En Côte d’Ivoire, la transformation, remède pour un meilleur prix aux producteurs d’hévéa (PAPIER D’ANGLE)

Djamal AKINBOLA

En Côte d’Ivoire, la problématique d’un prix rémunérateur aux producteurs de la filière hévéa a été au cœur des échanges du Sommet virtuel de caoutchouc qui s’est tenu du 8 au 11 juin à Abidjan. Pour les autorités, la transformation constitue l’une des pistes de solutions pour améliorer le revenu des planteurs.

Fixé à 319 FCFA/Kg pour le mois de juin contre 314 FCFA/Kg en mai par l’APROMAC (Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire), le prix est jugé bas par certains producteurs.

« Les prix proposés à nos braves producteurs laissent encore hélas à désirer », a lancé le président de l’APROMAC, Eugène Krémien, pour qui « le caoutchouc de Côte d’Ivoire est un des plus recherchés par l’industrie internationale parce que la matière répond parfaitement aux exigences de production de l’ensemble des produits dans la spécialité ».

La Côte d’Ivoire est le premier pays producteur de caoutchouc naturel avec une production de près d’un million de tonnes en 2020 et quatrième mondial derrière les mastodontes asiatiques notamment la Thaïlande, l’Indonésie et le Vietnam.

1,2 million d’Ivoiriens vivent de la filière hévéa pour 150.000 producteurs et 40.000 saigneurs.

Des performances que ne profitent pas entièrement aux acteurs de la filière comme l’a révélé le Premier ministre, Patrick Achi à l’ouverture du Sommet, indiquant que le pays ne capte que « 0,5% » des 350 milliards de dollars du chiffre d’affaires généré au niveau mondial, alors « qu’elle assure près 7,5% de la production mondiale. »

Il explique que « plus de 85% de la valeur de la filière se trouve non pas dans la production agricole, mais dans la transformation et la commercialisation du caoutchouc. »

Patrick Achi a invité à « une profonde révolution du secteur des initiatives fortes de diversification de l’utilisation du caoutchouc naturel à travers des innovations technologiques de rupture afin d’absorber la croissance attendue de la production, tout en ayant un impact positif sur le prix payé aux producteurs par une maîtrise plus grande des circuits de distribution. »

Pour concrétiser cette vision, le pays envisage de doubler sa production de caoutchouc d’ici 2025 et de porter son taux de transformation primaire à 100%.

« L’enjeu pour l’avenir est limpide. Il ne nous est, en effet, plus possible de rester encore longtemps dans ce statut d’éternel producteur de base, où nous prenons la plus grande part de la pénibilité et si peu de la valeur globale produites par nos richesses agricoles », a souligné Patrick Achi.

Une transformation qui devrait permettre d’augmenter le prix du kilogramme aux producteurs.

« Les Ivoiriens s’intéressent de plus en plus à la transformation de cette matière première. Il y a des usines qui sont implantées partout. Mais à un moment donné, il faut que nous soyons capables nous-mêmes de fabriquer des pneus de véhicules, de motos et de bicyclettes, des capotes. On en a besoin (..). Si nous avons la possibilité de les fabriquer ici, le prix au paysan va augmenter », a dit le ministre de l’Agriculture Kobenan Kouassi Adjoumani.

Le but recherché à travers la transformation de l’hévéa est d’éviter aux producteurs de caoutchouc d’être tributaires de phénomènes de marchés comme cela a été le cas lors de la crise sanitaire de la Covid-19.

« Le prix des matières premières va en dents de scie, l’essentiel, c’est que sur la durée, il y a une constance : le prix du caoutchouc a toujours été bon. Il faut remarquer que le caoutchouc que nous produisons en Côte d’Ivoire est absorbé à 80% dans les pneumatiques. Ces pneumatiques, quand il y a eu la pandémie, la demande baissant, les prix ont aussi baissé. Avec le déconfinement qui s’amorce aujourd’hui petit à petit en Europe et un peu partout dans le monde, nous allons assister à une remontée légère, mais sûre des prix de nos matières premières

Pour Camara Issouf, Secrétaire général de la Fédération des O.P.A de producteurs de la filière hévéa de Côte d’Ivoire, il faut chercher d’autres débouchés pour le caoutchouc pour parvenir à une meilleure rémunération des producteurs.


