Côte-d’Ivoire: Qui est Gbalet Édith Pulchérie ? (bref portrait d’une femme engagée)

Connectionivoirienne | SD avec Sylvie Kouamé

Qui est cette dame qui a lancé la contestation du 3e mandat de Ouattara ?

La contestation de la troisième candidature d’Alassane a un visage, un nom. Pulchérie Gbalet. Qui est-elle vraiment ?

Arrêtée à Yopougon le samedi 16 août 2020, Pulchérie Edith Gbalet est détenue à la Maca, après avoir été inculpée par le parquet d’Abidjan pour appel à l’insurrection et trouble à l’ordre public. Elle risque plusieurs années de prison.

Aujourd’hui, elle est le symbole de la répression qui s’abat sur les contestataires du 3e mandat que veut briguer Alassane Ouattara avantagé par le flou de sa propre constitution. Pulchérie est sur toutes les lèvres. Des Ong et ses avocats demandent sa libération.

Ni féministe, ni misogyne, foncièrement engagée pour la cause des droits humains, Pulchérie Gbalet, la quarantaine juste entamée, fait depuis son chemin dans ce milieu impitoyable où on flirte avec la prison.

Elle débute sa carrière de militante des droits de l’homme peu après la crise postélectorale en 2011. Son credo, la lutte contre les injustices sociales, la réconciliation nationale et surtout la formation. Convaincue que c’est par la formation que les citoyens prennent conscience et s’engagent à lutter pour leur bien-être.

Pulchérie Edith Gbalet est de formation sociologue, titulaire d’un DEA de sociologie de l’université de Bouaké, actuelle Université Alassane Ouattara en 1999.

Elle a pour promotionnaire un certain Geoffroy-Julien Kouao, professeur de droit constitutionnel des universités, analyste politique, auteur de plusieurs essais politiques. Elle sera engagée comme tel au Bureau national d’étude technique et de développement (Bnetd), où elle participe aux enquêtes de terrain.

Syndicaliste avec un passage à la centrale Dignité, l’une des puissantes faîtières des organisations syndicales ivoiriennes fondée par feu Mahan Gahé Basile, Pulchérie Gbalet est une aguerrie. Elle franchit un pas en s’invitant dans la cause humaine face aux oppressions des puissants, selon elle.

En 2016, elle lance le Forum des organisations de la société civile (Forsci) et plaide pour la réconciliation, la paix, l’amnistie pour les prisonniers politiques et l’indemnisation des victimes de la guerre.

Opiniâtre, cette dame originaire d’Oumé en pays Gagou ou Gban, mère de trois enfants, ne recule devant rien même quand des membres de sa famille s’inquiètent ouvertement des risques qu’elle prend au péril de sa vie.

«Je suis consciente d’être dans un environnement non sécurisé, mais il ne faut pas que les choses s’arrêtent à moi. Sans moi, le peuple doit pouvoir continuer la lutte. On ne peut me convaincre d’arrêter le combat », répondit-elle un jour à une consœur sur cette préoccupation de ses proches. C’est une fonceuse née qui multiplie les initiatives récoltant quelquefois des lauriers, bien d’autres fois des échecs. Mais elle reste concentrée sur son sujet croyant en des lendemains meilleurs dans son engagement qu’elle considère comme un sacerdoce.

Pulchérie Gbalet est la fondatrice de l’Action pour la Restauration de la Dignité Humaine (Ardh) après avoir pris quelques distances d’avec le Forsci, perçu par certains comme une organisation politique alors qu’elle veut se limiter au champ des droits de l’homme. C’est avec cette organisation qu’elle lance en 2019 le mouvement des ‘’Gilets oranges’’ en Côte d’Ivoire, à l’image des gilets jaunes en France.  Le mouvement s’effrite après une première action vite réprimée. Elle échappe à une arrestation.

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Plus tard avec Alternative citoyenne ivoirienne (Aci), sa nouvelle plateforme, elle engage en 2020, la contestation contre le troisième mandat d’Alassane Ouattara après avoir protesté à l’époque contre la nouvelle constitution de 2016, qu’elle jugeait déjà inopportune et illégitime.

