Culture/ »Pourquoi je refuse d’appeler mes enfants, métis », deux mamans racontent

« Pourquoi j’appelle [ou refuse d’appeler] mes enfants, métis », deux mères racontent

Geneviève Sagno / BBC Afrique

« J’ai décidé de porter mon afro quand j’ai eu ma première fille pour qu’elle puisse s’identifier à moi » »

Babeth et Lindsay partagent, chacune à leur manière, leur expérience de maman d’enfants avec deux cultures et évoquent les questions qu’elles se sont posées en abordant le cheminement identitaire de leurs enfants.

L’enfant issu d’un couple mixte se construit dans un environnement multiple comprenant deux identités culturelles distinctes, et même plus dans certains cas.

Les divergences ne sont pas toujours physiques mais peuvent impliquer parfois des considérations d’ordre religieux, linguistique, politique ou sociétale.

Autrement dit, une vision du monde différente.

Avant même la naissance de leurs premiers enfants, Babeth et Lindsay se sont interrogées sur ce qu’elles pourraient transmettre à leurs filles, de quoi elles seront porteuses plus tard. Que va-t-on transmettre ? Comment va-t-on s’y prendre ? Quelles seront les problématiques à gérer ? (Différence physique, racisme, l’acceptation de soi, identification, regard des autres…).

Babeth, infirmière libérale et bloggeuse et William, son mari, ont deux filles Ceryse, 12 ans, et Salomé, 7 ans.

Babeth et William sont tous deux Français. Née de parents Congolais en région parisienne, en France, Babeth est aussi une femme aux multiples cultures et aux multiples visages qui refuse d’être enfermée dans une case qui ne lui correspond pas ou qu’elle juge trop petite et limitante.

« Il faut se libérer du poids du regard de l’autre, du poids culturel. Il est important de se rebeller », dit-elle.

A travers son blog NotJustMom – Etre Maman comme on l’entend et sa page Instagram NotJustMom, elle souhaite « contribuer au changement de l’image souvent erronée que beaucoup se font des femmes issues de la diversité ».

Depuis, Babeth organise régulièrement des cercles de sororité ‘Bonjour Madame’, des ateliers autour des freins personnels et professionnels pour accompagner les femmes qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat.

« Ce n’est pas parce que nous sommes des femmes noires que nous sommes toutes les mêmes. Nous avons des passions différentes, des ambitions différentes, peut-être des manières différentes de mener nos carrières professionnelles, d’élever nos enfants ».

Babeth considère que les bases d’une éducation saine doivent être posées rapidement et concrètement en évitant les termes ‘fourre-tout’ tels que ‘métis’.

« Pour moi, ce sont des petites filles noires »

« Déjà enceinte, j’avais commencé à réfléchir inconsciemment à ces questions-là.

C’est important qu’un parent accompagne le cheminement identitaire de son enfant d’autant plus quand il y a la mixité.

Pour moi le métissage est culturel avant tout. Je trouve que le terme ‘métis’ est impersonnel. Ça veut tout dire et rien dire. On a l’impression que c’est pour éviter le mot qui dérange : Noir. Donc du coup, moi je mets les deux pieds dans le plat et de toute manière, nous sommes les parents de nos enfants et on les élève comme on a envie de les élever et de les nommer. D’autant plus que mes filles se définissent comme tel, elles l’ont bien assimilé, elles le comprennent comme ça et elles en sont contentes.

Je n’avais pas envie qu’elles se sentent plus Blanches que Noires mais qu’elles s’acceptent telles qu’elles sont. Et le fait qu’elles s’identifient comme des petites filles de couleur noire d’origine franco-congolaise, c’est ultra-important.


« On est une force, que ce soit lui ou moi »
Mon mari et moi, on a pas mal discuté. Sur certains sujets, on n’était pas d’accord mais sur d’autres on l’était. Aujourd’hui, face aux enfants, on tient un discours commun qui fait que face aux enfants on est une force et que ce soit lui ou moi, nous tenons le même discours.

C’est en expliquant, en regardant des reportages ensemble, en lisant des bouquins ensemble qu’il a compris que je ne cherche aucunement à rejeter le côté blanc. C’est juste que dehors, les gens ne perçoivent pas nos enfants comme étant des enfants blancs mais plutôt comme des petites filles noires à la peau très claire.

« Nos filles sont armées »

Aujourd’hui, nos filles sont éduquées sur le sujet, on leur parle. Nos filles savent qui elles sont. Elles sont armées un minimum pour savoir répondre aux personnes qui un jour leur feront des réflexions concernant leur couleur de peau ou leurs cheveux.

@Babeth
Ce n’est pas parce que nous sommes des femmes noires que nous sommes toutes les mêmes. Nous avons des passions, des ambitions, des manières différentes d’élever nos enfants.

Maman de deux filles
On leur met des bouquins dans les mains, c’est ultra important. Elles savent qu’elles peuvent parler avec leurs parents et que l’art leur permet d’avoir une ouverture d’autant plus grande par rapport à ça.

Il est important qu’elles considèrent leur couleur de peau comme un atout et pas comme une faiblesse.

« La beauté n’est pas définie par le cheveu »

Nos filles « sont armées un minimum pour savoir répondre aux personnes qui un jour leur feront des réflexions concernant leur couleur de peau ou leurs cheveux ».

J’ai décidé de porter mon afro quand j’ai eu ma première fille pour qu’elle puisse s’identifier à moi. C’est pour ça que je porte mon afro comme je le porte aujourd’hui.

Les gens avaient l’habitude de faire ces réflexions devant mes deux enfants et ma première a commencé à rejeter son cheveu.

La première a le cheveu type afro alors que ma deuxième a le cheveu caucasien et son métissage est plus doré. On nous disait presque qu’elle allait faire malheur parce qu’elle a les cheveux raides. Et cela avait le don de m’agacer parce que la beauté n’est pas définie par le cheveu, le cheveu caucasien n’est pas plus beau que le cheveu afro de mon autre fille.

Qu’il s’agisse de personnes blanches ou noires, ceux qui tiennent ce genre de discours n’ont jamais accepté leur cheveu et ont toujours un complexe par rapport à cela.

Je l’ai rééduquée à aimer son cheveu.

Je lui ai dit ‘regarde maman avec mon afro, tu penses que maman est moche ? Non, je te trouve super, m’a-t-elle dit. Alors les gens, ce qu’ils pensent, on s’en fiche. Et lorsque ma fille me disait ‘Mais tout le monde me regarde’, je lui répondais : ‘Les gens te regardent parce que tu es belle, parce qu’ils n’auraient pas eu l’audace, eux, de le faire’.

Et aujourd’hui, du haut de ses 12 ans, ses cheveux c’est sa couronne ! Elle est fière de ses cheveux. D’ailleurs chacune aime son cheveu, la petite aime beaucoup le cheveu afro de sa sœur !

Nous sommes celles que nous sommes pour les enfants que nous avons ».

L’expérience de Lindsay : il est important de mettre un mot sur le métissage

(la suite de l’article sur BBC Afrique)

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Publié par La Rédaction

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