Le débat démocratique en Côte-d’Ivoire face à l’impérieuse nécessité d’un changement de paradigme

Par Claude Koudou

Le 11 avril 2011, un coup d’état s’est opéré en Côte d’Ivoire pour remplacer un président indocile. Nous connaissons les conséquences qui ont été de fortunes diverses et dont les stigmates affectent encore durablement le pays.

La nécessaire réconciliation nationale pour que la population ivoirienne recoure le vivre ensemble est la clé qui devrait redonner de l’espoir au pays. Face à l’imposture dont la consécration est intervenue le 11 avril 2011, il y a à mener des réflexions qui peuvent venir nourrir le débat démocratique et impulser incidemment la dynamique du nécessaire changement dans la pratique politique. Bien souvent, les élites politiques utilisent des termes comme la « pluralité politique » ou la « démocratie » pour gagner un espace de pouvoir. En fait, il y en a comme Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, feu Aboudramane Sangaré et d’autres qui avaient une vision et voulaient la voir se traduire dans la réalité pour qu’elle soit vécue. A l’inverse, d’autres acteurs endossent une posture populiste pour construire un tremplin de pouvoir se constituer un espace qui leur assure une rente. Ceux-là qui ont le mot « démocratie » à la bouche alors que tous leurs actes transpirent les réflexes du parti unique, entretiennent des intrigues – qui nous fait tant de mal – pour se maintenir à des positions qu’ils ne peuvent plus raisonnablement occuper aujourd’hui, tellement, ils sont dépassés par les évènements. Dans un tel paysage, tenant compte de l’évolution du monde, il y a à éduquer les populations pour les préparer aux enjeux globaux plutôt que de les conditionner pour qu’ils soient des idolâtres qui ne tolèrent pas les différences et les contradictions. Si la bataille du multipartisme a eu ses lettres de noblesse et donc de l’adhésion, c’est grâce à la légitimité qu’elle recelait devant les dérives répétées du parti unique.

L’étape de la conquête de la démocratie a été amorcée dès 2000 à l’accession de la gauche au pouvoir, par l’élection de Laurent Gbagbo à la présidence de la République de Côte d’Ivoire, qui portait comme paradigme la refondation.

Quand on a ensuite pris l’option d’aller aux élections en 2010 sans le désarmement des rebelles, sur la base d’une pression de la communauté internationale et/ou des sondages qui prédisent une victoire ; quand on a pris la décision de permettre à celui-là même qui a amené la violence politique en Côte d’Ivoire, intégrant ainsi qu’il n’y avait pas d’autres alternatives, il convient de faire le point. Tous ces acteurs qui se sont montrés inconséquents autour de Laurent Gbagbo doivent rendre des comptes aux militants et sympathisants aux fins de ramener la confiance.

La vie démocratique a ceci d’intéressant qu’il peut permettre de la respiration surtout lorsque les enjeux du pays posent questions aux acteurs politiques avec urgence.

De la nécessité de revisiter la praxis politique
L’engament dans la vie politique et publique est inspiré par l’adhésion à un idéal qui, lui-même est incarné par des acteurs à des périodes données de la vie d’un pays. En 2000, quand Laurent Gbagbo accède au pouvoir, il s’agissait de faire des réformes structurelles qui entraîneraient chez le citoyen un bien-être. Cette vision de la refondation a fait peur à l’ancienne puissance coloniale qui a donc actionné ses suppôts pour mettre à mal le processus de démocratisation de notre pays. Lorsqu’on regarde tout ce gâchis, on est en droit de se demander pourquoi, à l’élection de Laurent Gbagbo en 2000, ses adversaires politiques n’ont pas pris le parti d’attendre cinq années pour (de nouveau) compétir avec lui en 2005. C’est donc un problème de l’observation des valeurs qui se pose à chacun de nous. Mais la situation que nous vivons depuis les années 2000 nous interroge également sur la place des jeunes en matière d’éducation, de formation et d’emploi. Bien souvent, alors que nous nous sommes battus aux côtés de Laurent Gbagbo pour l’avènement du multipartisme, le mot « démocratie » est évoqué par certains devanciers soit pour se donner bonne conscience soit pour mobiliser autour d’une cause qu’il ne porte pas en réalité. Si nous avons la liberté d’expression aujourd’hui, c’est pour en user pour débattre et construire des synthèses qui peuvent constituer un socle de travail programmatique. Malheureusement, il y a ce paradoxe dans nos pays africains et singulièrement en Côte d’Ivoire où des élites perpétuent des erreurs, ne veulent pas rendre des comptes ou répondre de leurs actes et sont en plus hostiles à des idées nouvelles. Au demeurent, il convient d’aller au-delà des considérations émotionnelles et personnelles pour faire le point sur le combat que nous menons depuis de nombreuses années en regard avec nos engagements respectifs.

Quand il y a eu le 11 avril 2011 et que dans le pays, rien n’était possible en termes d’expressions d’idées contraires soit par des débats démocratiques soit par des manifestations, la lutte s’est déportée dans la diaspora. Cette distribution tacite des rôles doit au moment de la restitution, amener chaque acteur à comprendre et à intégrer que plus rien ne devra être comme avant.


