Quand la question de la vie chère anime tous les débats en Côte-d’Ivoire (Tribune de Gaël Lakpa, écrivain)

Aujourd’hui la question de la vie chère anime tous les débats. Je vois qu’une vidéo de Mamadou Koulibaly est devenue virale sur les réseaux sociaux et tout le monde est fier et se l’arracher, au point même d’hisser son auteur au rang de prophète. Cette vidéo se situe en 2016.

Malheureusement, à cette époque, en 2016 lorsque lui (MK) tenait ce discours à Koumassi (si je me trompe pas), nous autres, membres de l’opposition avec les plateformes Coalition du Non et le front du refus étions à Port Bouet pour expliquer la même chose.

C’était plusieurs délégations qui avaient investi le tout Abidjan et le reste du pays pour expliquer les choses aux ivoiriens pour qu’ils comprennent et s’opposent à cette nouvelle constitution qui allait ouvrir la porte aux interprétations pour le 3eme mandats mais aussi la Vice Présidence, Le Sénat, la chambre des rois et chefs traditionnels (le problème est a un autre niveau) au détriment de leurs propres intérêts.

Peut-on aujourd’hui se souvenir de combien d’ivoiriens c’étaient intéressés à cette question fondamentale ? Combien on écouté ? Lorsque nous parlons, beaucoup disent qu’ils ne font pas la politique. Mais tout n’est pas que politique ! Les politiques se saisissent de certaines questions sociales tout simplement parce que notre société civile n’est pas forte.

D’autres ivoiriens, s’ils n’en riaient pas demandaient de l’argent pour voter NON au cas où il y avait vote. L’argent rapide et pressé c’est tout ce qui intéresse l’ivoirien nouveau. Alors le RHDP leur en donne en temps voulu et ils se taisent. Aujourd’hui, 5 ans après M. Koulibaly est vu comme un prophète alors qu’il n’a rien fait d’extraordinaire, à part son boulot d’opposant qui doit éclairer le peuple.

Il a juste expliqué les répercussions économiques de cette nouvelle constitution, en dehors des aspects politiques, juridiques, exécutifs et sociaux. Et beaucoup ne l’ont pas écouté. À Présent, il est tellement dépité après le 3eme mandat qu’il est désormais silencieux.

Les manifestants contre la nouvelle constitution ont été gazées au Plateau parce qu’ils voulaient se faire entendre sur le mode illégal et les insuffisances de l’environnement même de changement de la constitution. C’était un projet inique qui allait nous pousser vers le 3eme mandat, encore des morts et tout ce que nous vivons aujourd’hui. De mémoire fraîche, l’ont se souvient encore de cette image du même Mamadou Koulibaly brutalisé et jeté dans un cargo de police. Les gens en avaient encore rigolé.


Le vin est à présent tiré, nous le buvons tous, Neutres comme partisans, RHDP comme opposants. Chaque peuple mérite ses gouvernants. Cette citation à tout son sens en Côte d’Ivoire. Quel est donc ce peuple amorphe dont rien n’intéresse, à part les buzz inutiles sur les réseaux sociaux et la bière à flot ? C’est triste mais c’est notre temps et notre réalité.

Allez visiter l’annexe fiscale votée l’année dernière et vous aurez quelques réponses sur la cherté de la vie. Cette même annexe fiscale avait aussi été dénoncée par des opposants et des intellectuels. Mais ça c’est un autre niveau. Tout grimpe, tout augmente. Il n’y a pas que dans l’alimentaire. Tous les secteurs sont touchés. Parce que le pays est hyper endetté. En 2011, lorsque le RHDP prenait le pouvoir avec le PPTE nous étions à environ 2000 milliards de dette. Aujourd’hui nous en sommes à 17000 milliards.

On parle d’une politique économique saine ? On parle ainsi d’une bonne politique économique tournée vers le bien être des populations ? L’argent est là mais les ivoiriens n’en ont pas, ils n’en connaissent pas la couleur. La balance est déséquilibrée. Les multinationales s’en mettent plein les poches avec certains membres du gouvernement et DG proches du pouvoir, en témoignent les récents limogeages des DG du FER, AGEF, ARTCI etc.

L’extérieur ne veut plus prêter, ou le fait difficilement, alors il faut puiser dans les poches à l’intérieur du pays. L’intérieur c’est le citoyens lambda, artisans, enseignants, policiers, chômeurs, journalistes… L’impact se fait maintenant sentir directement sur tous sans gilet ni système d’amortissement.

L’opposition ? On en parle ? Elle ne développe plus tellement, tout ça parce qu’il faut bien chercher à survivre et préserver sa vie. La désobéissance civile a laissé des traces à tous les niveaux. En ce 3eme mandat, rien n’est plus sûr. Alors on parle tous de réconciliation. On ira tous se réconcilier avec nous même et avec nos adversaires d’hier. Peut-être qu’à ce prix, tous les ivoiriens pourront enfin manger et boire à leur faim.

Dieu nous garde.

Ahouman Gaël Lakpa,
Auteur-Écrivain :
Poète, Romancier et Dramaturge,
Communication Politique,
Analyste sociopolitique.

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Publié par La Rédaction

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