Côte d’Ivoire: Dans les transports en commun, le port du masque relève de la « responsabilité personnelle » (REPORTAGE)

Manuella YAPI

« Mon frère pardon il fait chaud allons ! S’il y a des policiers devant je vais mettre mon masque », lance une passagère à un chauffeur de taxi intercommunal à la gare de Cocody (Est d’Abidjan) qui lui reprochait le non port du masque, tout en faisant remarquer à ce dernier qu’il avait lui-même son cache-nez accroché au rétroviseur central.

Face au regard insistant du conducteur, elle finit par sortir de son sac un cache-nez chirurgical tâché et froissé, non sans rouspéter, visiblement agacée: »personne n’oblige ses clients ici, sauf toi.. ».

Dans cette gare, où sont regroupés des véhicules de transport intercommunaux reliant cette commune à celles du Plateau (centre des affaires), Marcory, Treichville, Koumassi au sud ou encore Adjamé au nord de la ville, la distanciation sociale et le port du masque n’existent pour la grande majorité que de nom et ne sont significatifs que pour ceux qui y croient.

En raison de la recrudescence des cas de contamination, le gouvernement a réinstauré depuis le 21 janvier l’état d’urgence sanitaire et annoncé entre autres mesures « l’intensification du contrôle de l’obligation du port de masque, notamment dans les transports en commun, les services publics et privés, et tous les espaces publics », à l’issue d’un Conseil national de sécurité.

Près d’un mois après cette annonce, les habitudes sont restées intactes dans les taxis communaux, les taxis intercommunaux et les minicars communément appelés « Gbaka » qui laissent le port du masque à l’appréciation du passager, à l’exception des autobus de la Société des transports abidjanais (SOTRA).

« On dit que c’est obligatoire mais sur le terrain chacun fait comme il veut. C’est plus une responsabilité personnelle qu’autre chose », affirme Denise Koua, trentenaire, qui regrette « l’absence de policiers pour obliger tout le monde à appliquer cette mesure ».


Déplorant la gestion de la pandémie pendant les fêtes de fin d’année, où de « grands rassemblements ont eu lieu comme s’il n’y avait aucun problème », Denise souligne également l’indisponibilité des masques offerts dans les pharmacies aux bénéficiaires de la Couverture maladie universelle (CMU).

« J’ai droit à 50 cache-nez par mois, mais chaque fois on me dit qu’il y a une rupture de stocks. Je suis donc obligée d’acheter ce que je dois normalement avoir gratuitement. Tout le monde n’a pas de quoi assurer cette dépense », renchérit-elle.

Il est environ 19h00 (GMT, heure locale) quand deux jeunes femmes s’installent dans un véhicule Toyota Picnic à la gare de Cocody située à Marcory. L’une d’entre elles porte immédiatement son masque, sous le regard moqueur de son amie: « Annie, on a traversé tout le marché sans masques, c’est dans la voiture où personne ne parle que tu mets ton cache-nez ? C’est ici seulement que le corona est ? ».

« Il parait que c’est obligatoire dans les voitures donc je porte. Le jour où se sera obligatoire dans les marchés je vais porter là-bas », répond Annie, pour minimiser son imprudence.

Selon le porte-parole du gouvernement, Sidi Touré, l’état d’urgence « permettra à l’Etat de prendre des dispositions beaucoup plus contraignantes » en cas de « flambée » de la pandémie.

La Côte d’Ivoire, qui a annoncé le 11 mars dernier son premier cas de maladie à coronavirus, compte au 13 février 30.884 contaminés, soit 29.062 guéris, 1649 cas actifs et 173 morts contre 22.490 testés positifs, 21.934 personnes rétablis, 419 malades et 137 décès comptabilisés le 31 décembre 2020. Soit 8.394 nouveaux cas, dont 36 morts enregistrés en moins de deux mois.

Alerte info/Connectionivoirienne.net

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Author: La Rédaction

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