C’est la galère dans nombre de ménages en Côte-d’Ivoire durant ce mois de janvier

Lebanco.net

Le mois que bon nombre de ménages en Côte d’Ivoire n’apprécient pas assez est bel et bien celui de janvier. Que n’a-t-on pas déjà entendu comme qualificatifs pour le designer ? Si ce n’est pas le mois le plus long de l’année, c’est le mois le plus difficile, et bien d’autres qualifications. Mais l’expression la plus utilisée, est « le mois le plus long de l’année ». Pourtant, il compte autant de jours que les mois de mars, mai, juillet, août, et octobre. Alors pourquoi les Ivoiriens ont-ils pris l’habitude depuis des lustres de le désigner sous cette appellation ?

Selon cet ingénieur biologiste à Sirem-Biotechnology, le mois de janvier est qualifié comme le plus long de l’année parce que plusieurs travailleurs se retrouvent fauchés, après avoir fait des dépenses exorbitantes aux cours des fêtes de Noël et du Nouvel an. L’ingénieur en biologie reconnait avoir fait des dépenses faramineuses aux cours de ces fêtes à l’époque où il n’avait qu’un enfant. Il se retrouvait avec certains de ses amis et faisaient la bamboula sans calculer. La venue au monde de sa deuxième fille lui a fait prendre conscience de reconsidérer la gestion de ces fêtes de fin d’année. De l’avis de Youonan Oulai, élève stagiaire en deuxième année au Cafop d’Abidjan, est récurrent. Mais ce que l’instituteur stagiaire a du mal à comprendre est que certaines familles engloutissent en l’espace de moins de dix jours, plus que leur revenu mensuel dans les dépenses. Il va sans dire selon lui, que le mois de janvier sera de toute évidence difficile pour les ménages qui agissent de la sorte.

Comme pour justifier cette situation, cet agent des Eaux et Forêts indique qu’il ne faut pas en vouloir aux parents. Ils engagent des dépenses qui peuvent paraitre excessives non pour se faire plaisir, mais pour celui de leurs enfants. « Aucun parent ne peut rester sans permettre à ses enfants de fêter. Nous parents n’avons pas besoin de faire des folies pour nous, mais c’est à cause des enfants que nous agissons de la sorte. Ils ont besoin aux cours de ces fêtes de s’habiller, d’avoir de nouveaux jouets, de consommer des mets qu’ils n’ont pas l’habitude de manger. Ce qui implique de facto des dépenses supplémentaires par rapport aux dépenses habituelles ». Il relève qu’avant les fêtes de fin d’année, la plupart des responsables de famille ont fait face à la scolarisation de leurs enfants avec la rentrée scolaire, qui a lieu entre le mois de septembre et celui d’octobre. Très souvent, ils ont recours aux prêts scolaires, qui sont remboursés sur dix mois. En clair, un mois après la rentrée scolaire, les parents doivent faire face aux fêtes de fin d’année. C’est la croix et la bannière quand on sait que le prélèvement pour les prêts scolaires court à partir de fin novembre et que les fonctionnaires d’Etat n’ont pas de gratification à l’instar de certains travailleurs du privé. La somme de tous ces facteurs ne peut que ruiner financièrement plusieurs ménages.

Se basant sur les conseils d’un expert en la matière, Youonan Oulai, élève stagiaire en deuxième année au Cafop d’Abidjan, soutient que plusieurs familles ont la mauvaise tendance à attendre le dernier moment de l’année, pour s’apprêter pour les fêtes de fin d’année. Ce qui du reste leur est préjudiciable parce qu’après les fêtes, elles sont littéralement ruinées. De sorte qu’elles n’ont d’autre choix, que de s’endetter. Cependant, Youonan Oulai n’a pas manqué de fustiger l’attitude des personnes qui vivent au-dessus de leurs moyens. Une réalité que déplore aussi Mme Kassi, directrice de l’école primaire 3 Municipalité d’Abobo Akeikoi. Avec l’élève stagiaire, elle déclare que, les familles qui vivent au-dessus de leurs moyens, s’endettent inévitablement.

