Témoignage – Quand Bamba Alex raconte et fait revivre Hambak

Au nombre des intimes du désormais ex-premier ministre Hamed Bakayoko, Bamba Alex Souleymane n’a pas voulu rester en marge des nombreux hommages qui fusent. Le journaliste consultant, un contemporain de l’illustre disparu dresse dans ce témoignage posthume, un pan de la vie de Hamed Bakayoko. Entre douleur et recueillement

 A l’ami et au ‘’petit-frère’’ qui s’en est allé.

 Un séisme dans le microcosme politique ivoirien

 Hamed. La Côte d’Ivoire te pleure comme l’on pleure un héros, un digne fils. Contre toute attente, et comme un coup de semonce, tu as passé l’arme à gauche.

Inconsolables nous sommes. Ainsi donc, tu es parti. Sans crier gare. Loin des tiens et de ton monde qui t’aimait tant. Je suis en état de choc. Tétanisé.

Non, je suis en train de me convaincre de cette évidence : toi qui me promettait et m’a toujours promis le meilleur, de ne point quitter ce bas monde des vivants sans que nous n’affinions ce que, en 1991, je réussis à faire pour toi, à savoir créer, structurer, construire et jeter les bases de ce qui allait être le journal le plus puissant de Côte d’Ivoire : Le Patriote.

Tu as porté ce projet avec une rare détermination. Tu y as cru et je t’ai aidé à réaliser ton rêve. Que de combats menés ! Que de luttes épiques !

Que d’adversités vaincues sur le chemin de la réalisation du destin qui t’a mené du bas de l’escalier du journal Le Patriote, dont j’ai incarné la caution intellectuelle et professionnelle, au sommet de la primature.

                              « Hamed, Le Patriote et Moi

Avec ce journal qui demeure encore aujourd’hui un symbole de lutte pour la démocratie, où j’écrivis les premiers éditoriaux et guidai les plumes encore novices de certains qui voulurent embrasser notre noble profession de journaliste, nous menâmes les premières luttes pour la restauration de la dignité des Ivoiriens balafrés et cloués au pilori par un système où l’ivoirité protéiforme était semblable à une Hydre de Lerne.

Nous fûmes à la pointe de ce combat. J’étais le numéro 1 et je le suis resté, comme tu l’affirmais. C’était hier bien avant que les coqs du matin ne chantent au lever du jour.

Beaucoup n’étaient pas sur la photo, aimais-tu me rappeler avec ton rire contagieux et si vrai. Tu as gagné tous tes combats, sous le sceau de la divine providence, avec la conscience du travail bien fait. 

O certes, tout n’a pas été un long fleuve tranquille et, c’est là, précisément, que se trouve ton mérite intégral. Comme les esprits les plus éclairés Bouddha, Jésus, Mahomet, et certainement une poignée de quelques autres, tu as donné l’exemple de ce qu’est un homme humble, généreux, affable, ouvert, et plein de prodigalité.

En un mot comme en mille, tu auras été la synthèse de cette lumière que le Seigneur tout miséricordieux, offre aux hommes dans leur commune condition d’adorateur de sa grandeur et de sa magnificence, lorsqu’il oint ses enfants providentiels.

A preuve, ta super aura, ta grande ouverture de cœur, ton don de soi, ta générosité, ont fait de toi le père du petit peuple, bien au-delà de toutes les pensées existentielles, philosophiques, religieuses, à travers le temps, qui ont tenté de définir le bonheur et le sens de la vie.


Gandhi disait : « la vie sans religion est une vie sans principe et une vie sans principe est comme un bateau sans gouvernail». Ton credo à toi était : aimer son prochain comme soi- même.

Mieux que quiconque, tu savais que « Le bonheur est né de l’altruisme et le malheur de l’égoïsme ». Tu as su faire tiens des préceptes somme toute divins dont les âmes sages connaissent la profondeur : « il n’y a de richesse que d’hommes » et que, « nul ne peut prétendre vivre heureux tout seul ».

Voici le bel exemple, voici la leçon que tu as faite et que tu lègues à postérité. Je suis consterné. Tu n’avais de cesse d’avoir de la considération à mon égard. Tu le clamais urbi et orbi.

Peu d’hommes sont aussi sincères que tu l’as été. Et, il y a à peine 2 mois, tu me réitérais les mêmes mots, les mêmes paroles d’honneur : « le grand Moulk, c’est toi qui m’a pris par la main avec Niamien Théodore, Kassa, Doua Gouly, Ya David, Sambader, Anatole, N’da Pierre, Méité Sindou, et tous les autres jeunes qui vinrent grossir le bataillon de l’aventure de Le Patriote ».

 

Cette aventure aura été une odyssée des plus significatives dans le combat politique pour sauver le pouvoir PDCI du président Félix Houphouët-Boigny d’abord, puis pour extirper la haine viscérale que des pontes du régime d’alors introduisirent dans les cœurs des Ivoiriens pour les diviser et en exclure. Alassane Ouattara en fut la première victime expiatoire et cela nous ne pouvions le tolérer pour aucun Ivoirien. Ce fut l’essence et la quintessence de notre noble combat. C’est dire que ton ascension n’est pas le fait du hasard.

C’était écrit que tu devais être un héros et que tu resterais dans la légende. Ton parcours d’école, ô combien édifiant, en atteste. Moi je suis pantois. Médusé.

Comment donc la promesse des fleurs se réaliserait-elle bien que tu laisses quasiment à tous les Ivoiriens, toutes tendances confondues, toutes régions réunies, toutes les chapelles politiques confondues, une leçon : la leçon de vie, la leçon de l’amour, la leçon de la fraternité, la leçon de la loyauté, la leçon de la générosité, la leçon de la reconnaissance.

Reconnaître à l’autre qu’il est brillant et qu’il a été sur ton chemin un éclaireur est l’achèvement de l’humilité et de la perfection. Tu es un grand. Tu estimais que ma situation était injuste et qu’il était temps que l’on réglât et que l’on réparât ce tort après que la volonté divine eût fait de moi, pendant une dizaine d’années, le Conseiller spécial de trois Premiers Ministres.

A la ville et au monde, tu étais fier de ce que la divine providence avait fait se croiser nos chemins. Mon unique satisfaction est de t’avoir vu grandir, quitter le nid et te voir déployer les ailes immenses dans l’azur.

A toi seul tu étais devenu un système, un chef d’orchestre, mais aussi l’ami fidèle pour qui la reconnaissance à un sens. Alors que l’émotion me foudroie, en pensant à ces moments de complicité, à ces instants où tu savais semer la gaieté et la joie de vivre autour de toi, et que je peine à retenir mes larmes, je sais qu’aucun superlatif ne sera plus fort qu’un autre pour contenir l’état de choc et la secousse sismique que ton départ a créés.

Les voies de Dieu sont insondables. L’Incréé sait pourquoi il t’arrache à notre affection. Nous t’aimerons toujours.

Repose en paix !

 

 

 

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Publié par Sylvain Debailly

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