Après le retour de Gbagbo, Bamba Massani « Il n’y aura pas de renouvellement générationnel mécanique au Fpi » (interview)

L’ancienne députée de Port-Bouët Bamba Massani pilote l’initiative pour des élections apaisées, une idée lancée courant 2020 par l’ancien prisonnier de La Haye. Elle visait une élection sans violence. Bamba Massani livre ici un bilan d’étape, dégage des perspectives et décline sa vision du Fpi nouveau avec le retour de Gbagbo au bercail

Pendant 10 ans le Fpi et toutes les organisations pro-Gbagbo ont réclamé la libération de Laurent Gbagbo. 10 ans après voici Laurent Gbagbo parmi nous, acquitté de toutes les charges. Quel commentaire cela vous inspire ?
Le retour définitif du Président Laurent Gbagbo sur la terre de ses ancêtres ne peut que me réjouir et me procurer une grande satisfaction. Je vous avoue que j’ai été très meurtrie dans ma chair pendant son absence au pays. Car j’ai trouvé très injuste cette incarcération. Je pense aussi que ce retour est un grand soulagement pour notre parti, les organisations pro Gbagbo, et toutes les personnes anonymes qui aiment Laurent Gbagbo, qui ont souffert dans le silence tout en priant pour lui.

Laurent Gbagbo acquitté, Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, quelle va être pour vous la suite, vous à qui il avait confié une mission particulière d’apaisement dans le cadre des élections de 2020 ?

Comme vous le dites, nous avons eu l’honneur d’être désignée en juin 2020 par le chef pour parler d’élections apaisées. Cela n’a pas été facile pour nous. Car la violence était déjà latente au regard du contexte du moment. A peine, avons-nous entamé nos premières actions qu’elle éclata à travers le pays à partir d’août 2020. Naturellement, notre mouvement compte désormais parmi les ONG qui œuvreront pour la pacification des cœurs afin que les Ivoiriens retrouvent la cohésion sociale tant recherchée. La fracture du tissu social est profonde avec les clivages ethniques et religieux créés à dessein pour assouvir des intérêts politiques égoïstes et partisans.
A propos de cette initiative pour des élections apaisées qui vous a emmenée sur le terrain à la rencontre des couches sociales, peut-on oser un petit bilan d’étape ?


Après notre nomination, il fallait procéder au choix des personnalités qui vont nous accompagner dans cette tâche, définir les termes de référence de la mission, définir un plan opérationnel qui nous a permis trois types d’actions : d’abord le lancement de la mission, qui a eu lieu le 30 juin 2020 au Palm club en présence de la presse nationale et internationale, puis des rencontres publiques et des visites ciblées. Les rencontres publiques avec des groupes religieux, des mouvements de jeunesse patriotiques, des mouvements de femmes de la société civile, des associations de chefs traditionnels et coutumiers, les organisations de jeunesse de partis politiques, une interview à la radio de la paix (ex Onuci-Fm), des Visites ciblées à des responsables politiques, religieux, (catholique, musulman, évangélique). Il faut signaler que certaines de nos demandes d’audience à des institutions n’ont pas eu de retour, malheureusement. Je profite de cette occasion pour dire merci aux couches sociales qui nous ont reçus, sans oublier toute l’équipe de travail (comité de pilotage, comité scientifique et la cellule de communication aussi, les personnes volontaires qui nous ont apporté leur soutien)

Comment analysez-vous les premiers pas et les premiers mots de Laurent Gbagbo en terre ivoirienne ?

Ce que je retiens des premiers mots du chef, le président Laurent Gbagbo, c’est sa volonté affichée de se mettre à la disposition du Secrétaire Général du parti, Dr Assoa Adou. Cette disposition de sa part présage qu’il s’inscrit et compte prendre sa place dans le processus de combat que nous menons depuis qu’il est hors du pays. Il est la pierre angulaire. À ce titre, il apportera une grande bouffée d’oxygène pour la suite qui est la démocratisation de la vie politique totalement désagrégée. Je retiens aussi, cette phrase prononcée par Laurent Gbagbo et lourde de sens : « avant ma déportation, je me croyais ivoirien, après mon passage à la Cpi, je me crois africain ».

De votre point de vue, quels devraient les défis à relever par votre parti le Fpi avec le retour de Laurent Gbagbo ?

Les défis à relever sont le renforcement des capacités des militants pour une véritable cohésion et une redynamisation des structures du parti.

Que pensez-vous d’un renouvellement générationnel autrement dit comment voyez-vous cette redynamisation du Fpi dont vous parlez ?

Pour ce qui est d’un renouvellement générationnel, le parti appréciera de l’opportunité et cela de manière démocratique. Ça ne se fera pas de façon mécanique. C’est-à-dire, remercier tous les anciens et les remplacer par les jeunes. Sinon, parlant de la redynamisation, le parti a besoin de personnes loyales, convaincues compétentes et disponibles pour la lutte, qu’elles soient jeunes ou âgées.

Récemment l’opinion a été émue par le communiqué de l’avocat de Laurent Gbagbo réclamant le divorce à sa compagne Simone. Vous évoquerez sûrement une affaire strictement privée mais n’empêche qu’elle est dans le domaine public. Ne prenez-vous pas que cette affaire sera contre-productive pour le Fpi qui veut se relancer ? Autrement le timing est-il convenable à votre avis ?

Tout à fait. C’est une affaire strictement privée.
SD

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Publié par La Rédaction

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