Retour de Gbagbo et Blé Goudé en Côte-d’Ivoire: Une polémique malsaine (par Claude Koudou)

Retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire: Et s’il y avait de la légèreté et un manque de vigilance devant le « blaguer-tuer » ?

La Cour pénale internationale a définitivement acquitté le président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé le 31 mars 2021. Nous sommes aujourd’hui à presque deux mois de ce verdict. Et Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ne sont toujours pas rentrés au pays. Pour rappel, nous sommes de ceux qui avons refusé que l’opposition participe aux élections législatives. Puisqu’il y avait non seulement des corps de victimes de certains manifestants – contre le mandat anticonstitutionnel de Ouattara – encore chaudes mais également une question pendante de savoir sous quelle mandature ces législatives se tenaient. Les tenants de cette opposition qui a voulu que nous suivions une certaine pensée de la lutte, ont donc pris une déculottée pendant ces dites élections. Nous n’étions pas pour notre part surpris. Mais il n’y a eu que les partisans d’une certaine école de pensées pour s’énorgueillir d’une humiliation supplémentaire. Il est question de paix. Et tout le monde aspire à la paix. Sauf Monsieur Ouattara qui instrumentalise le mot « paix » parce qu’il n’en veut pas en réalité. Pour lui, la réconciliation remettrait forcément tous les Ivoiriens ensemble. Et cela, dans son entendement, sonnerait comme la fin effective de son régime. D’abord il faut rappeler succinctement ce que recouvre le régime Ouattara : Ouattara, c’est la mythomanie ; c’est l’intoxication et l’instrumentalisation de l’affaire Guy-André Kieffer dont l’élucidation connaît toujours une obstruction ; c’est le producteur de la compagne réalisée par le sociologue Benoît Scheuer ; c’est le mensonge pathologique permanent et l’incarnation multidimensionnelle de la mauvaise foi ; c’est la manipulation et la duplicité rodées. Enfin, Ouattara est un usurpateur, un violeur réputé de la Constitution qu’il a lui-même promulguée et un politicien violent. Le manque de vigilance devant la manipulation d’un imposteur En fait, pour ne pas gêner nos amis dans leur posture à travailler pour la paix à laquelle nous aspirons tous, nous avons gardé le silence depuis de nombreux mois. Mais la réalité est que le pouvoir illégal et illégitime d’Abidjan a comme à son habitude, avec des relais internationaux, mis en scène un marché de dupe pour que des acteurs importants de la vie politique ivoirienne reconnaissent son élection de fait après qu’il s’est accroché par la violence et par de pires atrocités. Nous pouvons ici rappeler que l’obtention du multipartisme est survenue dans un contexte très difficile et dans une atmosphère où le pouvoir du président Houphouët était omnipotent. C’est pourquoi nous avons déploré l’abandon de la désobéissance civile. La désobéissance civile avait quasiment mis à terre la dictature féroce qui sévit dans le pays. Il faut dire que l’échec de la désobéissance civile ou le fait qu’elle n’ait pas atteint ses objectifs est lié non pas à la puissance de Ouattara. Cela est plutôt dû au manque de cohérence et de cohésion de l’opposition. Par ailleurs, il est compréhensible qu’une opposition multipartite connaisse des difficultés notamment des ratés. Mais ayant mis en avant l’aspect non idéologique de la coalition de l’opposition, la contradiction principale devrait amener les différents acteurs à taire des égos et des batailles de positionnement en faveur des intérêts personnels au profit de l’intérêt général. Ensuite, puisque l’attention est à juste titre captée depuis des mois par le retour du président Laurent Gbagbo, de Charles Blé Goudé, des exilés et de la libération des prisonniers politiques, la lutte visible est pour l’instant mise en veille même s’il peut être opposable que le retour du président Laurent Gbagbo et les autres nécessités rappelées plus haut, sont un aspect important de la lutte. Mais au total, le fait de céder aux sirènes absurdes de Ouattara attend toujours les contreparties espérées. De l’impérieuse nécessité à entendre des opinions contraires Décider à se battre pour la restauration du multipartisme et travailler