Des procès d’intention et des manœuvres d’intimidation
« On les voit ; ne donnez pas des arguments à nos adversaires ; c’est rien ça ! On est au contrôle ; oh ! On maîtrise …. ». Ce sont des propos naïvement rassurants qui ont été tenus parfois avec une teinte d’arrogance. Et nous nous étions tus pour observer mais non sans lancer des alertes. Par ailleurs, il nous est reproché d’avoir des débats sur les réseaux sociaux. En fait, les moins édifiés reprennent cette antienne, parce que faisant naturellement confiance aux responsables politiques qui font de tels reproches, ceux-là n’ont peut-être pas remarqué que c’est sur les réseaux sociaux que des membres de la direction d’un parti politique apprennent des choses qu’ils auraient dû savoir à l’avance pour apprécier en amont. C’est même parfois des par canaux périphériques que des cadres apprennent certaines informations ; ce qui pousse ainsi quelques badauds à narguer des cadres du parti. Au surplus, si des propositions faites, des dossiers à l’appui ou des interpellations lancées, elles aussi multiples, étaient examinées à l’intérieur du parti, plusieurs choses auraient pu être évitées. La réalité est que l’approche méthodologique des questions est souvent même raillée. Qu’est-ce qui pourrait alors susciter une émulation dans un tel contexte où c’est celui qui colporte le plus de rumeurs auprès des chefs qui est considéré là où un travail méthodique devrait être attendu ?

Il y a donc des dérives qui se manifestent par le refus du débat interne. Ce n’est pas faute d’avoir fait des propositions depuis les années 1992. Nous avons même été des acteurs principaux qui ont travaillé à ce que le congrès extraordinaire de Man (1994) adopte des réformes dont l’une des plus emblématiques est l’érection des sections du FPI à l’extérieur. Nombreux de ceux qui s’en satisfont aujourd’hui n’en voulaient pas. Et je dispose de documents à ce propos.

Ce dont nous parlons et que nous voulons voir débattu, conditionne nos vies et l’avenir des plus jeunes. Il y a malheureusement un groupe d’acteurs politiques qui voudraient attendrir l’opinion à nos dépends. Alors qu’eux-mêmes ont des postures qui foulent aux pieds les règles élémentaires de la démocratie. Ceux-là n’ont aucun respect des textes et voudraient intimider d’autres en animant des intrigues et en empêchant que les décideurs identifient les problèmes réels et des acteurs qui sont véritablement à la hauteur du travail à abattre. C’est ce groupe de personnes qui anime la coterie, fait une ceinture autour du chef et empêche que celui-ci comprenne ce qui se passe réellement.

Qu’avons-nous fait ?
Il y a cette propension chez une certaine clientèle de barons qui voudraient être informés. Dans quelques semaines, je vais déposer chez un éditeur un manuscrit qui met de façon objective les choses sur la table pour un devoir de mémoire. Il vise à dire une partie de l’histoire politique de mon pays comme je l’ai vécue depuis les années 1989. Mais surtout le rôle que nous avons joué avec des intervenants extérieurs engagés à nous aider, à prévenir de ce qui est venu nous frapper. Il s’agira aussi d’évoquer comment et pourquoi nous avons imaginé le rapprochement entre le FPI et le PDCI pour lequel ceux qui m’avaient combattu s’en réjouissent aujourd’hui.
Dès décembre 2010, on était sur les plateaux télé. On a confectionné des dossiers qui ont servi de supports vers des chancelleries. On a tenu des réunions publiques d’informations, des conférences-débats et des colloques pour maintenir la flamme dans la diaspora… Chacun a joué le rôle qu’il pouvait pour que la situation à nous imposée le 29 novembre 2011 soit inversée. En fait, le moment venu, je serai disposé à répondre devant toute instance qui voudrait m’entendre. Il faut dire que ce dont il est question, repose sur la conviction qui s’est fondée en nous par rapport à un idéal qui pourrait entraîner un bien-être dans notre pays.
Au total, il faut retenir que le débat pour l’instauration de la démocratie doit être plein et entier. Et parce que nous avons adhéré à un parti politique, certains voudraient que nos opinions soient dissoutes dans des inconséquences avant même qu’elles aient eu un temps d’examen. En somme, notre lutte pour la dignité, pour la solidarité et pour la justice ne doit pas être à géométrie variable. Et il serait indécent voire irresponsable que quelques acteurs veuillent intimider d’autres en usant d’artifices. Il conviendrait plutôt de promouvoir des espaces de débats d’idées et de formation, autant de dispositifs qui permettront de ne pas éluder des questions de fonds, d’éviter l’arbitraire et de protéger ainsi les plus faibles. C’est l’essence même des organisations de gauche. Le parti socialiste français a choisi la voie de l’aveuglement malgré les multiples alertes. Il en a pris à ses dépends comme tous les grands partis dont les acteurs baronisés veulent brimer gratuitement leurs propres militants et sympathisants. Il faut terminer par dire que le clientélisme ne devrait prospérer que dans le parti unique. Et en Côte d’Ivoire, le parti unique a disparu depuis le 30 avril 1990.

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Publié par La Rédaction

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