« Nous sommes en partie responsables »

A en croire l’ingénieur biologiste à Sirem-Biotechnology la fluidité routière constatée ces derniers temps, dans le trafic à différents endroits d’Abidjan, s’expliquerait par le fait que plusieurs véhicules sont stationnés dans les parkings de leurs propriétaires. Car ces derniers ploient encore sous le poids des dettes liées aux fêtes de fin d’année. En guise de remarque qui résume tout ce qui précède, l’agent des eaux et forêts affirme :« à la vérité, nous parents sommes en partie responsables de ce qui se passe. Rien ne devrait nous surprendre. Chaque année, nous savons que nous devons célébrer Noël, et le nouvel an. Il y a également la rentrée pour les élèves et étudiants. Il nous revient alors de nous organiser à ce sujet. Nous nous laissons trop surprendre par l’avènement de ces fêtes. C’est devenu une mauvaise habitude. Il nous faut changer cette façon d’agir et se référer à celle des occidentaux. En Europe, les ménages planifient leurs dépenses, se préparent en conséquence. Or nous, nous agissons au jour le jour ».

Pour joindre les deux bouts, les familles criblées de dettes ont recours à plusieurs solutions. Selon Youonan Oulai, les fonctionnaires qui ont un compte bancaire, s’empressent de voir leurs gestionnaires pour contracter un prêt. Hormis ceux qui effectuent cette démarche, il y a toujours selon lui les personnes qui se tournent vers des proches nantis financièrement. En dehors de ces deux groupes, il y a également le groupe des personnes qui mettent à contribution le boutiquier du quartier. Généralement, ce sont des produits alimentaires qu’ils demandent. Sur la base d’un engagement écrit, celles-ci s’engagent à rembourser selon un échéancier bien défini. Cette démarche très populaire en Côte d’Ivoire est désignée par l’expression « signer un bordereau ». Youonan Oulai, l’instituteur stagiaire ne recommande pas la dernière démarche, au motif qu’elle porte atteinte à l’honneur et à la dignité du demandeur. Dans certains cas, le boutiquer se permet de faire des avances aux femmes de ses clients. Ce qui contribue à le rabaisser davantage. Pourtant, cette humiliation peut être évitée.

Epargner pour faire face à toutes éventualités

De l’avis de Mme Kassi, directrice d’école primaire et Youonan Oulai, tout travailleur doit s’efforcer d’épargner. Car pour eux, l’argent épargné peut permettre de déchanter des situations connues ou inconnues à tout moment. Le montant épargné importe peu relève Youonan Oulai. Pour lui c’est l’acte qui compte. Aimé Atthos, directeur d’un établissement scolaire propose pour sa part l’achat des produits non périssables (tissus, chaussures, bouteilles de liqueur) à quatre mois de la fête, et les jouets par la suite. De manière à ce que, quelques jours avant la fête, il ne restera que les denrées alimentaires périssables à acheter.

Une initiative somme toute originale a été adoptée par une association des habitants du quartier Abobo d’Oume situé dans la commune de Yopougon. Elle consiste selon Kouassi Sylvain, intervenant dans le domaine de la communication, pour chaque membre à faire une cotisation de deux cents FCFA par jour. A la veille des fêtes, les membres ayant cotisé reçoivent des produits périssables ou non périssables de leur choix, dont la valeur équivaut au montant cotisé. .

Quel est le regard que le sociologue porte sur ce phénomène qui a lieu tous les ans ? Et quelles solutions peut-il préconiser Nous avons rencontré Bamba Drissa, chargé de cours en sociologie à l’Ecole normale supérieure d’éducation permanente à l’Institut national de la jeunesse et des sports (Injs). Se basant sur une étude menée par le sociologue français Emile Durkheim, Bamba Drissa indique que les fêtes de fin d’année sont un fait social, qui se base sur quatre caractéristiques. A savoir la généralité, l’antériorité, l’extériorité et la coercition. Selon lui, la pertinence du constat se justifie par la généralité du phénomène. A savoir l’existence de dépenses excessives aux cours des fêtes de fin d’année. « Il est possible que les populations soient conscientes des effets pervers de ces dépenses, mais comment changer la donne dans la mesure où, le changement ne peut être lié à la seule volonté d’un individu. Les fêtes de fin d’année sont ancrées dans la conscience collective des populations ivoiriennes et ce, depuis des lustres ». Pour lui, c’est la peur d’être sanctionné par la société, qui incite les Ivoiriens à prendre part aux fêtes de fin d’année, même quand ils ont très peu de moyens. « Ne pas participer aux fêtes de fin d’année ne vous conduira pas dans une prison. Mais, l’individu aura une sanction émanant de l’environnement social constitué du voisinage, des enfants, et autres ».

Evoquant des pistes de solutions, Bamba Drissa recommande aux ménages de planifier l’organisation de ces fêtes. Et cela a l’instar de ce qui est fait pour l’acquisition d’un toit, un véhicule, la scolarité des enfants et autres. A titre d’exemples, on peut recourir à son banquier pour un créditmatique, une épargne sur une courte durée.

Junior Jeremy

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