Korhogo, Ferké, Boundiali – Quand le phénomène des enfants mendiants s’érige en mode de vie en Côte-d’Ivoire

Le grand Nord de la Côte d’ivoire amorce un changement. Aujourd’hui le visiteur peut s’émerveiller des voies triomphales qui traversent les villes, les rues de plus en plus bitumées, l’éclairage public plus étincelant qu’il ne l’a jamais été. On peut l’affirmer Katiola, Tafiré, Ferké, Korhogo et même Boundiali sont devenus de jolies villes qui n’ont plus rien à envier à Abidjan et Yamoussoukro. C’est une réalité palpable avec des infrastructures routières mais surtout des édifices publics, des villas de particuliers qui sortent de terre chaque jour.

Mais derrière cette embellie physique, l’embellie sociale a du mal à suivre la cadence. Le chômage sévit et Abidjan reste l’Eldorado pour nombre de jeunes. Abidjan a connu ses problèmes post-guerre comme celui des gangs à la machette connus sous le nom de microbes. Le Nord ivoirien y a été aussi confronté mais à un degré moindre. Au nord, ce sont plutôt des hordes d’enfants âgés de 5 à 10 ans qui sont visibles. Ils pullulent dans les gares routières, assaillent les passagers leur chantant des bénédictions soit pour la suite du voyage soit pour souhaiter la bienvenue. Cela, bien sûr dans l’espoir de capter quelques piécettes. Ces enfants sont reconnaissables à leurs haillons qu’ils portent. Ils sont non-violents mais tous en conflit avec le bain du corps et l’hygiène. On les retrouve à la gare. Ils sont également devant les restaurants et autres lieux de consommation, boîtes en main ou en bandoulière à l’affût des restes de clients moins affamés ou qui sont pris de compassion à leur égard.
Donnez tout votre plat, videz votre porte-monnaie et donnez leur tous vos jetons. Ils ne s’en iront pas, attendant le dernier client et la dernière heure.


Qui sont-ils ? A cette question, c’est une jeune vendeuse de jus de fruits qui nous répond : « Ce sont des enfants peulhs et la mendicité fait partie de leur tradition. Ils ne sont pas orphelins, certains ont des parents pas vraiment pauvres mais c’est comme cela chez eux ». Certains gérants de kiosque qui se gênent de leur présence car indisposant les clients les refoulent souvent s’ils ne les prennent en chasse.

Eux, ils ne se gênent pas, ils ne se lassent pas. Pour peu qu’il y ait encore quelques âmes généreuses, ils existeront toujours, ils vivront de l’aumône et des restes de nourriture. Et bien malin qui mettra fin à ce phénomène du Nord ivoirien.

SD de retour de Ferké
sdebailly@yahoo.fr

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