GUINÉE et MALI: Les Forces spéciales sont-elles dans un rôle nouveau ? (par Namidja Touré)

Guinée, Mali, à qui le tour ? S’interroge-t-on dans l’opinion populaire africaine et même dans certaines élites. Engagées en première ligne dans la lutte contre le terrorisme, les Forces Spéciales semblent dévoyer de leur rôle initial en prenant le pouvoir politique.

Les Forces Spéciales en à peine une décennie d’existence ont fait parler d’elles dans un rôle nouveau. Un rôle bien longtemps collé aux armées africaines; armées à double-vitesse.

Pour juguler la menace sécuritaire mondiale (terrorisme), les Etats se sont dotés d’unités spéciales regroupées sous l’appellation de Groupements des Forces Spéciales.

Avec l’intrusion des groupes armés terroristes dans la partie subsaharienne du continent africain, il y a eu une émergence des Forces Spéciales au sein des armées de cette partie du continent- Côte d’Ivoire-Burkina Faso-Mali-Niger-Ghana et Guinée. Elles voient le jour à côté des unités anti-terroristes qui sont dans l’ensemble du même registre que les unités d’élites déjà existantes.

En raison du caractère important et de l’aspect vital que représente la menace terroriste pour les Etats, de gros investissements financiers sont engloutis dans ces unités engagées en première ligne dans la lutte contre le terrorisme. Les Forces Spéciales bénéficient ainsi donc entrainements réguliers avec l’appui de partenaires extérieurs et sont équipées avec du matériel de pointe. Par conséquent, les budgets des pays alloués à elles sont colossaux.

Le terrorisme a contraint les gouvernements à investir pour la protection de leurs Etats et par la même (involontairement) à propulser en avant les Forces Spéciales.

Une nouvelle façon de faire contrairement au passé où les Chefs d’Etats étaient opposés à la grande montée en puissance des unités en évitant le surarmement au profit d’unités présidentielles ou de milices acquises à leur solde et en charge de leur sécurité.


Les Forces Spéciales dont la mission contextuelle est de lutter contre le terrorisme s’octroient de plus en plus un rôle nouveau. En s’immisçant dans la vie politique pour diverses raisons, soit pour voiler leurs frustrations nées des échecs non-imputables dans la guerre contre le terrorisme (en parlant du Mali), soit en raison de leur trop grande suprématie comme c’est le cas en ce moment en Guinée.

En effet, le nouvel homme fort du pays, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya qui est un ex-légionnaire français a une grande expérience dans le domaine. C’est fort de cette expérience qu’il a été sollicité par celui qu’il a évincé du pouvoir afin d’en faire bénéficier le pays. Seulement, le transfuge a fini par développer un sentiment de supériorité (quoique justifié) aux autres. Cette grande popularité dont il jouissait au sein des populations s’est finalement heurtée à la prudence d’Alpha Condé créant un grand sentiment de frustration chez l’ex-légionnaire. Le moins que l’on puisse dire c’est que finalement le lieutenant-colonel Doumbouya (sorti caporal de l’armée française) était l’incarnation même des Forces Spéciales. Sa forte personnalité avait été malheureusement substituée à la puissance de cette unité la rendant dépendante à son égard alors qu’il était lui-même placé sous l’autorité du chef d’état-major.

Avec les exemples du Mali et de la Guinée, il est un peu prématuré de désespérer des Forces Spéciales quand on sait qu’elles donnent satisfaction dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Niger.

Toutefois, il faut tirer sur la sonnette d’alarme afin d’interpeller les acteurs de la chaîne des Forces Spéciales sur le rôle qu’elles doivent jouer dans l’environnement sécuritaire de leurs pays et pas plus au risque de ‘’tuer’’ l’esprit du dernier rempart.

Namidja Touré
Spécialiste des questions militaires

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Publié par La Rédaction

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