Afrique/Veto/ONU: Pourquoi la guerre en Ukraine « va avoir des implications sur l’Afrique », selon l’historien Laurent Gbagbo

L’ancien président de la Côte-d’Ivoire et professeur d’histoire Laurent Gbagbo s’est prononcé hier pour la première fois publiquement sur le projet russe de démilitariser son voisin l’Ukraine par la force. Nous vous proposons un large extrait des propos tenus par l’ancien prisonnier de la CPI lors de la 1ere réunion du Comité de Contrôle du nouveau parti, le Parti des Peuples Africains/Côte-d’Ivoire.

Ce que Gbagbo a dit:

«Il y a beaucoup de dérives dans nos États africains juste parce que les organes de Contrôle ne jouent pas leurs rôles, les parlements ne jouent pas véritablement leurs rôles et donc les individus qui sont chargés de conduire les affaires font un peu ce qu’ils veulent. Je regarde régulièrement l’actualité et quelques fois, il y a des problèmes justes parce que les dirigeants de certains pays ne sont pas suffisamment contrôlés or, il faut qu’ils soient contrôlés. La Russie est un des 5 Grands permanents du Conseil de Sécurité. Ce sont les 5 vainqueurs de la 2ᵉ guerre mondiale. Ce sont eux qui ont créé l’ONU et se sont donnés les Droits de Veto. Et c’est un de ceux-là qui est engagé en Ukraine. Ces cinq grandes Nations ont tous l’arme nucléaire. Donc quand un de ces cinq pays est engagé dans un conflit qui secoue le monde, ce n’est pas un petit problème. Parce qu’un dérapage peut arriver et en ce moment eux tous se retiennent pour ne pas que quelqu’un d’entre eux arrive à l’arme nucléaire. Parce que l’arme nucléaire, depuis la deuxième guerre mondiale, nous entendons parler seulement que des essais. Mais nous n’avons pas encore vu une guerre où l’arme nucléaire a été utilisée. Tout ce que nous savons, c’est Hiroshima et Nagasaki, mais nous ne savons pas ce que ça va donner.

N’ignorons pas que cette crise va avoir des implications sur l’Afrique, le prix du carburant va monter puisque toutes les voies de communication maritime sont potentiellement bloquées et toutes les voies de circulation monétaire également bloquées. La Russie rigole parce qu’elle est le premier producteur de Blé donc pour manger sur place, elle n’a pas de problème, mais il n’y a pas que la nourriture. Aux USA , pour celui qui a écouté Joe Biden l’année dernière, ils commencent à avoir des problèmes parce qu’il faut que les États-Unis s’approvisionnent totalement en pétrole, mais approvisionnent aussi l’Europe occidentale qui est approvisionné par la Russie en pétrole et en gaz. Je ne parle même pas du sort des africains. Il faut que les africains réfléchissent et prennent des dispositions pour que de tels conflits qui se déroulent ailleurs, sur d’autres continents, n’aient pas trop d’influence négative sur l’Afrique. Je dis bien, n’ait pas « trop » d’influence, parce qu’il y en aura, mais n’ait pas trop. L’Arabie saoudite retient son pétrole et son gaz parce qu’ils ne savent pas ce qui va arriver dans les jours à venir. Ils ne savent pas
dans quelle direction lâcher les pipelines parce qu’objectivement la Russie est leur allié en raison de la fixation des prix sur le marché. L’Afrique est silencieuse, parce qu’elle ne sait pas comment faire. La situation est grave. Elle est grave parce que même si la guerre s’arrête, le poison de la méfiance est telle que les relations internationales entre ces puissants vont être totalement différentes Et les résolutions à l’ONU vont être plus difficiles à prendre. Parce qu’ils sont 5, 3 d’un côté et 2 de l’autre. Chacun a le droit de veto. Comment faire ?

Nous, on a plaidé pendant longtemps, quand j’étais militant et Président, pour que l’Afrique ait un droit de veto. Et nous étions prêts à étudier à l’union Africaine, à qui le confier. On a milité pour ça, mais nous n’avons pas eu parce que les 5 sont jaloux de leur entreprise. Il faut qu’on bouscule les États Africains, un peu, pour qu’ils s’expriment.

Du côté de l’est, vers Zanzibar, la circulation est pratiquement bloquée. Quand on sort de la mer rouge, il faut pouvoir y entrer et l’Égypte ne souhaite pas que quelqu’un rentre dans la mer rouge s’il ne sait pas l’identité. Le détroit de Gibraltar est surveillé. Donc la méditerranée est devenue aujourd’hui un lac pour l’Europe du Sud et l’Afrique du Nord. Rares sont maintenant les bateaux qui sortent de là. Et ça pénalise parce qu’une bonne partie du pétrole qui sert les États africains est là. Nous, on avait la chance parce qu’on s’approvisionnait au Nigeria. Le seul pays lointain, où on s’approvisionnait, était le Venezuela.»

L’ONU étale ses carences
Une résolution contre l’intervention russe en Ukraine n’a pas pu passer au Conseil de Sécurité de l’ONU après l’activation du veto russe. Les Chinois, alliés idéologique et historique de Moscou se sont simplement abstenus de voter. Une autre résolution [symbolique] sans conséquence juridique a elle pu obtenir la majorité au cours de l’Assemblée generale de l’ONU tenue hier.

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Publié par La Rédaction