« Je pense que c’est dans la recherche des autres ouvertures pour le caoutchouc que nous allons avoir une amélioration des prix, parce que le caoutchouc sera utilisé dans plusieurs domaines d’activitités. En ce moment, on aura besoin du caoutchouc et la loi de l’offre et de la demande agissant, évidemment cela va impacter le prix du caoutchouc », a-t-il affirmé.

Le ministre Kobenan Kouassi Adjoumani a pour sa part, lancé un plaidoyer pour que les petits producteurs qui assurent plus de 80% de l’approvisionnement en matières premières de caoutchouc, et qui sont les plus vulnérables de la chaîne des valeurs, puissent bénéficier de prix rémunérateurs, à travers la mise en place de mécanismes solidaires qui les protègent en période de crise ».

« Il n’y a pas de durabilité si les planteurs ne peuvent pas vivre décemment », estime le directeur du Conseil Hévéa-Palmier à huile

Djamal AKINBOLA

Le directeur général du Conseil Hévéa-Palmier à huile, le régulateur de la filière, Fougnigué Edmond Coulibaly a estimé qu’ »il n’y a pas de durabilité si les planteurs, les opérateurs de la filière ne peuvent pas vivre décemment », à ALERTE INFO.

« Il n’y a pas de durabilité si les planteurs, les opérateurs de la filière, ne peuvent pas vivre décemment de cette activité. On ne peut pas parler de durabilité », a dit M. Coulibaly, indiquant que cette question constitue l’un des enseignements du Sommet virtuel sur le caoutchouc qui a eu lieu du 8 au 11 juin à Abidjan.

Pour le directeur général du Conseil Hévéa-Palmier à huile, il faut que la filière soit « inclusive » et durable pour qu’elle profite aux producteurs et à l’économie ivoirienne.

Poursuivant, Fougnigué Edmond Coulibaly a considéré que le Sommet virtuel sur le caoutchouc a été une occasion pour les acteurs de porter la question de la rémunération des producteurs à l’international.

« Il y a un discours à faire porter au monde (..) pour dire attention ! C’est vrai il y a un marché, c’est une économie, mais ce sont des hommes, qui sont derrière cette économie, ce sont des petits planteurs qui sont derrière cette économie, ce sont des industriels locaux. On ne peut pas se contenter juste de subir, à un moment, il faut donc renégocier les règles et faire en sorte que notre pays puisse tirer le maximum », a expliqué le directeur général.

« Voyez-vous comme d’autres matières premières, nos prix sont décidés par des marchés qui sont à l’étranger. Mais les règles que ces marchés appliquent ne tiennent pas compte nécessairement de la structure des coûts en intérieur, ne tiennent pas compte non plus du besoin de durabilité de ces filières, ne tiennent pas compte du niveau de vie économique de nos populations », fait-il savoir.

Se disant en phase avec le Premier ministre Patrick Achi, Fougnigué Edmond Coulibaly a plaidé pour une transformation de la filière hévéa pour plus de valeur ajoutée.

En s’inspirant des leçons engrangées durant ce Sommet virtuel sur le caoutchouc, le directeur général du Conseil Hévéa-Palmier à huile a fait savoir qu’elle va permettre à sa structure « d’améliorer l’environnement des investissements pour attirer des investisseurs pour la diversification » de la production.

En vue de préserver et de créer un cadre propice au développement harmonieux des filières hévéa et palmier à huile, le gouvernement a initié en 2015, une réforme qui a abouti à la création du Conseil de régulation, de contrôle et de suivi des activités des filières Hévéa et Palmier à Huile, en abrégé le Conseil Hévéa-Palmier à Huile en 2017.

La Côte d’Ivoire est le premier pays producteur de caoutchouc naturel avec une production de près d’un million de tonnes en 2020 et quatrième mondial derrière les mastodontes asiatiques notamment la Thaïlande, l’Indonésie et le Viêtnam.

1,2 million d’Ivoiriens vivent de la filière hévéa pour 150.000 producteurs et 40.000 saigneurs.

Alerte info/Connectionivoirienne.net

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Publié par La Rédaction

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