Côte-d’Ivoire: KKB, un opposant candidat à la présidentielle qui ne dérange pas

Alors qu’une partie de l’opposition boycotte le scrutin du 31 octobre, le dernier candidat en lice face à Ouattara est plombé par son image de « faire valoir » du pouvoir.

Par Yassin Ciyow

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A l’intérieur d’une villa étroite et bien gardée d’une cité résidentielle sans âme au nord d’Abidjan, quelques militants s’ennuient en attendant leur champion. Quand il arrive enfin, Kouadio Konan Bertin s’installe sous le néon de « KKB TV », la webtélé qu’il s’apprête à lancer. Devant la dizaine de caméras braquées sur lui, celui que ses partisans surnomment par ses trois initiales a l’air aussi heureux que mal à l’aise. Son regard est hésitant et ses gestes incertains. Il se lance une première fois, avant d’être interrompu par les journalistes et la poignée de militants qui jouent des coudes pour le voir et l’entendre. Avec un sourire gêné, il recommence : « Ce chef-d’œuvre, cette chaîne, KKB TV, va inexorablement nous conduire à la victoire du 31 octobre prochain », lâche-t-il, machinalement. En écho, quelques timides applaudissements résonnent.

La sobriété du lieu et la modestie de la foule s’accordent mal avec le statut du personnage : « KKB » est aujourd’hui le seul candidat encore en campagne pour l’élection présidentielle face au président sortant Alassane Ouattara. Depuis le 14 septembre et la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel, l’ancien membre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) aujourd’hui candidat indépendant a refusé de rejoindre le front uni de l’opposition et rejette les appels au boycottage du scrutin et à la désobéissance civile. « Ma candidature a été retenue ainsi que celle de deux autres opposants, les conditions de l’élection ne sont pas nouvelles, alors allons aux élections ! », se justifie-t-il. Sa volonté de participer coûte que coûte au scrutin agace les opposants qui voient dans ce maintien une candidature de complaisance.

« Il se trompe de camp »

Parmi eux, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les conditions de sa participation au scrutin. « Qui peut sérieusement croire que des poids lourds de la vie politique ivoirienne comme Mamadou Koulibaly [ancien président de l’Assemblée nationale et président du parti Lider], Marcel Amon Tanoh [ancien ministre des affaires étrangères] et Albert Mabri Toikeusse [président de l’UPDCI] n’ont pas été en mesure de réunir les parrainages et les fonds nécessaires d’après le Conseil constitutionnel mais que lui y soit parvenu ? », peste un proche d’une figure de l’opposition ? qui s’étonne d’ailleurs de voir des affiches du candidat fleurir sur les murs de la capitale économique ivoirienne et dans les villes de l’intérieur du pays.


« C’est l’adversaire que s’est choisi et qu’a financé Ouattara pour donner une allure démocratique à cette élection et une légitimité à sa candidature », accuse-t-il. L’ex-premier ministre Pascal Affi N’Guessan, dont la candidature a été retenue mais qui « ne se reconnaît pas » dans l’élection et appelle au boycottage, critique lui aussi la décision de Kouadio Konan Bertin d’y participer : « Il se fourvoie, il se trompe de camp, il faut qu’il sache que les Ivoiriens le regardent. »

Face à ces accusations, le candidat âge de 52 ans répond inlassablement qu’il n’est « pas un homme qu’on achète ». Et la webtélé, expliquent ses équipes, a « vocation à apporter des redressements à tout ce qui se dit sur le candidat », et notamment sur les réseaux sociaux, où « KKB » est l’objet de moqueries des internautes ivoiriens. Lui y voit plutôt le signe d’une campagne de déstabilisation de l’opposition contre sa personne. Il n’empêche : la faible affluence observée à ses meetings (à peine quelques centaines de personnes) donne une indication de son poids politique réel et interroge sur sa présence dans cette campagne et sur les moyens dont il dispose.

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Mais ces reproches n’ont rien de nouveau pour ce fils de cacaoculteur originaire de Lakota, une ville du sud de la Côte d’Ivoire, qui cultive depuis des années une image de trublion. Après avoir été l’un des rares à soutenir l’ancien président Henri Konan Bédié lors du coup d’Etat qui l’a chassé du pouvoir en 1999, Kouadio Konan Bertin a grimpé tous les échelons du PDCI. Devenu président des jeunes du parti au mitan des années 2000, il est élu député en 2011. En 2015, contre l’avis de son parti et de son chef, Bédié, alors allié à Alassane Ouattara, il fait le choix de la dissidence en se déclarant candidat à l’élection présidentielle. Il finit troisième avec seulement 3,88 % des suffrages exprimés. Une candidature aux allures de tentative de parricide qui lui coûtera, l’année suivante, son poste de député.

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« Le chien aboie, la caravane passe.»

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Yassin Ciyow (Abidjan, correspondance)

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Author: La Rédaction

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