoko, Soumahoro, et consorts. Enfin pour le troisième dinosaure, même de la prison ou de l’exil, on gère le parti dont on est candidat, après tout on est le propriétaire du parti.

En un mot ces trois dinosaures n’appartiennent pas à ces partis politiques mais bien plus ces partis leur appartiennent. Ils font ce qu’ils veulent et il n’y a rien pour les deux premiers. Cependant, le troisième a des ennuis avec son assistant d’hier par sa propre faute d’ailleurs; n’empêche qu’il a repassé des habits nouveaux pour la rue princesse et s’impatiente de venir pour y faire de virées nocturnes habituelles, nostalgie oblige, après tout le panafricanisme est là pour couvrir ses manquements. C’est parce qu’il est panafricain que les Blancs ne le veulent pas au pouvoir, voilà l’excuse trouvée par rapport aux graves erreurs commises dans la gestion du pays. (cf. les erreurs qui ont coulé le Président Gbagbo article paru dans Connectionivoirienne Octobre-novembre 2015).

Où allons nous avec tout ça? Pauvre Côte d’Ivoire, pauvre Afrique. Où en est on avec notre conscience nationale pour le développement? Si tout ce monde se battait pour le développement du pays, je comprendrais; mais leurs comportements au pouvoir me fait dire qu’ils se battaient et se battent pour leurs postes, leurs intérêts égoïstes, leurs affaires personnelles. Le développement du pays peut attendre. D’ailleurs ils se disent que le développement ne les concernent pas, ils disent, “nous sommes africains, le développement c’est pour les blancs.

Alors on se satisfait d’un kilomètre de route bitumée que la pluie balaie aussitôt par-ci, ou d’un dispensaire non équipé, ou encore repeindre les murs d’une école primaire par-là, etc”. En 10 ans de bilan, on ne devrait pas être fier d’avoir inauguré 2 ou 3 ponts qu’on fait d’ailleurs payer. Après avoir empêché les autres de travailler, on devrait faire plus et mieux. Les supporters eux sont aux anges tant que leur leader est au pouvoir et tant que personnellement ils profitent de ce système qui n’a pas de contrôle, d’audit, pas de véritable contre-pouvoir.

Parfois on nous parle de nouvelles générations. Mais les animateurs de ces nouvelles générations viendront de quelle planète? Ils viendront d’où? Ici encore ce sera la continuité du même folklore politique. Ces fameuses nouvelles générations se comporteront exactement de la même manière que les générations actuelles. La génération des Houphouet, Nkruman, Moboutu, Benjamin Nnamdi Azikiwe, Yakubu Gowon, Eyadema, Sékou Touré, Bongo, etc est partie. La génération qui a suivie a fait quoi de nouveau ou a fait quoi de mieux, je veux dire la génération des Gbagbo, Bédié, Ouattara en Cote d’Ivoire.

On assiste au même culte de la personnalité, aux mêmes motions de soutien moutonniers, aux mêmes rues sales non tracées et non ou mal bitumées, au même sous-développement, aux mêmes vols des deniers publics, à la même corruption, au même favoritisme, au même manque de plan de développement du pays, à la même négligence des autres régions du pays au seul profit de la ville d’Abidjan, aux mêmes visites d’Etat dans quelques régions où on a des amitiés, la même absence de clarté dans la gestion des ressources du pays, l’absence de salaire du président de la république qui prend comme il veut, aux mêmes budgets de souveraineté taillés sur mesure. On ne se rappelle des autres régions que pour animer les motions de soutien folklorique, pour aller aux élections, etc, etc.

Donc avec les soient disant nouvelles générations, on assistera encore à l’abandon de Yamoussoukro qui est supposée être notre capitale moderne et développée. Yamoussoukro est dans la broussaille et est redevenue un gros village. Regardons un peu Abuja au Nigeria et on devrait avoir honte. Aujourd’hui on n’est plus classé pays numéro 2 derrière le Nigeria mais troisième derrière le Ghana dans la sous région et le Sénégal nous talonne. C’est comme si depuis la mort d’Houphouët, une malédiction s’abat sur le pays.

Le processus du développement s’est arrêté. Des particuliers investissent ça et là mais les gouvernements successifs ne sont pas à la hauteur de la tâche, les discours de démagogie et de flatterie oui. Avec la nouvelle génération on verra toujours les mêmes manières d’attribuer les marchés, les mains mises sur les ressources du pays au profit de notre clan, aux mêmes tricheries et achats des concours administratifs, aux mêmes mains mises sur la justice, etc, etc. Je ne vois rien que les soient disant nouvelles générations changeront. Elles viendront aussi pour s’enrichir et enrichir leurs entourages. C’est une mentalité que nous devons vaincre pour faire face au développement du pays.

