La question des 3 000 docteurs chômeurs en Côte-d’Ivoire: Une épine dans le pied du gouvernement ?

Après une accalmie d’environ un mois et demi , le problème des 3 000 titulaires d’un doctorat et non recrutés par la Fonction Publique, risque de s’inviter dans l’actualité de cette fin d’année. Une marche est prévue « sur la présidence » le 22 Décembre prochain, suivie d’un sit-in et une grève de la faim « illimitée » à la Cathédrale Saint Paul du Plateau, selon une déclaration faite par leur collectif, le 11 Décembre à Yopougon. Pourtant les données de la question sont assez simples.

Il fut une période où le diplôme de Doctorat donnait droit de façon automatique à un poste d’enseignant-chercheur dans nos universités et instituts, parce qu’il y avait un déficit à ce niveau. Aujourd’hui la situation s’est inversée. Le nombre de titulaires de doctorat excède largement le nombre de postes disponibles dans l’enseignement supérieur. Conséquence, tout le monde ne peut pas être embauché dans les universités. C’est cela le problème de fond. Et c’ est simple à comprendre.

Certains diront pourquoi alors continuer de délivrer le doctorat si l’on est sûr que tous ceux qui l’obtiendront ne pourront pas enseigner ? Pourquoi ne pas limiter la délivrance de ce diplôme ? La réponse est simple. C’est l’étudiant lui-même qui décide d’aller jusqu’au doctorat. Chaque étudiant est libre de viser le diplôme qu’il veut (Licence, Maîtrise, DEA, DESS, Doctorat etc….). Ce n’est pas l’Etat qui le lui impose. En revanche, une fois le diplôme obtenu, la recherche de l’emploi vous incombe entièrement. L’Etat n’a pas vocation à trouver du travail à tout étudiant qui sort de l’université, quel que soit le diplôme obtenu. Ce n’est pas parce que vous avez obtenu le diplôme le plus élevé que l’Etat doit obligatoirement vous recruter. C’est un logiciel dépassé aujourd’hui. L’Etat recrute selon ses besoins et par des canaux bien précis.


La dernière vague de recrutement de doctorants a eu lieu en 2020, environ 279 doctorants ont été recrutés. Ces 3 000 jeunes qui manifestent aujourd’hui, doivent attendre la prochaine vague de recrutement. Mais ils peuvent aussi prospecter vers l’enseignement privé, vers les organisations internationales, les grandes entreprises privées, les EPN, ou s’installer à leur propre compte en mettant en place des activités de consultance. Divers concours de la fonction publique restent aussi possibles pour ceux qui ne sont pas encore atteint par une limite d’âge. Malheureusement aucune de ces alternatives ne les intéresse. Aujourd’hui ils exigent un décret présidentiel qui les intègre automatiquement à la Fonction Publique.

Une chose reste certaine, l’Etat ne pourra pas les embaucher en tant que titulaires de doctorat. Ils doivent sortir de cette illusion. Ce serait alimenter le sureffectif au sein de l’administration publique au moment où partout l’accent est mis sur la rationalisation des ressources. Et l’Etat enverrait aussi un dangereux signal à tous les autres diplômés de l’enseignement supérieur, qui peuvent être amenés à se constituer en collectif pour exiger aussi ( par la rue ) leur recrutement à la fonction publique. Soulignons une autre réalité qui n’a pas été évoquée dans cette crise. Aujourd’hui, les étudiants qui sortent de l’INPHB de Yamoussoukro ne trouvent pas tous du travail. Pourtant cet institut forme l’élite. Il fut un moment où les étudiants de cet institut recevaient des offres, alors même qu’ils n’avaient pas encore terminé leur cursus. Mais ce temps est révolu aujourd’hui, tout simplement parce que l’offre surpasse la demande. Pourtant l’Etat continue de les former.

Les autorités doivent mettre à profit cette crise des  » 3 000 doctorants  » pour crever l’abcès et passer définitivement et avec fermeté un message aux jeunes, diplômés ou pas. Ce n’est pas à l’Etat de leur trouver du travail. Nous sommes aujourd’hui dans un monde régi par la compétition. Le travail, l’emploi relèvent de la compétition. Il faut savoir valoriser ces compétences, quelles qu’elles soient, il faut savoir leur conférer une valeur marchande. Car aujourd’hui c’est le marché qui prime, qui dicte sa loi. Chercher à obtenir coûte que coûte un emploi de fonctionnaire relève tout simplement de la facilité. Notre jeunesse doit sortir de la mentalité de l’assistanat.

Douglas Mountain

Le Cercle des réflexions Libérales

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