ensuite pour qu’il y ait la pratique démocratique dans le pays suppose que des comportements intègrent l’ouverture d’esprit, la différence des opinions, la solidarité et l’esprit critique. Il est indispensable que les acteurs politiques ivoiriens conviennent à changer leur façon de faire la politique parce que de nombreux facteurs l’exigent. Des exemples abondent dans de grands pays qui montrent que le refus de se remettre en question a contribué à casser les grands partis. On nous a opposé : « Les gens ne sortent pas à Abidjan pour manifester ; Ouattara tue les manifestants ; … ». Notre analyse estime qu’il s’agit là d’arguments inexacts. Car combattre une dictature procède d’une organisation méthodique. Nous avons bien vu que le soulèvement du pays profond avait un écho retentissant à l’international. Il n’était donc pas indispensable qu’Abidjan soit au départ le foyer le plus important ou le théâtre en première ligne. Ensuite, il faut dire que les expériences de la CNC en 2015 ; du « Front du Refus » et de la « Coalition du Non » en 2016 étaient là pour nous édifier. Devant un pouvoir féroce, il faut opposer une organisation professionnelle dans le combat. C’est la raison pour laquelle nous rappelons qu’avant de se lancer dans la désobéissance civile, tout le savait que Ouattara et ses milices violentent et tuent. Mais dans un affrontement entre une dictature et une désobéissance populaire, la détermination finit toujours par payer. Nicolas Ceusescu, Blaise Compaoré et d’autres ont fait tirer à balles réelles sur des manifestants. Mais la détermination de la rue a eu raison d’eux. Il est donc léger d’amener des jeunes dans la rue et faire marche-arrière après que le pouvoir ait grièvement blessé des manifestants et en ait tué nombreux autres. « On va avoir la majorité aux législatives ; on va constituer un contre-pouvoir et quoi d’autres encore ; … ? » Le régime de fait d’Abidjan a berné une certaine opposition en Côte d’Ivoire pour faire reconnaître un pouvoir illégal, illégitime qui sème la terreur pour régner par la peur. En face, malheureusement, après toutes les difficultés que nous connaissons, il y a encore une inclination à l’euphorie, à la naïveté méthodique et à la paresse intellectuelle incidente ou cultivée. En conclusion, Nous retiendrons que nous nous battrons pour que Laurent Gbagbo rentre au pays comme il l’entend ; Nous pensons que le jeu de rôles entre Alassane Dramane Ouattara, Issiaka Diaby et Adama Bictogo, … est malsain ; Nous estimons que dès lors que la Cour pénale internationale a acquitté le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé et les ont donc blanchis de tout soupçon, l’analphabétisme volontaire et/ou structurel devrai(en)t taire les basses manœuvres et contribuer à ce que les victimes des deux camps connaissent les vrais auteurs des crimes perpétrés suite à l’élection présidentielle de 2010 et également humblement participer à faire la lumière sur toutes les autres exactions et tueries ; Nous déplorons la posture qui a contribué à faire émerger de nouveau, des acteurs friands de la gabegie, de la corruption et des détournements à haute échelle de biens publics qui plus est, cultivent la voyousie au sommet de l’Etat, comme Adama Bictogo et autres qui étaient terrés ; Nous pensons également que la nouvelle Côte d’Ivoire qui naîtra inéluctablement, devra être le socle d’une nouvelle façon de faire de la politique, après ces plusieurs années de gâchis qui ont par ailleurs induit de nombreuses années de lutte. En fait, il s’agit d’être à l’écoute ; de mettre en avant des hommes et des femmes compétents et de bannir le manque de rigueur, la fausse assurance, la coterie et le copinage qui ont contribué à plonger la Côte d’Ivoire dans le gouffre actuel qui dissout toutes ses énergies. En tout état de cause, la méthode qui consiste à fonctionner avec des approximations laissera des traces. Enfin, notre message essentiel ici est de commander la vigilance. Il faut absolument intégrer que Laurent Gbagbo est un homme d’Etat réputé indocile. La légèreté sur la sécurité de sa personne ferait donc date.
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Publié par La Rédaction

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