Gestion des affaires publiques / L’IGE met à nu les dysfonctionnements de l’administration en Côte-d’Ivoire

. Des véhicules roulent avec une visite technique frauduleuse

. Des gens occupent des postes dont ils n’ont pas le diplôme

. Des ministres refusent les recommandations de l’Ige…

L’inspecteur général d’état a enfin présenté son rapport comme le veut la loi en vigueur. Après maints reports dûs à la Covid et à d’autres aléas, Ahoua N’Doli a remis un document fort salé pour l’administration ivoirienne, à Alassane Ouattara. C’était le 26 novembre à la présidence de la République, en présence de plusieurs ministres. Ce rapport de l’Ige est un condensé des rapports de 2018, 2019 et 2020.
Il relève plusieurs dysfonctionnements de l’administration ivoirienne qui vont des conflits de compétence à la réticence de certains hauts fonctionnaires à prendre en compte les recommandations qui leur sont faites.
Ci-après de larges extraits du discours de l’Inspecteur général d’Etat qui ne va pas plaire à certains au sommet de la hiérarchie :

« Les missions réalisées au cours de la période de 2018 à 2020 ont permis de faire plusieurs constats assortis de recommandations. Je voudrais ici m’autoriser à insister sur quelques dysfonctionnements notables enregistrés.

Au nombre des constats, nous pouvons notamment relever, tout d’abord, la situation de nombreux cadres occupant des postes de Directeurs et de chefs de service sans acte de nomination régulier.

De même, il est apparu que des membres de Conseils d’Administration ou des Conseils de Gestion ont largement dépassé les termes de leurs mandats sans être renouvelés ou remplacés. En plus certains Conseils ne se réunissent pas ou se réunissent moins de fois qu’il est prévu par les textes. Quand ils le font, bien souvent, ils ne respectent pas la périodicité des réunions.

Par ailleurs, quelque fois, les compétences professionnelles et les diplômes du personnel des structures inspectées ou auditées sont en déphasage avec les missions desdites structures. Bien souvent, en effet, il y a plus de personnel administratif que de spécialistes des domaines gérés par ces sociétés ou ces EPN.

 Excellence Monsieur le Président de la République,

Nos missions d’enquêtes, d’inspections et d’audit ont permis de relever que certaines structures inspectées n’ont pas les moyens humains et surtout financiers nécessaires pour mener à bien leurs activités.

 Excellence,

Il est également ressorti que l’informatisation du circuit de délivrance des documents d’urbanisme et de construction, devient une impérieuse nécessité, voire incontournable.

Un autre dysfonctionnement important qu’il convient de relever concerne les fraudes aux procédures du contrôle technique des véhicules automobiles. En effet, près de la moitié des véhicules du parc roulant inspectés sur la période de référence ne se soumettent pas à la visite technique.

Certains véhicules dudit parc qui s’y soumettent obtiennent leur certificat par le biais de circuits frauduleux.

Enfin, les missions ont permis de relever dans les structures auditées, des conflits de compétences et des juxtapositions de postes, faute de document de description de postes et de profil.

 Excellence Monsieur le Président de la République,

Les structures de contrôle de l’ordre administratif, c’est-à-dire l’IGE, l’IGF et les IGM sont confrontées à diverses difficultés dont nous citerons ici quelques-unes, à savoir :

 L’insuffisance de personnel qualifié pour l’exercice des nouveaux métiers, notamment l’audit basé sur les risques et l’évaluation des politiques et programmes publics ;

 L’insuffisance des dotations financières pour la réalisation des missions ;

 l’insuffisance du cadre organisationnel approprié pour favoriser des vocations pour les fonctions d’Inspecteurs, d’auditeurs et de contrôleurs internes.

Une autre difficulté non moins essentielle réside dans l’indolence observée par certains ministères et structures parapubliques dans la mise en œuvre des recommandations issues des inspections et des audits effectués. »

Ce rapport intervient en pleine opération mains propres lancée par le président de la République pour voir clair dans la gestion de 42 sociétés d’état au moins. Le rapport de l’Ige vient donc enfoncer une porte déjà ouverte et dépeint à son tour l’état de déliquescence de notre administration publique gangrenée par la corruption et les passe-droits divers.

SD à Abidjan
sdebailly@yahoo.fr

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