Dix choses à savoir sur Koné Kafana, le nouveau patron du parti de Ouattara

Le président ivoirien a désigné Gilbert Koné Kafana à la tête du directoire du RHDP, le parti présidentiel. En choisissant cette figure emblématique, le président se repose sur un homme de confiance qui a été de tous ses combats
politiques depuis les années 1990.

1. Ingénieur

Gilbert Koné Kafana est né en janvier 1951 à Kagbolodougou, dans le
département de Korhogo, au nord de la Côte d’Ivoire. Il obtient un
diplôme d’ingénieur en travaux publics à l’École nationale des travaux
publics d’Abidjan, avant de devenir directeur des moyens généraux
de la Société générale de banques en Côte d’Ivoire (SGBCI, devenue
Société générale de Côte d’Ivoire). Entrepreneur prospère
notamment dans le secteur du tourisme, il possède plusieurs hôtels,
dont La Rose Blanche, à Korhogo.

2. Cheville ouvrière au RDR

C’est au milieu des années 1990 qu’il accède à un poste de premier
plan au sein du Rassemblement des républicains (RDR), dont il
devient le secrétaire national. Il succède à Fofana Zémogo, que
certains militants trouvaient peu actif, alors que Kafana se fait
remarquer par des cadres du parti pour son engagement et son
pragmatisme.
« Il passait tous les jours au siège du parti pour s’assurer que tout
allait bien », se souvient l’un d’entre eux. Il prend un soin particulier
au bien-être des permanents du parti : « Il s’était notamment illustré
en faisant un don de climatiseurs », précise notre interlocuteur. Les
militants du RDR retiennent son action de fonds pour implanter le
parti dans l’ensemble du pays.

3. « Martyr » du parti
Fin 2000, Gilbert Koné Kafana va vivre un épisode qui jouera un rôle
crucial dans son image de personnalité dévouée au parti : le 5
décembre, il est arrêté en même temps que plusieurs responsables
du RDR, en marge d’une manifestation pour dénoncer le rejet de la
candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle pour « nationalité
douteuse » – l’actuel président ivoirien, revenu en 1999 en Côte
d’Ivoire après avoir quitté le FMI, faisait à l’époque l’objet d’une
virulente campagne de presse sur le thème de l’« ivoirité ».
À LIRECôte d’Ivoire : entre Ouattara et Bédié, les fantômes de
l’ivoirité
Ce jour-là, le secrétaire national à l’organisation, particulièrement
pris pour cible par les forces de l’ordre, subit un tabassage en règle.
« Au sortir de cet épisode, il est devenu un martyr au sein du parti. À
partir de ce moment, tout lui a été dû », confie un membre de son
entourage.

4. Ministre
Le dévouement qu’il montre envers le parti, et envers Alassane
Ouattara, ne manquera pas d’être dûment récompensé lorsque ce
dernier accèdera au pouvoir, en 2011. En juin 2011, Gilbert Koné
Kafana est nommé ministre de l’Emploi, des Affaires Sociales et de la
Solidarité dans le gouvernement de Guillaume Soro. Il sera maintenu
à ce poste au sein du gouvernement dirigé par Jeannot Kouadio
Ahoussou, avant d’être écarté de l’exécutif par Daniel Kablan
Duncan, en 2012.
En juillet 2018, Kafana revient au gouvernement en tant que ministre
auprès du président de la République, chargé des Relations avec les
institutions. Le 1er mars dernier, tout en conservant son portefeuille,
il prend du galon en devenant ministre d’État.

5. Yopougon
À peine sorti du gouvernement en 2012, Gilbert Koné Kafana se
lance dans un nouveau défi politique, et non des moindres : la
conquête de la commune de Yopougon, réputée acquise à Laurent
Gbagbo et ses partisans. En 2013, il l’emporte face à Bertin Yao Yao,
le maire intérimaire sortant.
À LIREInfrastructures : Yopougon va bientôt pouvoir respirer
Depuis, il occupe le siège de premier édile de la grande commune,
mais aura fort à faire en 2023 lors des prochaines élections
municipales. De retour dans son pays le 17 juin dernier, l’ancien
président Laurent Gbagbo – qui a formé un nouveau parti politique,
le PPA-CI – a en effet bien l’intention de reprendre ce bastion du
Front populaire ivoirien (FPI), son ancien parti.

6. Rôle pour la formation du RHDP
Après avoir tenu un rôle central au sein du RDR, Kafana a été l’une
des pièces maîtresses dans la structuration et la montée en
puissance du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie
et la paix (RHDP) ces quinze dernières années. D’abord lorsque la
formation n’était qu’une alliance de mouvements politiques, puis
lorsqu’il s’est transformé en parti unifié. Il a notamment travaillé
avec Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif en chef du RHDP,
avant que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, d’Henri
Konan Bédié), ne rompe les bans.
À LIRECôte d’Ivoire : ce que Alassane Ouattara a décidé pour le
RHDP

7. Consensuel
Réputé rigoureux mais aussi connu pour son franc-parler, le nouveau
président du directoire du RHDP sera secondé par deux poids lourds
du parti : la ministre des Affaires étrangères, Kandia Camara, et le
gouverneur du district d’Abidjan, Robert Beugré Mambé. Il avait
présidé le Comité de restructuration du parti à qui Ouattara avait
confié la tâche de réfléchir à la nouvelle architecture du parti.
Sa légitimité historique et la confiance que le président a placé en lui
lui permettront de trancher des questions cruciales pour le parti. En
le plaçant à ce poste stratégique, Alassane Ouattara pourrait
également vouloir calmer les ambitions de certains des cadres de sa
formation. « Kafana n’est pas là par calcul, il est là pour le parti »,
assure un des ses proches à Jeune Afrique.

8. Amadou Gon Coulibaly
Au RHDP, Kafana marchera dans les pas de l’ancien Premier
ministre, Amadou Gon Coulibaly décédé en 2020. Ce dernier s’était
beaucoup appuyé sur lui pour l’organisation du parti et, au fil des
années, les deux hommes ont tissé des liens de proximité forts.
9. Choix stratégique
Alors que le RHDP est traversé de tensions sur fond de bataille de
leadership et de grogne d’une partie de la base militante, dont
certaines franges estiment avoir été laissées de côté, le choix de
nommer Kafana marque la volonté d’Alassane Ouattara de
rassembler. Le président ivoirien lui a donné pour mission de
rapprocher les cadres de la base dans la perspective des prochaines
échéances électorales. « Kafana est engagé et il est loyal. Il n’a
montré aucune ambition et n’utilisera pas la machine du parti à des
fins personnelles », affirme un cadre du parti.

10. Polémique
À la mi-novembre 2021, l’union des cadres du Grand nord a été
lancée en grandes pompes à Korhogo, fief de la famille Gon
Coulibaly. Le projet, qui a fait polémique – l’opposition accusant cette
organisation de « séparatisme » – , était porté par Gilbert Koné
Kafana. Pour lui, c’était une façon de parachever cette initiative
lancée par son ami Gon Coulibaly. L’org anisation a pour but, selon
lui, de contribuer au développement du pays « dans un esprit
d’ouverture, sans critère politique ou religieux ».

Commentaires Facebook
Share:

Publié par La Rédaction