Dans un bus «fantôme» de la SOTRA à Bouaké (reportage)

Koffi Koffi Lebanco.net

Propulsés par une grande cérémonie, le 24 septembre 2021, en présence du Premier Ministre ivoirien, Patrick Achi, les autobus de la Société de transport abidjanais (SOTRA) ont du mal à décoller. Plus de trois semaines après, le constat sur le terrain suscite des interrogations : tels des bus fantômes, les mastodontes de la SOTRA roulent presque vides. Pour le moment. Notre correspondant régional a pris place dans l’un de ces véhicules.

Il est 11h 5 et nous sommes à l’arrêt du bus N° 305, au quartier Kennedy. En fait, c’est l’un des terminus de ce bus, en provenance du quartier Zone. A la montée, nous sommes le seul client du mastodonte. Le ticket coûte 200 francs CFA. Au prochain arrêt, à peu près deux kilomètres, un nouveau passager prend place. La conversation s’engage entre nous. Mon nouveau voisin est militaire et affirme emprunter régulièrement le bus. Selon lui, ce moyen de transport est plus économique et plus sûr. « Pourquoi prendre un risque inutile avec les motos-taxis ? Avec le bus, ma sécurité est garantie », affirme, heureux, le militaire. Un peu plus loin, trois élèves prennent place. Deux sont en possession de leur carte quand le troisième paie son ticket avec le chauffeur. « On m’a dit que ma carte n’est pas encore disponible », révèle l’élève.

La culture de la moto

Nous nous expliquons difficilement le comportement des populations de Bouaké qui préfèrent toujours se déplacer sur les deux roues, avec tout ce que cela comporte comme risque, plutôt que les autobus qui offrent pourtant plus de conforts. Notre conducteur, qui n’a pas souhaité révéler son nom, donne néanmoins sa part d’explications. Selon lui, les matins, il y a assez de clients, pour la plupart des élèves. Venu d’Abidjan, au nombre de 81 machinistes sélectionnés, il croit, comme ses collègues, que les jours ou les mois à venir, seront meilleurs. « Les populations doivent comprendre que la SOTRA est là pour eux. Ce décollage lent ne nous fait pas peur », rassure-t-il. Et d’ajouter que la culture de la moto ne peut pas disparaître du jour au lendemain. « Avec le temps, les populations comprendront que les bus sont un moyen de déplacement sûr, économique et garanti pour tout le monde », convainct-il, l’air confiant.

Moto contre bus : temps d’attente et arrêts inhabituels


Plusieurs personnes interrogées, reconnaissent que le bus est certes confortable et économique mais déplorent les temps d’attente. « Nous sommes habitués aux motos-taxis qui nous déposent jusque devant nos portes. Pour le bus, il faut d’abord aller à l’arrêt, attendre le bus avant de partir. Sans compter les nombreux arrêts qu’observent ces véhicules », se plaignent certains usagers.

Bonne attitude

A mi-parcours, notre bus enregistre encore quelques passagers, des élèves qui ont fini les cours de la journée. Nous sommes à présent sept passagers en tout. Devant le Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Bouaké, le chauffeur marque un arrêt sur la voie et laisse passer malades et parents de malades. Le machiniste commenté spontanément cette bonne attitude du machiniste. « C’est comme ça que nous avons été formés. Il faut respecter l’être humain », déclare-t-il. L’homme à peut-être raison. Ce comportement, très apprécié des usagers de la route, n’est pas chose courante à Bouaké où injures, insolences et violence sont les quotidiens des conducteurs de taxis, motos-taxis et gbaka à l’endroit des populations.

Les deux roues ont encore le sourire

Avant d’atteindre le terminus de notre bus, le machiniste nous informe que les policiers de la SOTRA et les contrôleurs ne sont pas loin. Nous voilà donc au terminus. Pour une distance de plus de 10 km, 200 francs seulement le trajet. Notre bus a eu en tout et pour tout sept clients et il était 11 h 47 mmn Quel désastre ! « Ils comprendront, tôt ou tard », se convainc le militaire qui était dans notre bus.

A cette gare terminus de la Zone, la réaction de l’un des rares clients, qui s’apprêtait à monter à bord, alors que nous descendions, lui donne raison. « Dites-moi, Monsieur, où prend-on le ticket pour monter ? », nous a-t-il interrogé. Et l’air heureux, il ajoute : « La modernité frappe enfin à notre porte ! Dans un an, il y aura plus de bus à Bouaké », souhaite le trentenaire.

Pour le retour, nous empruntons une moto-taxi. Le conducteur est heureux d’aborder le sujet avec nous. Avec un sourire au coin des lèvres, il exhultr : « Voilà que leurs bus n’ont pas de clients. Nous, on est toujours là. Ils ne peuvent pas nous faire tomber », se réjouit cette relique du temps bientôt révolu du tout moto. Sur les routes de Bouaké, les bus de la Sotra continueront de faire leur chemin.

Koffi Koffi

Correspondant régional

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Publié par La Rédaction

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