Ainsi, plutôt que de parler de nouvelles générations, je préfère qu’on parle de nouvelles mentalités. Cette nouvelle génération n’est pas forcément animée de jeunes. Des personnes âgées peuvent l’animer également, l’essentiel étant le changement des mentalités actuelles qui consiste à s’enrichir personnellement. Il faut une génération de politiciens à venir aux mentalités nouvelles. Des femmes et des hommes intègres, rigoureux dans la gestion du pays, sans partis pris dans l’application des lois. Des femmes et des hommes qui ne regarderont que le mérite, les qualifications, les compétences et non l’ethnie, la religion, le genre, la région, le parti politique dans les nominations aux différents postes de travail. Des femmes et des hommes aux idées et mentalités nouvelles et qui respectent la constitution et les lois du pays.

Non ivoiriens, non africains, levons nous pour le développement de notre pays. Nous devons revoir les mentalités de vols, de piétiner nous mêmes nos propres lois au profit de nos intérêts égoïstes. Nous devons privilégier l’intérêt général, le bien être des populations en travaillant sur les projets de développement. C’est ce qui fait la différence entre nous et les pays développés: le respect de la chose publique. Notre pays regorge de tout pour être développé (la forêt, l’eau, les minerais, le gaz naturel, du cuivre, du fer, de l’or et même des diamants, l’électricité, le pétrole, les ressources agricoles, etc). Nous manquons cruellement de programmes de développement à tous les niveaux (routes, gares routières, hôpitaux de pointe, agro-industries, etc, etc, etc).

J’ai visité les sites internets des trois principaux partis politiques gérés par nos trois dinosaures. Je n’ai pas vu un seul lien parlant de programme de développement.

Mais j’en conviens que ce n’est pas une affaire de Bédié, d’Alassane, ni de Gbagbo, ni d’autres personnes à venir bientôt.

Ces messieurs et dames sont tous de passage mais le pays doit connaître mieux que ce que nous constatons actuellement en matière de développement. C’est notre système politique et administratif qui est mauvais. Il est fait de telle sorte qu’on adore plus ces leaders plutôt que de les contrôler ou du moins de leur apporter la contradiction dans leur façon de gérer le pays.

Tout président qui vient tombera dans le même système et fera la même chose avec peut être de légères retouches mais pas plus tant que le système demeurera en l’état. La France, les USA ont des régimes présidentiels mais les présidents de ces pays ne se comportent pas comme nos présidents se comportent (salaires des présidents inconnus, budgets de souveraineté taillés sur mesure, augmentation du nombre des ministères et création de postes de nominations selon les humeurs, main mise sur le système judiciaire, le parlement, absence de droit de l’homme, corruption, présidents aux pouvoirs étendus, absence d’audit dans la gestion des ressources du pays, etc).

Il nous faut donc un nouveau système ou une amélioration en profondeur du système actuel absolument en le dotant d’une nouvelle constitution qui n’est pas personnelle. La constitution doit être neutre, impersonnelle et ne viser que le bien être des populations et le développement du pays. Nous devons en finir avec ces constitutions fantaisistes à interprétations variables selon qu’on supporte un tel ou un tel prétendant à la présidence. Une constitution nettoyée, débarrassée des germes du culte de la personnalité, une constitution qui équilibre les pouvoirs exécutif, parlementaire, judiciaire, sénatorial et les régions. Les pouvoirs ne doivent plus être concentrés dans les mains d’une seule personne même si cette personne est le président de la république.

En conclusion, il faut une constitution qui réduit les pouvoirs du chef d’état, une constitution qui équilibre les pouvoirs comme cela se voit chez les occidentaux. Il faut rendre désintéressée la fonction présidentielle et on verra que les conflits, les vols, la corruption, le favoritisme, le culte de la personnalité, etc disparaîtront.

Il faut absolument qu’on arrive à réduire les pouvoirs du président de la république, c’est la solution pour mettre fin au folklore auquel nous assistons actuellement. Comment y arriver? J’avais déjà proposé des pistes de réflexion dans un article précédent mais je pourrais encore le répéter si nécessaire.

Merci et bonne journée.

Dr. Charles Koudou, Administrateur de la Santé

Consultant en Santé et Développement.

Président fondateur de la Conscience Nationale pour le Developpement (société civile)

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Author: La Rédaction

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