Mobile money « la guerre des prix ne doit pas occulter les vrais enjeux » (interview, Goh Singo Robert,Lion’s Club)

Goh Singo Robert, expert en communication des organisations avec 17 ans passés dans le secteur des télécommunications est également passionné de service communautaire. Dans cette interview, l’homme qui a dirigé le Lion’s Club International Abidjan Océan (2020-2021) se prononce sur la guerre du mobile money qui fait rage dans la sous-région ouest africaine, surtout à Dakar et à Abidjan. Il dévoile au passage quelques secrets du club service, le Lion’s Club International que certains ont du mal à cerner.

M. Singo vous allez nous présenter tout d’abord le Lion’s Club International dont vous avez été le président. C’est quoi cette organisation ?

Merci pour l’opportunité de partage. Le Lion’s Club International est un club service. Depuis 1917, ses membres sont ensemble pour servir. C’est une association de bénévoles engagés pour servir les communautés, surtout les plus défavorisées. Les Lions croient que même les plus grands défis peuvent être surmontés par la force de la bienveillance. Près de 1,5 million dans le monde, ils sont organisés en clubs et mobilisés pour ou contre des causes dont la malnutrition, le diabète, la vue, l’environnement et le cancer infantile.
Le lionisme est basé sur l’engagement bénévole des membres. C’est une belle école de management et de servant leadership.

Quel regard critique jetez-vous sur les évolutions du mobile money, d’abord sa percée et ensuite la concurrence dans ce segment du digital ?

Le mobile money a d’abord fait son lit sur l’incapacité des banques classiques à inclure toutes les masses populaires qui manipulent le cash au quotidien, fut-il de petits flux. Le taux de bancarisation dans la zone Uemoa est là pour nous le rappeler : 18% pour le taux strict en 2019 contre 39,7%, y compris les microfinances pour le taux élargi (données de la BCEAO). Le mobile money apparaît à ce moment comme un levier d’inclusion des populations ainsi oubliées. Le mobile money via les acteurs telecom va faire un apport de taille dans la marche de l’inclusion financière de nos populations.
Grace au fort taux de pénétration du téléphone mobile qui est un secret de polichinelle, le lancement en Côte d’Ivoire dès 2008 du mobile money va accélérer l’évolution des données d’inclusion financière. Le taux d’inclusion financière dans l’UEMOA est passé de 55,5% en 2018 à 60,1%, en 2019, toujours selon la BCEAO. En comparant les pays, c’est la Côte d’Ivoire qui affiche le taux d’inclusion le plus élevé avec 77,9%, suivi du Bénin (77,8%) et du Togo (72,3%). Ce taux est nettement flatteur que celui de la bancarisation même s’il reste encore une belle marge de progression qui représente des efforts à faire. Bien sûr qu’au bout de l’effort, il y a des milliards à engranger en récompense (rires).

Avec l’arrivée de nouveaux acteurs surtout les fintech les choses ne semblent-elles pas s’accélérer sur le marché au détriment des filiales de téléphonie cellulaire émettrices de monnaie électronique ?


La concurrence est une bonne chose. Tout le monde y gagne. Toutes les parties prenantes sans exception, contrairement à ce que l’on peut croire. L’entrée de nouveaux acteurs est bénéfique au marché et ouvre une nouvelle dynamique de marché avec de l’innovation, l’évolution des offres et plus de choix pour le client, de l’emploi, des textes règlementaires, des taxes etc. Pour le mobile money, cela va accélérer davantage l’inclusion financière tant recherchée par tous. Et l’inclusion financière, tout le monde y gagne. Aujourd’hui, la promotion de l’inclusion financière est de plus en plus un axe majeur des politiques économiques en Afrique afin de réduire la pauvreté. Ainsi, il s’agit de généraliser l’accès aux services financiers de qualité, à des coûts abordables et en toute simplicité. Le mobile money, levier stratégique de cette inclusion en Afrique de l’ouest avec ses 198 millions de comptes mobile money, ne saurait se mettre en marge de cette dynamique, même les acteurs majeurs. Ne l’oublions pas, en 2020, le Mobile money dans le monde c’était 495 milliards de dollars pour l’ensemble des transactions dans le monde dont 178 milliards pour l’Afrique de l’ouest. Convertissons en CFA et nous comprendrons encore plus cette guerre. L’Afrique dans sa partie subsaharienne reste la terre de la manipulation du cash. C’est ce qu’il faut corriger par la digitalisation des moyens de paiement de bout en bout. Cela va résoudre le problème de la petite monnaie dans les commerces, assurer la traçabilité des flux financiers, lutter contre divers trafics, lutter contre le blanchiment d’argent, faciliter la prospective pour nos États et simplifier la vie de nos concitoyens…
Cependant, la guerre des prix ne doit pas occulter les vrais enjeux. Les acteurs en présence ne doivent pas tuer la poule aux œufs d’or pour leurs besoins immédiats ou à court terme. Que ce soit du point de vue entreprise émettrice (filiales telecoms) ou distributrice de monnaie électronique avec les fintechs ou du point de vue consom’acteur, le marché doit vivre et même croître pour la pérennité des outils de production, les revenus de l’Etat via les impôts et taxes diverses, les emplois directs et indirects, la qualité de service, la satisfaction client, l’expérience client. Etc. Le consommateur devenu consom’acteur doit jouer son rôle d’arbitre avec équité.

Comment le client peut-il être arbitre là où son portefeuille est désormais moins sollicité ?

Le client est désormais le seul maître à bord. Il doit cependant exercer sa toute-puissance par un jeu d’arbitrage sain. Tout n’est pas que prix. D’où le concept de l’éthique consom’acteur. Des critères objectifs peuvent guider cet arbitrage dont l’ancrage territorial des acteurs en présence, leur engagement social et sociétal, leur implication dans le développement du pays et le bien-être des populations, la richesse de l’offre par la diversité de l’univers proposé, la démarche de l’inclusion financière doublée de l’inclusion numérique, le rapport qualité prix etc.

Aussi, afin que la concurrence s’exprime pour tous et en toute transparence, rapidement un cadre de régulation qui englobe tous les acteurs doit-il être pensé pour tenir compte des évolutions.

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Publié par La Rédaction

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