Les services sociaux en Côte-d’Ivoire: Mythes et réalités

Les services sociaux constituent un ensemble des services de prévention, de réadaptation et de protection sociale dispensés par la société aux personnes, familles, groupements ou collectivités pour assurer leur bien-être et favoriser leur autonomie. (Source : GDT, 1999). Les services sociaux constituent également un ensemble de programmes publics, de services communautaires bénévoles et d’actions solidaires venant en aide aux personnes éprouvant des difficultés de façon temporaire ou chronique.

Dans les pays industrialisés, les services sociaux désignent l’ensemble des institutions, publiques ou privées, assurant ce que l’on appelle en général le travail social c’est-à-dire la protection des personnes vulnérables (ou fragiles) de par leur situation économique (pauvreté), médicale (handicap), leur âge (enfance et vieillesse), leur isolement social (délinquants, sans-abris) ou linguistique et non verbale.

L’organisation internationale du travail (OIT) estime que l’Afrique est le continent où la plus grande proportion de la population n’a pas accès à des soins de santé adéquats et où le taux de mortalité infantile est le plus élevé. l’Afrique est aussi le continent où la couverture de la sécurité sociale est à son plus bas. L’accès aux soins de santé est l’un des défis les plus urgents pour la protection sociale en Afrique. En Côte d’Ivoire par exemple, plusieurs millions d’individus sont confrontés à des difficultés d’accès aux services de santé en raison de contraintes financières.

La proportion et le nombre de personnes âgées dans la population augmentera rapidement au cours des années à venir. Bien que l’espérance de vie à la naissance semble suggérer le contraire, une augmentation du vieillissement de la population est une réalité pour beaucoup de pays en Afrique. En arrivant à l’âge de 40 ans, les Africains peuvent espérer vivre encore 30 ans en moyenne selon l’OIT.

Les personnes âgées constituent un groupe de populations particulièrement vulnérables. Seule une faible proportion de personnes âgées a accès à une pension de vieillesse, à peine 7 % d’après les données de la caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). La couverture par les régimes légaux de sécurité sociale est très limitée et largement confinée aux travailleurs de l’ économie formelle et de leurs familles. Or le secteur qui a le plus gros nombre d’employeurs est l’informel.

Bien qu’il y ait un grand besoin de sécurité sociale en Côte d’Ivoire, des facteurs tels que l’emploi limité dans l’économie formelle, les taux d’inflation élevés et l’impact du VIH / SIDA, rendent la situation particulièrement difficile. La perte de l’emploi est synonyme de retraite précipitée car la possibilité d’avoir un nouvel emploi ou d’être réintégré est nul. Les travailleurs sont pour la plupart des gens dont la survie de leur famille repose sur eux. Cette famille est étendue de sa famille biologique à la famille au sens large en Afrique. L’autre défi est que chez nous en Afrique le citoyen appartient à sa famille et non à l’État. C’est ici le nœud de nos problèmes sociaux en Côte d’Ivoire et en Afrique. Des prostituées, des délinquants, des voleurs, des consommateurs de drogues, des déscolarisés, etc. se comptent parmi ceux qui comptaient sur l’unique travailleur de la famille.

La faible productivité limite la marge de manœuvre budgétaire nécessaire, et les mécanismes de gouvernance faibles posent de sérieux défis à la prestation et à l’administration efficace. La couverture des populations ciblées tend à être étroite, laissant les plus vulnérables, en particulier dans les zones rurales, sans aucune forme de protection sociale. Il s’agit donc d’une capacité très limitée de fournir une protection sociale adéquate. Des niveaux élevés de chômage et de sous-emploi, ainsi que l’insuffisance des normes du travail et de protection sociale actuelle, entravent la mise en place effective de la protection sociale dans de nombreux pays Africains dont la Côte d’Ivoire.

Quelques solutions aux problèmes sociaux en Côte d’Ivoire?

En Côte d’Ivoire tout comme en Afrique en général, l’on estime seulement environ 10 % la population économiquement active qui est couverte par les régimes légaux de sécurité sociale. Ces régimes étant en majorité des régimes de pensions de retraite. Cependant, avec une informalisation croissante, la couverture est en baisse. Les services de santé publique en Côte d’Ivoire atteignent un pourcentage plus élevé de la population, mais seulement avec un nombre très limité de programmes de santé publique et les prestations de soins médicaux.

Il existe essentiellement trois options pour l’extension de la couverture de la sécurité sociale en Côte d’Ivoire qui peuvent être combinés pour former des systèmes nationaux de sécurité sociale pluralistes:

1- l’extension des régimes d’assurance sociale existante,

2- la mise en place de systèmes d’assurance de profession sur base communautaire ou sur une base de négociation volontaire ou collective

3- et l’introduction de systèmes de base de prestations financées sur le prélèvement des impôts.

Il existe en Côte d’Ivoire un minimum de prestations et de services sociaux, y compris l’accès aux soins de santé de base, les transferts de revenu de base en cas de besoin, et de l’éducation de base mais en nombre et en qualité insuffisants. Les services pour les malades mentaux, les handicapés physiques et mentaux ont également besoin de services sociaux de base. Il faut adopter une stratégie nationale de sécurité sociale cohérente, y compris l’introduction ou l’extension d’un système de sécurité sociale de base qui comprend les soins de santé essentiels, une pension alimentaire pour les enfants d’âge scolaire, les personnes âgées, les désoeuvrés, et une pension minimale. Ce sont là les responsabilités de l’Etat.

