Pressés de partir et désavoués par le Parlement à Copenhague, le gouvernement danois annonce le retrait de ses soldats du Mali

Pas plus tard qu’hier, France Diplomatie annonçait le refus d’une coalition de pays européens de tout retrait des soldats danois du Mali. En moins de 24 heures la diplomatie française reçoit un véritable camouflet. En effet, le Parlement danois a fini par forcer son gouvernement à faire rentrer ses troupes au Danemark.
Les pays européens au nord de l’Allemagne, sont traditionnellement considérés comme relativement moins «impérialistes/agressifs», comparés à la France, l’Angleterre, les Pays-Bas ou encore aux pays européens situés plus au sud. Le Danemark en retirant ses troupes sur insistance de Bamako en fait une nouvelle démonstration. (Hervé Coulibaly)

Mali : le Danemark va retirer ses troupes après une nouvelle demande de la junte

Le Danemark a décidé de retirer sa centaine de soldats du Mali après que le gouvernement de transition a à nouveau exigé leur départ.

Prenant acte des nouvelles exigences du gouvernement malien de transition, le Danemark a annoncé, jeudi 27 janvier, préparer son retrait militaire.

« Les colonels au pouvoir ont envoyé un message clair où ils ont réaffirmé que le Danemark n'[était] pas le bienvenu au Mali. Nous ne l’acceptons pas et pour cette raison nous avons décidé de rapatrier nos soldats », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jeppe Kofod après une réunion au Parlement.

Le colonel Abdoulaye Maïga, ministre et porte-parole du gouvernement de transition, a donné lecture mercredi soir sur la première chaîne nationale ORTM1 du communiqué redemandant « avec insistance » au Danemark de retirer ses forces spéciales, récemment déployées au Mali sans avoir, selon la junte, le consentement des autorités, ce que contestent le Danemark, la France et les pays européens engagés au sein du groupement de forces spéciales Takuba.

« Nous ne sommes pas encore au stade de l’incident diplomatique, ce sont peut-être des incompréhensions entre le gouvernement du Mali et le gouvernement du Danemark », a déclaré le colonel Maïga. Il a également ajouté que Bamako aurait été en droit de recevoir « des excuses des autorités danoises ». Et a évoqué la « très bonne réputation » du Danemark au Mali en raison de son action en faveur du développement. « Nous les invitons à faire attention à certains partenaires qui ont du mal malheureusement à se départir des réflexes coloniaux », a-t-il poursuivi.

Ce regain d’animosité intervient en plein débat sur la force Takuba, le groupement de forces spéciales européen emmené par la France qui lutte au Sahel contre les groupes armés jihadistes. Le Danemark a dépêché ce mois-ci 105 hommes pour appuyer ses rangs.

Des tensions avec Paris
Le colonel Maïga s’en est également pris avec virulence à la ministre française des Armées, Florence Parly, l’invitant « à plus de retenue et […] à respecter le principe élémentaire de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État ». La ministre française a quant à elle accusé la junte mardi de multiplier « les provocations ».

La force Takuba, qui compte 14 pays, regroupe 600 à 900 personnes, dont des équipes médicales et logistiques. La France redoute que l’épisode danois ne remette en cause les futurs déploiements prévus cette année par la Norvège, la Hongrie, le Portugal, la Roumanie et la Lituanie. La Norvège, le Portugal et la Hongrie seraient dans l’attente d’un feu vert de Bamako.

Avec AFP et Reuters

Barkhane/Mali : Le Danemark jette l’éponge et va retirer ses forces spéciales de Takuba

PAR LAURENT LAGNEAU


À peine a-t-il pris ses marques à Ménaka [Mali], où il venait d’être intégré au groupement européen de forces spéciales « Takuba », que le détachement des forces spéciales danoises va devoir plier bagage…

En effet, le 24 janvier, les autorités maliennes de transition ont demandé au Danemark de retirer « immédiatement » ses troupes du Mali, au motif que leur déploiement n’avait pas été préalablement autorisé par Bamako. Ce que Paris a contesté le lendemain, par la voix de Florence Parly, la ministre des Armées.

Dénonçant l’attitude de la junte malienne qui « rompu ses engagements » tout en multipliant les « provocations », Mme Parly a en effet affirmé la « solidarité » de la France avec ses « partenaires danois dont le déploiement intervient […] sur une base juridique légale ».

Puis, les pays engagés dans la force Takuba ont publié un communiqué pour rappeler aux autorités maliennes de transition que le contingent danois avait été envoyé au Mali suite à une « lettre d’invitation formelle » adressée à Copenhague par Bamako en novembre 2019.

Certes, le contexte politique malien a depuis évolué, un coup d’État ayant renversé le gouvernement à l’origine de cette demande. Toujours est-il que, selon le communiqué en question, la « notification d’acceptation a ensuite été transmise par l’ambassade du Danemark à Bamako le 29 juin 2021 et signée le jour-même par le Protocole du Ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale ».

Une version contestée par la junte malienne, laquelle explique avoir indiqué au gouvernement danois, par « note verbale du 16 novembre 2021 » , que sa « requête [était] sous examen » et qu’une « suite » lui serait « communiqué » ultérieurement. Par conséquent, conclut-elle, « ledit document reste toujours à l’état de projet » et « aucun accord n’autorise le déploiement des forces spéciales danoises au sein de la force Takuba ».

Lancée à l’initiative de la France, qui y voyait un moyen d’affirmer la coopération européenne en matière de défense et de partager le « fardeau » de la lutte contre le terrorisme au Sahel, Takuba vient de prendre une torpille…

Car Copenhague n’entend pas insister. « Nous ne pouvons tolérer cela, en conséquence, nous avons décidé de renvoyer nos soldats à la maison », a en effet affirmé Jeppe Kofod, le chef de la diplomatie danoise.

« Nous ne pouvons pas rester quand le gouvernement malien ne veut pas de nous. Nous sommes là parce que le Maliens nous a demandé de venir ls aider, et s’ils ne veulent plus de notre aide, nous n’avons plus de raison d’être là. Et nous ne voulons pas non plus qu’on se moque de nous », a estimé Trine Bramsen, la ministre danoise de la Défense.

Ce retrait va cependant prendre un peu de temps. « Il devrait s’écouler plusieurs semaines avant que tout le personnel et l’équipement ne soient de retour au Danemark », a précisé l’état-major danois.

Cette décision est un coup dur pour Takuba étant donné que le détachement danois, fort d’une soixantaine de membres des forces spéciales [Jægerkorpset – JG], d’une équipe médicale, d’une capacité de cyberdéfense et d’un avion de transport C-130, devait en être un maillon important. Et cela d’autant plus que son arrivée à Ménaka devait en partie compenser le départ des forces suédoises, dont le mandat au Mali arrive à son terme.

Dans cette affaire, la junte malienne a attendu son moment puisqu’elle a mis une semaine pour s’apercevoir qu’elle n’avait pas autorisé l’arrivée des militaires danois à Ménaka… En clair, elle a tiré le tapis sous les pieds de Takuba… et de Barkhane.

Le souci est que d’autres contingents européens sont attendus [notamment ceux fournis par la Roumanie, la Lituanie, la Hongrie ou encore la Norvège… Quoi qu’il en soit, le sujet abordé par les ministres de la Défense des pays contributeurs lors d’une vidéo-conférence prévue le 28 janvier.

Photo : Forces armées danoises

Opex360.com

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