Après une conférence de presse qui lui sert de tribune pour dire non au troisième mandat, elle est cette fois dans les mailles de la justice qui l’accuse de vouloir organiser un soulèvement populaire.

Le 21 août elle est formellement inculpée pour destruction volontaire de biens publics, convocation à un attroupement, participation à un mouvement insurrectionnel et atteinte à l’ordre public.

A la prison de la Maca où elle se trouve en ce moment, elle ne pense qu’à demain quand elle aura tourné la page de la prison, à ses camarades militants et militantes, et à ses trois enfants.

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Pulchérie Gbalet, icône de la société civile en Côte d’Ivoire, enlevée et incarcérée par le régime

Michel Galy

Depuis ce mercredi 19 août, Pulchérie Gbalet, figure de la contestation démocratique en Cote d’Ivoire, dort en prison, dans la sinistre Maca d’Abidjan. Cette arrestation arbitraire a suscité une vive émotion dans le pays, avec un écho international important.

Depuis ce mercredi 19 août, Pulchérie Gbalet, figure de la contestation démocratique en Cote d’Ivoire, dort en prison, dans la sinistre Maca d’Abidjan. Enlevée par des hommes encagoulés quelques jours plus tôt dans le quartier populaire de Yopougon, elle a été amenée de force dans l’ex Hôtel Sebroko (siège d’une milice ultra violente, qui va jusqu’à torturer les opposants, sous les ordres du frère de M. Ouattara, officiellement l’ « Unité de lutte contre le grand banditisme » -ULGB, une section de la police) , puis à la préfecture de police, où elle a été entendue deux jours durant par le procureur adjoint ; enfin amenée au palais de justice du Plateau, où elle a été mise sous mandat de dépôt et incarcérée.

Cette arrestation arbitraire a suscité une vive émotion dans le pays, avec un écho international important : Voice of America, la radio d’État allemande Deustche Welle(dans leurs éditions internet en français), et même l’hebdomadaire Jeune Afrique (pourtant peu critique envers le régime d’Abidjan), s’en sont alarmés.

Situation volatile

C’est aussi que la situation est volatile, si ce n’est tendue, en Cote d’Ivoire : en l’absence de Laurent Gbagbo – acquitté en première instance par la CPI et libéré de toute contrainte, mais à qui l’administration Ouattara refuse passeport et retour dans son pays natal, seul Henri Konan Bédié, leader du PDCI et lui aussi ancien président avait décidé de se présenter aux élections présidentielles d’octobre prochain.

La candidature surprise d’Alassanne Ouattara pour un troisième mandat, à l’encontre de la Constitution de 2016, a mis le feu aux poudres. Dans toute l’Afrique notamment francophone, élections et constitutions sont souvent adoptées en l’absence de l’opposition , avec des trucages massifs et un abstentionnisme record. C’est le cas de la Cote d’ivoire, où isolé par la coalition entre le PDCI et le FPI, M. Ouattara( compte tenu des « déçus du Ouattarisme » et de la défection de son ancien chef de guerre, Guillaume Soro), ne peut compter environ que sur un cinquième des suffrages, environ 20% d’après notre analyse des précédents scrutins. Malgré les 83% des voix officiellement attribuées à la présidentielle de 2015, la légitimité est ailleurs, comme l’a montré la chute de Compaoré au Burkina en 2014, et même celle d’Ibrahim Boubacar Keita cette semaine au Mali – ce qui terrifie justement le pouvoir ivoirien, tétanisé par une possible contagion d’un tardif « printemps ouest africain ».

Lâchage du régime

Dans ce contexte, Pulchérie Gbalet et son organisation ACI (Alternative citoyenne ivoirienne) ont pris leurs responsabilités en appelant à des « marches éclatées » contre le 3ème mandat non constitutionnel exigé par le despote d’Abidjan. Dans Abidjan et dans les villes de l’intérieur, les populations sont sorties, édifiant des barrages, affichant leur détermination à refuser la candidature Ouattara, voire demandant le départ de l’actuel chef de l’Etat.
L’absence relative de ce dernier, réfugié depuis des mois à Assinie, station balnéaire proche d’Abidjan par crainte du coronavirus, le décès du premier ministre et dauphin Gon Coulibaly, le départ en Allemagne du président du Sénat Ahoussou Jeannot, les maladies ou absences de ministres et de dignitaires évoquent une fin de règne ou un vide du pouvoir. Le silence obstiné de Paris , opposé aux « mandats de trop » dans le pré carré francophone, se combine avec un intérêt soudain pour des outsiders comme le financier Thiam et des discussions avec l’opposition, laissant augurer un lâchage du régime.