Toutes les familles n’ont pas les moyens de prise en charge de leur parent atteint de maladie mentale. L’hôpital psychiatrique de Bingerville ne devrait être le seul à accueillir les patients. Il existe çà et là des ONGs qui s’organisent à venir en aide à ces malades mais sans grand moyens. L’Etat doit jouer un rôle de premier plan pour fournir un plan d’action stratégique nationale pour la prise en charge des personnes en situation de handicap physique ou mentale. Créer un ministère des affaires sociales, une caisse nationale de prévoyance sociale, un orphelinat, un hôpital psychiatrique, un institut des services sociaux cela ne suffit guère. D’ailleurs tous ces mini services sociaux sont tous concentrés à Abidjan et environ rien à l’intérieur du pays.

Services Sociaux minimum ci-dessous devraient être disponibles dans toutes les régions du pays

La gestion de cas sociaux au cas par cas

Conseils psychologiques

Assistance d’urgence/crise

Services d’Information et de référence

Services d’adoption

Études à domicile sur l’adoption

Services aux adultes

Soins de jour pour adultes

Famille d’accueil pour adultes

Services de soutien aux aidants naturels

Services à domicile pour les personnes âgées et handicapées

Protection pour les personnes susceptibles d’être vulnérables à la maltraitance

Services de personnes âgées

Maison de retraite

Services d’abus/de dépendance aux produits chimiques (pour adultes et enfants)

Servies aux handicapés mentaux

Évaluations pour déterminer l’abus/la dépendance aux produits chimiques

Désintoxication

Maisons de transition

Traitement hospitalier

Traitement ambulatoire

Service medical d’urgence 7/24

Services aux enfants et à la famille

Services de protection de l’enfance

Services familiaux à domicile

Placements hors domicile

Services pour fille meres

Services d’intervention de protection

Services aux parents célibataires et mineurs

Ces services sociaux de base doivent être du ressort de l’Etat via le ministère de la santé et des affaires sociales.

En conclusion générale, tous les pays connaissent ces problèmes sociaux qui affectent une bonne partie de leur population: le chômage, le vol, la criminalité, la marginination, le manque d’assurance maladie, les handicapés mentaux ou physiques, etc. La différence réside dans la capacité de chaque pays à y surmonter. L’État ne doit pas faire un tri et abandonner une bonne partie de la population dans les bras de leurs familles qui sont démunies pour la plupart. Loin de moi de vouloir demander qu’on applique les solutions d’un pays à un autre. Chaque solution doit être adaptée au contexte de chaque pays (culture, finances, ressources humaines, équipements).

Le plus important est que l’État de Côte d’Ivoire ainsi que les autres Etats africains doivent quitter dans le schéma du citoyen appartient à la famille. Non, tous les citoyens appartiennent à l’État. Tous les citoyens doivent être sous la couverture sociale de l’État. De la même manière, tous les citoyens doivent être sous la protection juridique de l’État. Lorsqu’un citoyen réussit en société, l’État le récupère, l’honore avec des médailles, mais s’il a des problèmes, il devient la charge de ses parents. C’est dommage que les gouvernants africains ne voient que politique partout. L’État doit prendre ses responsabilités et prendre en compte tous les citoyens du pays. Le citoyen appartient à l’État et non à la famille. C’est une obligation de l’Etat de subvenir aux besoins des citoyens quelque soit leur appartenance politique, culturelle, religieuse, ethnique.

En résumé, en plus de ce que les ministères en charge des questions de santé et services sociaux, de l’emploi, des finances, de la fonction publique, intérieur, commerce, justice, etc font en fonction des moyens mis à leur disposition, je souhaite qu’ils examinent en profondeur les propositions suivantes:

La sécurité sociale au sens large

En toute chose, il faut un numéro d’assurance sociale à chaque habitant en Côte d’Ivoire

Assurance maladie ouverte à tous, proposition faite dans un passé récent dans un article. Proposer la somme de 20,000 f cfa annuelle à tout citoyen désireux de payer pour assurance maladie. Cette assurance maladie doit être sponsorisée par l’Etat.

Assurance pour les personnes âgées (75 ans et plus) et survivants subventionnée par l’Etat

Assurance de personnes invalides

Assurance chômage au sens plein du terme (en cas de perte d’emploi)

Accident du travail – maladies professionnelles

2- Programme d’Assistance Générale

Assistance médicale pour enfants de 0 à 12 ans et femmes enceintes

Prise en charge des filles mères sans revenu

Programmes de ticket pour achat de nourriture pour mères, enfants, femmes enceintes

Assurance chômage (en cas de perte d’emploi)

3- Evaluation des Programmes

Il faut que l’Etat se donne les moyens d’évaluer les programmes mis en place de manière périodique. Il faut tenir compte des résultats des évaluations pour améliorer les programmes existants ou implanter de nouveaux. Les services sociaux doivent tout comme la santé, l’économie, l’agriculture, la sécurité, et l’éducation être au centre des priorités des programmes des gouvernants Africains à l’instar des gouvernants des pays occidentaux.

Merci

Dr. Charles Koudou, Administrateur de la Santé

Consultant indépendant en Santé et Développement, USA, Fondateur de la Société Civile CND: Conscience Nationale pour le Développement www.cnd1.org contact@cnd1.org koudoucharles@gmail.com charleskoudou@facebook.

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