« Les contradictions et incohérences de Tidjane Thiam » (opinion)

Tidjane Thiam a accordé une interview le samedi 04 Décembre dernier à RFI. S’il est encore resté vague sur ses intentions politiques en Côte d’Ivoire, il s’est en revanche prononcé clairement sur des questions de l’heure. Et ses réponses appellent quelques commentaires, lorsqu’on les met en perspective avec la situation économique ivoirienne.

Interrogé sur son absence en Côte d’ivoire depuis 1999, Thiam répond ceci : « Les coups d’État ne sont pas une bonne chose…Une des raisons pour lesquelles je me suis retiré de la politique en Côte d’Ivoire, c’est que je voyais arriver des acteurs qui considèrent que la violence est un moyen d’action politique légitime » et de poursuivre « Je ne tolère pas la violence. C’est moralement condamnable et cela ne marche pas. C’est mon combat ».

La réponse paraît juste, et on peut s’en féliciter. Seulement , en acceptant de devenir le PCA de la Rwanda Finance Limited, Thiam a accepté de travailler avec le Président Kagamé, dont les méthodes violentes et impitoyables sont connues de tous. L’homme n’est pas parvenu au pouvoir par des moyens pacifiques et démocratiques. En outre, il a déclenché deux guerres en RDC qui ont fait des dizaines de milliers de morts. Le Rwanda dispute à l’Erythrée la place de la dictature la plus dure d’Afrique. Tous les opposants en exil ont pour la plupart été éliminés. Paul Kagamé a ordonné en 2018 la fermeture de quelque 7 000 Eglises (et une centaine de mosquées) car elles « n’apportaient rien au pays » selon son analyse. S’associer avec un tel homme, et prétendre « ne pas supporter la violence » reste difficile à comprendre.

Sur le thème de la dette, Thiam déclare entre autres ceci « la dette ce n’est ni bon ni mauvais, cela dépend de ce qu’on en fait. S’endetter pour consommer c’est mauvais, s’endetter pour investir c’est bon ». Il poursuit « j’ai conclu le bouclage financier du pont Riviera-Marcory avec 15 milliards FCFA que j’ai empruntés au Fond de Prévoyance Militaire dirigé en ce moment par le Général Coulibaly ».

On y voit ici une critique de la stratégie d’endettement du pays. Thiam semble dire qu’on peut conduire des grands projets d’infrastructures sans recourir à l’endettement extérieur. Pourtant il n’est pas sûr que les quelques 1037 milliards de FCFA nécessaires pour la ligne 1 du métro d’Abidjan, auraient pu être mobilisés sur place. Il n’est pas sûr que les quelque 500 milliards de FCFA nécessaires à l ‘élargissement du canal de Vridi et la construction du second terminal à conteneurs du port d’Abidjan, auraient pu être mobilisés sur place. Il n’est pas sûr que la future autoroute Abidjan San Pedro, pourra être entreprise sur du financement local etc…..etc….

D’autre part, qu’il s’agisse d’emprunts extérieurs, ou d’emprunts sur le marché local ou sous régional, une dette reste une dette. C’est un engagement dont l’Etat doit s’acquitter dans les délais, sous peine de voir sa signature être dégradée. Cependant la dette intérieure a un effet pervers, plus l’Etat s’endette sur le marché local, moins les entreprises ont accès à du financement. Si tout le monde se met à acheter des titres de dette publique, plus rien ne va rester pour les besoins d’endettement des entreprises. Et cela pèsera négativement sur la croissance. Or Thiam, et ce n’est pas la première fois, a toujours eu des mots assez durs sur l’endettement extérieur de nos Etats. Selon son analyse, ils devraient se financer prioritairement à domicile. Son approche reste une incohérence manifeste.

« Les infrastructures c’est bien, mais la priorité devrait être accordée à l’éducation », a-t-il aussi déclaré. On peut lui rappeler que durant les trois premières décennies après l’indépendance, la part de l’éducation dans le budget de l’Etat a régulièrement augmenté pour atteindre le taux 46% dans les années 80. Pourtant ces investissements colossaux n’ont pas fait de la Côte d’Ivoire un pays développé. On peut aussi rappeler à Thiam que dans le programme des  » 12 travaux de l’éléphant d’Afrique’’, qu’il a conçu en 2016, la priorité n’était pas donnée à l’éducation. C’était un programme axé sur les infrastructures.

Si Thiam s’était « toujours intéressé à la Côte d’Ivoire » comme il n’ a cessé de la clamer durant cette interview, il aurait su que dès 2011, 115 milliards ont été décaissés en faveur de la réhabilitation des universités d’Abidjan et de Bouaké. S’en est suivi sur la période 2011-2020 la construction de trois universités : Man, San Pedro, et Bondoukou, le Lycée d’Excellence Alassane Ouattara de Grand Bassam, destiné à accueillir l’élite du pays, l’institut de la magistrature de Yamoussoukro, l’école de police de Korhogo, 30 621 classes au primaire, 80 collèges de proximité construits depuis etc…etc… Un programme de construction de lycée professionnels dans chacun des 14 districts a été adopté en Novembre dernier. Bien qu’on ne le clame pas sur tous les toits, l’éducation reste une priorité en Côte d’Ivoire.

Douglas Mountain.

Le Cercle des Réflexions Libérales.

oceanpremier4@gmail.com

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Publié par La Rédaction