À Bonoua en Côte-d’Ivoire après les violences, une réconciliation amorcée entre Abouré et Malinké «La gestion des rumeurs, enjeu délicat»

Un notable accuse

La ville de Bonoua, la cité de l’ananas a vécu à la mi-août des violences qui ont vite dégénéré en conflit intercommunautaire faisant au moins 100 blessés, 3 morts et 1000 opérateurs économiques sinistrés. L’un de ces opérateurs économiques désormais, premier responsable du collectif des sinistrés, a vu son parc d’autocars parti en fumée.

Pour recoller les morceaux dans une localité où les gens se regardent en chiens de faïence malgré le calme revenu, un cadre de la ville, Ambroise Kouamé a initié mercredi 14 octobre 2020, un atelier à l’endroit des organisations de jeunesse de Bonoua. L’atelier a porté sur des thématiques tendant à identifier les causes des tensions récurrentes à Bonoua et les ébauches de solution pour les juguler. Mais bien avant les travaux proprement dits, une conférence de presse a été dite par Ambroise Kouamé à la tête de son Ong, Paix unité réconciliation et égalité (Pure). En présence du sous-préfet, de quelques notables Abouré, du président de la jeunesse communale de Grand Bassam, de guides religieux, des membres des communautés ethniques, tout le monde sauf les acteurs politiques, invités mais pas venus, M. Kouamé a dépeint la situation et condamné les actes de violence.

« Nous avons voulu que les journalistes soient témoins de notre volonté de réconciliation et surtout qu’ils soient notre voix pour dire au monde entier qu’il n’existe désormais plus de conflits entre Abouré et Malinké. Nous avons toujours vécu en paix et en bonne intelligence de cohabitation avec nos frères malinké qui habitent principalement et majoritairement dans trois quartiers ici à Bonoua : Dioulabougou1, Dioulabougou 2 et impérial. C’est pour cela que nous sommes tous surpris et survoltés des malheureux évènements d’août dernier. Nous allons nous réconcilier ici à Bonoua et cela est un impératif. Nous allons parler le même langage de paix », a relevé le principal organisateur de l’atelier qui a permis au sous-préfet et aux représentants des communautés de s’exprimer côte à côte pour la première fois depuis la fin des événements dramatiques.


Le sous-préfet Kra Kouadio Maizan s’est d’abord réjoui de la tenue de cette rencontre ‘’dans le contexte où notre localité sort d’un affrontement communautaire’’. Puis le chef de l’administration de la zone de leur tenir ce discours : « Pour faire le mal, ce n’est pas difficile mais pour gérer les conséquences de la guerre, pour recoller les morceaux, c’est là que les défis se posent. Il y a des défis à relever ». Pour le sous-préfet, ce dernier conflit a été exacerbé par la rumeur et la mauvaise gestion de la communication ‘’dans ce contexte des réseaux sociaux où tout le monde est journaliste’’. « La gestion de la rumeur est un enjeu délicat », a-t-il souligné avant d’affirmer que seul le maintien de la communication entre les populations peut aider à désamorcer la crise à Bonoua où des palabres autour d’un match de football ont failli à nouveau mettre le feu aux poudres, obligeant le sous-préfet à prendre une décision suspendant les compétitions sportives.

Dans son intervention, Nanan Tétchi, représentant la notabilité Abouré s’est dit meurtri par cette montée de violence entre des gens qui vivent en harmonie depuis des décennies. « Cette rencontre nous tient à cœur. Malgré ce qui s’est passé, une telle rencontre n’a pas encore eu lieu. Depuis longtemps, il y a des Malinké à Bonoua. Les quartiers où ils sont nombreux sont des quartiers Abouré. Mais on a le sentiment que cette fois, il y avait anguille sous roche. Pourquoi pour un oui ou un non, on se fait du mal ? Nul ne peut vivre seul, ça n’existe nulle part. A Bonoua, il n’y avait pas de conflit intercommunautaire. Il y a des mains occultes. (…) On sait comment c’est arrivé mais ça ne vient pas de chez nous. (…) Nous avons besoin de nous parler », a déclaré Nanan Tétchi exprimant par la même occasion sa peur face aux élections qui s’annoncent. Il a donné par la suite l’accolade à l’imam Abri Yacouba en guise de réconciliation. Ce dernier a lui aussi lancé un appel à la paix après avoir exprimé ses regrets devant les dégâts occasionnés.

SD de retour de Bonoua
sdebailly@yahoo.fr

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Author: La Rédaction

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