Répression violente

C’est pourquoi le régime Ouattara, aux abois, mise sur la répression la plus violente (12 morts et 200 blessés la semaine précédente, à Daoukro, fief de M. Bédié) et le refus de toute négociation, notamment sur la composition d’une « Commission électorale indépendante » jusqu’ici à sa botte et d’un fichier électoral honteusement truqués par l’adjonction de centaines de milliers de sahéliens migrants, véritable « bétail électoral » du régime. Toutes choses que dénonce Pulchérie Gbalet et la société civile, réclamant à cor et à cris le respect de la Constitution et des élections transparentes. Ce pourquoi elle est aujourd’hui en prison, bien que la mobilisation enfle en sa faveur, et que l’usage des réseaux sociaux en fasse une icône déjà pan africaine de la lutte contre le despotisme.

Rien ne prédisposait cette frêle sociologue, qui continue à mener des études de terrain pour le BNED (bureau d’étude gouvernemental) à subie ces dures épreuves. Sauf, justement, une détermination et une incorruptibilité rares parmi les élites subsahariennes, y compris dans des syndicats et des « sociétés civiles » trop souvent instrumentalisés. Mieux, en l’absence de mots d’ordre clairs des partis de Laurent Gbagbo et de Henri Konan Bédié, le jour où Pulchérie Gbalet a lancé les jeunes militants à l’assaut du pouvoir, elle a joué le rôle éphémère de fer de lance de la contestation , et même de leader national contre la tyrannie du régime Ouattara.

Marianne.net

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Author: La Rédaction

1 commentaire sur “Côte-d’Ivoire: Qui est Gbalet Édith Pulchérie ? (bref portrait d’une femme engagée)

  1. >C’est le cas de la Cote d’ivoire, où isolé par la coalition entre le PDCI et le FPI, M. Ouattara (compte tenu des « déçus du Ouattarisme » et de la défection de son ancien chef de guerre, Guillaume Soro), ne peut compter environ que sur un cinquième des suffrages, environ 20% d’après notre analyse des précédents scrutins.

    Ça c’est de l’analyse politique, chers journalistes de Marianne. Et encore, vous êtes gentils de lui accorder 20% ! En réalité, nous avons affaire à une minorité, bruyante, violente et financièrement nantie. Qui use de ces 3 moyens pour offrir l’illusion d’une majorité sur le terrain.

    1°) Bruyante = occuper le terrain et les médias, être les seuls à manifester en médiatisant ces manifestations fortement en direction de l’international, là où résident ceux qui diront « tu as gagné » ou « tu as perdu » ;

    2°) Violente = par la répression de tout son et tout avis discordant, muselant presse, société civile et population, notamment par l’usage excessif des forces de l’ordre et de supplétifs de l’ombre, véritables Tontons Macoutes aux pieds et aux ordres ;

    3°) Financièrement nantie = nul ne sait d’où part et où s’arrête la caisse du parti-Etat RDR (pardon, RHDP), tant les ressources dont ils disposent sont impressionnantes. Ressources pour organiser des activités hautes en couleur, convoyer du bétail politique affamé depuis les contrées les plus reculées, pour acheter opposants, militaires, société civile, organisations, etc.

    Bref, un pouvoir tout-pourri avec de vrais morceaux de merde dedans qui ne peut plus que compter sur la CEI (pour annoncer des résultats faux), sur le CC (pour entériner lesdits résultats au pas de course), et l’armée aidée des Tontons Macoutes (pour réprimer la contestation sans ménager le sang). Dans un tel schéma, des femmes comme Pulchérie Edith Gbalet constituent le grain de sable dans la machine, susceptible de dérégler cette belle mécanique. Grain de sable qu’il leur importe donc d’éliminer au plus vite.

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